Po/-^i?o)/o/, t. ni, édition in-8», p
2. De La Bruyère, thèse présentée à la Faculté des lettres do Paris, 18G4. — Voyez, au tome I, la Vie de Lu Bruyère, p. xxi.
274 DIALOGUES SLR LE QLIÉTISME.
Que La Bruyère ait écrit des Dialogues sur le quiélisme, c'est là un fait constant. On lit dans une lettre contemporaine et anonyme, que l'on croit être d'Antoine Bossuet*, frère aîné de l'évêque de Meaux : « J'avois soupe avec lui le mardi... 11 m'avoit fait boire à votre santé... il m'avoit lu des dialogues qu'il avoit faits sur le quiétisme, non pas à l'imitation des Lettres provinciales (car il étoit toujours original), mais des lettres de sa façon. »
Toute la question est de savoir si un faussaire n'a pas voulu, en mettant sa propre élucubration sous le nom de La Bruyère, lui assurer une certaine célébrité. Mais cette supposition ne paraît pas fondée.
L'ouvrage fut publié en 1G98 par le libraire Osmont sous ce titre : Dialogues posthumes du sieur de La Bruyère. L'éditeur, qui avait gardé l'anonyme, mais qui ne se cachait pas d'avoir procuré l'impression du livre-, était l'abbé Ellies du Pin, docteur en tliéologie, professeur au Collège royal, qui avait déjà publié une partie de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques. « M. de La Bruyère, est-il dit dans V Avertissement^ avoit fait, avant que de mourir, sept dialogues sur le quiétisme... Quoiqu'il n'y eût pas mis la dernière main, ils se sont trouvés, au jugement des connoisseurs, en état d'être imprimés. C'est ce qui a déterminé à les donner au public. Mais comme l'ouvrage n'étoit pas achevé, on a cru y devoir ajouter deux dialogues pour remplir le dessein de l'auteur, conformément au plan qu'il en avoit fait. On a tâché d'imiter son style et ses manières. »
11 faut bien le reconnaître, ce n'est pas ainsi que procèdent les fabricateurs d'ouvrages apocryphes; et l'on ne voit pas bien pourquoi un homme grave, qui avertit lui-même qu'il a imité dans les deux derniers dialogues la manière de La Bruyère, aurait voulu tromper le lecteur sur les sept premiers.
Un pareil procédé est particulièrement invraisemblable de la part d'un ecclésiastique que Saint-Simon a dépeint comme « un
1. C'est l'opinion de M. Floquet sur cette lettre, qui a été publiée par M. Monuier, dans la Revue n-trospective, t. XUI, p. 139. — La lettre est datée du 21 mai 1696. La Bruyère était mort le 10 mai.