Allusion à l'entrée en scène de Tartuffe
Laurent, serrez ma haire, avec ma discipline.
{Tarluffe, acte III, scène ii, vers 853.)
quelques livres répandus dans sa chambre indiiïércinnicnt ; ouvrez-les : c'est le Combat spirituel, le Chrétien intérieur, r Année sainte^; d'autres livres sont sous la clef. S'il marche par la ville, et qu'il découvre de loin un homme devant qui il soit nécessaire qu'il soit dévot, les yeux baissés, la démarche lente et modeste, l'air recueilli lui sont familiers : il joue son rôle. S'il entre dans une église, il observe d'abord de qui il peut être vu; et selon la découverte qu'il vient de faire, il se met h. genoux et prie, ou il ne songe ni à se mettre à genoux ni à prier. Arrive-t-il vers lui un homme de bien et d'autorité qui le verra et qui peut l'entendre, non-seulement il prie, mais il médite, il pousse des élans et des soupirs-; si l'homme de bien se retire, celui-ci, qui le voit partir, s'apaise et ne souflle pas. Il entre une autre fois dans un lieu saint, perce la foule, choisit un endroit pour se recueillir, et où tout le monde voit qu'il s'humilie : s'il entend des courtisans qui parlent, qui rient, et qui sont à la chapelle avec moins de silence que dans l'antichambre, il fait plus de bruit qu'eux pour les faire taire; il reprend sa méditation, qui est tou-
\. Le Combat spirituel, aUril)ué au tlicatin italien Laurent Scupoli, plusieurs fois traduit en français (1008, 1059, IGTô, 1088, etc.) — Le Chrétien intérieur, par Jean de Besnières Louvigny (1001). — L'Année sainte est le titre de deux ouvrages de piété, l'un du P. Bordisr, de l'Oratoire (1008), l'autre de Loisel, curé de Saiut-Jean en Grève (1078).
'2. Il attiroit les yeux de l'assemblée entière
Par l'ardeur dont au ciel il poussoit sa prière ; Il faisoit des soupirs, de grands élancements. Et Laisoit humblement la terre à tous moments...
Ces gens qui, par une âme à rintérêt soumise ,
.... veulent acheter crédit et dignités A prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés.
(Molière, Tartuffe, I, 5.)
jours la comparaison qu'il fait de ces personnes avec luimême, et où il trouve son compte-''. Il évite une église déserte et solitaire, où il pourroit entendre deux messes de suite, le sermon, vêpres et compiles, tout cela entre Dieu et lui, et sans que personne lui en sût gré : il aime la paroisse, il fréquente les temples où se fait un grand concours; on n'y manque point son coup, on y est vu. Il choisit deux ou trois jours dans toute l'année, où à propos de rien il jeûne ou fait abstinence ; mais à la fin de l'hiver il tousse, il a une mauvaise poitrine, il a des vapeurs, il a eu la fièvre : il se fait prier, presser, quereller pour rompre le carême dès son commencement, et il en vient là par complaisance. Si Onuphre est nommé arbitre dans une querelle de parents ou dans un procès de famille, il est pour les plus forts, je veux dire pour les plus riches, et il ne se persuade point que celui ou celle qui a beaucoup de bien puisse avoir tort^. S'il se trouve bien d'un homme opulent, à qui il a su imposer, dont il est le parasite, et dont il peut tirer de grands secours, il ne cajole point sa femme, il ne lui fait du moins ni avance', ni déclaration^; il s'enfuira, il lui laissera son manteau, s'il n'est aussi sûr d'elle que de lui-même. Il est encore plus éloigné d'employer pour la flatter et pour la séduire le jargon de la dévotion-; ce n'est point par habitude qu'il
" Cette phrase, depuis les mots : « Il entre une autre fois dans un lieu saint, » a été ajoutée dans la 7' édition. Elle contient un trait emprunté à un alinéa des éditions précédentes, supprimé dans la 7*^ édition. Voyez plus haut la note au n" 23.
'' Cette phrase, depuis les mots : » Si Onuplire est nommé arbitre, » a été ajoutée dans la ''' édition.
*= « Avances. » (Édit. 0*.)