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LA BRUYERE A SANTEUL.
Ce jeudi matin , à Paris.
Voulez-vous que je vous dise la vérité, mon cher Monsieur? Je vous ai fort bien défini la première fois ' : vous avez le plus beau génie du monde et la plus fertile imagination qu'il soit possible de concevoir, mais pour les mœurs et les manières, vous êtes un enfant de douze ans et demi. A quoi pensez-
1 Allusion au caractère de Théodas. Voyez an tome II, p. 155, ce caractère, qui fut imprimé pour la première fois dans la 6e édition (1691).
vous de fonder sur une méprise ou sur un oubli , ou peut-être encore sur un malentendu, des soupçons injustes, et qui ne convenoient point aux personnes de qui vous les avez coules? (Croyez1) que Monsieur le Prince et Madame la Princesse sont très-contents de vous, qu'ils sont très-incapables d'écouter les moindres rapports; qu'on ne leur en a point fait, qu'on n'a point dû leur en faire sur votre sujet, puisque vous n'en avez point fourni de prétexte; que la première chose qu'ils auroient faite auroil été de condamner les rapporteurs : voilà leur conduite. (Crovez encore que2) tout le monde est fort content de vous, vous loue, vous estime, vous admire : et vous reconnoîtrez que je vous dis vrai. La circonstance du pâté3 est foible contre les assurances que vous donne avec un plaisir et une estime infinie ,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
D ELABRUYERE.
1 Croyez et 2 Croyez encore que, que nous mettons entre parenthèses, nous paraissent avoir été omis.
3 Cette circonstance que La Bruyère qualifie « méprise, oubli ou malentendu » , se rapporte , on peut le croire, ;i quelque fin morceau promis à Santeul, convive assidu de Chantilly, qui, ne l'ayant po'nt vu venir, en conçut du dépit.
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PHÉLYPEAUX, COMTE DE PONTCHARTRAI>', a l'abbé R EN AU DOT1.
Versailles, 18 avril 1693
Comme j'ai toujours beaucoup compté sur l'amitié que vous m'avez si souvent témoignée, j'ai cru, Mousieur, que vous voudriez bien faire quelque chose à ma recommandation, et me permettre de vous solliciter en faveur de M. l'abbé Bignon et de M. de La Bruyère pour remplir les deux places vacantes à l'Académie françoise. Comme l'esprit et le mérite de ces deux Messieurs ne vous sont pas inconnus, et que vous en êtes beaucoup meilleur juge que moi, je ne ferai point ici leur éloge. J'ose me flatter que vous aurez quelque égard à ma recommandation et que vous me donnerez votre voix. Je vous serai infiniment obligé. Je suis, etc.