PREFACE
11 y a eu de tout temps des erreurs, et c'est, selon saint Paul 2, une espèce de nécessité qu'il y en ait. Plusieurs ont mérité d'être réfutées sérieusement, parce qu'elles paroissoient plus importantes; d'autres n'ont point été relevées, parce qu'elles sont tombées dans le mépris dès leur naissance. L'erreur des Ouiétistes étoit de nature à avoir ce dernier sort , si ses partisans n'avoient fait goûter le poison de cette doctrine, en la rendant spécieuse sous l'apparence d'une sublime perfection et d'une profonde piété. En effet , quoique cette doctrine n'ait que des principes frivoles , elle
1 Cette préface de l'édition originale est de l'abbé Ellies du Pin.
2 » Il faiit qu'il y ait même des bérésies, afin que ceux qui sont dignes d'approbation soient manifestés parmi vous, » (Première Epitre aux Corinthiens, ch. XI, vers. Î9.)
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a frappé tant d'esprits par sa nouveauté, qu'il a fallu nécessairement y remédier, en la détruisant par des raisons également solides et sérieuses. Plusieurs prélats, par leurs savantes et chrétiennes ordonnances *, ont heureusement découvert la plaie que ces nouveautés pouvoient faire à l'Eglise, et les suites fâcheuses qui en seroient arrivées. Mais pendant que ces prélats, animés d'un saint zèle, et revêtus de l'autorité que leur donne leur caractère , s'efforcent de détruire un monstre si dangereux en combattant ses erreurs par les principes de l'Ecriture sainte et de la tradition, l'auteur de ces Dialogues a cru qu'il étoit à propos de les tourner en ridicule, en les exposant au public d'une manière agréable et naturelle. Pour y réussir il n'y a eu qu'à faire parler les Quiétistes comme ils parlent dans leurs écrits, et à découvrir l'extravagance do. leurs discours par dos réflexions aussi solides
1 La conférence d'Issy , les mandements de l'arclieréque de Paris (16 octobre 1694), de l'évêque de Meaux ( 16 avril 1695) , de l'évëque de Cliàlons (25 avril 1695) , et de l'évëque de Chartres (-21 novembre 1695).
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que divertissantes. C'est ce qu'il a heureusement exécuté, en introduisant d'abord un directeur quiétiste , bien instruit de la doctrine de ses auteurs, qui en entretient sa pénitente. Elle croit aveuglément tout ce qu'il lui enseigne ; pleine de ces maximes, elle en confère avec un docteur de SorLonne, son beau-frère. Le docteur, justement indigné contre des impiétés cachées sous de captieux principes, reproche à sa sœur sa foiblesse et son dévouement aux rêveries de ce pernicieux maître. Elle s'offense des raisons de son beau-frère, et court en diligence chez son directeur, lui rend compte de sa conversation, et le fait consentir à une entrevue dans laquelle le docteur n'a pas de peine à convaincre ce directeur de la fausseté de ses principes et de ses maximes. Pour achever de le confondre, on propose une autre conférence avec un homme du monde, qui ayant été autrefois dans les mêmes erreurs, dont il étoit revenu, en tire exprès des conséquences pour autoriser une vie toute mondaine, et les faire servir d'excuse à toute sorte de dérèglements. La pénitente, voyant son direc-
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teur confus et embarrassé, et comme contraint d'avouer les suites pernicieuses de cette infâme doctrine, la déteste, et prend le parti de rentrer pour jamais dans les sentiments d'une véritable catholique.
Voilà le sujet des neuf dialogues dont cet ouvrage est composé. L'auteur s'est principalement appliqué à rapporter avec sincéiité les maximes des Quiétistes dans leurs propres termes. Quelqu'un pourra peut-être Faccuser d'être plagiaire de leurs ouvrages; mais s'ils lui en savent mauvais gré, ce ne sera pas pour avoir dérobé leurs maximes, afin de s'en faire honneur : ce sera pour les avoir exposées trop naïvement à la vue du public. Il pourrait venir dans l'esprit de quelques personnes de piété, qu'il est à craindre que les maximes erronées que l'on fait débiter au directeur quiétiste ne soient capables de scandaliser les foibles et de corrompre la foi; mais on peut les assurer que si les erreurs des Quiétistes ne font d'autre impression sur les esprits que celles qu'elles feront dans cet ouvrage, elles ne corrompront personne. Elles y sont représen-
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tées d'une manière qui les rend dignes d'horreur ou de mépris. On leur oppose les principes les plus purs de la morale de l'Evangile, dont la lumière fait paroître toute la difformité des erreurs contraires. Enfin l'auteur a eu soin de prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas donner atteinte à la piété chrétienne, à la vie intérieure, et aux maximes raisonnables des vrais mystiques; s'il plaisante en quelques endroits , c'est que la matière le demande; s'il raille un peu vivement le directeur, ce qu'il en dit ne convient qu'à un quiétiste qui abuse de son ministère, et ne peut en aucune manière être appliqué à ceux dont la foi, la vertu et la piété sont connues.