Allusion à la famine de
gion chrétienne un loul inloi-nic d un composé monstrueux (le pièces tout à fait désassorties; que le précepte du législateur y est formel : Celui qui veut venir après moi doit renoncer à soi-même, porter sa croix et me suivre^: et dans un autre endroit : Le royaume des deux souffre de la violence; c'est-àdire, comme il est expliqué ensuite, qu'il n'y a que ceux qui se font violence à eux-mêmes qui soient capables de l'emporter -. Ces paroles seules, à votre avis, ne sont-elles pas assez précises et assez claires pour imposer au saint homme la loi du jeune, de la haire, du cilicc, des veilles, des austérités, pour le régler ensuite sans aucune motion divine dans toutes les actions de sa vie et dans la manière de sa mort? Je veux vous dire davantage : le saint qui se croit pécheur n'ira-t-il point à confesse? » Je répondis que cela lui étoit aussi permis qu'à un autre.
Le duœctelr. Cela n'est pas. ma fille, tout à fait comme vous le dites; mais poursuivez.
L,\ PÉNITENTE. Il me dit que non-seulement cela lui étoit permis, mais qu'il le devoit faire. « Oui, lui dis-je, si après avoir consulté Dieu dans l'oraison de vue confuse et indistincte, il en sort avec un mouvement extraordinaire d'aller se jeter aux pieds du prêtre. »
Il s'échauffa un peu sur ma réponse, et me dit que je me moquois de lui et de toute la compagnie, de parler de la sorte : qu'à un homme éclairé dans les voies de Dieu, comme nous supposions lui et moi qu'étoit le saint homme, le sentiment seul de sa conscience, qui lui reprochoit le moindre péché de vanité par exemple, et de complaisance sur son état, ou de relâchement dans ses exercices de piété, lui étoit une détermination, une raison pour s'en confesser: que faire dépendre cette démarche d'une inspiration extraordinaire, c'étoit s'exposer à n'user pas une seule fois en toute sa vie
i. Saint Marc, cliapitre viir. verset 34; saint Luc, chapitre ix, verset 23. 2. Saint Matthieu, cliapitre xi, verset 12.
du sacromcnt do la pénitence. Et en élevant sa voix : « Que seroit-ce, me dit-il, des grands pécheurs, s'ils attendoient une inspiration pour aller à confesse? Sont-ils sûrs d'être inspirés à la mort d'appeler leur confesseur? El s'ils le font, ne sera-ce point par l'appréhension des jugements de Dieu, que vous appelez une action de la créature, une vraie propriété et activité? Mais, poursuivit-il, ce n'est pas où j'en veux venir. Le pieux personnage (pie nous supposons, s'il songe à se confesser, il se préparera à unt^ action si sainte par toutes les praticjues cpie sa piété lui pourra suggérer, il n'ouhliera pas l'examen de sa conscience, cpii est le plus nécessaire.
(( — Dites, mon frère, le moins nécessaire et souvent même le plus préjudiciahie à une honne confession. — Hon, reprit-il, voilà où je voulois vous amener. » Et en s'adressant à la compagnie : « Préparez-vous à entendre d'étranges choses, mais fort curieuses, et qui ont été oubliées dans vos formules de confession. » A ce mot, il se lève, et en me regardant de travers : t( Je ne puis, me dit-il, tenir davantage contre de telles sottises; je veux qu'on me berne, si votre extravagant de directeur ne vous fait courir les rues avant qu'il soit deux mois. » Et après cette belle décision, il sortit.
Ma belle-mère demeura, et après m'avoir dit qu'il falloit être un turc ou un huguenot pour se confesser sans faire son examen, elle ajouta qu'elle ne partiroit point de là que son lils le docteur, qu'elle rappela, ne m'eût rendue muette comme une carpe.
Je continuai, et je dis qu'il n'y avoit point d'occasions dans toute la vie du chrétien, où il fût plus exposé à agir par propriété et activité que dans celle de l'examen -, que ce n'étoit que contentions d'esprit. (pfelTorts de mémoire pour se ressouvenir de l'espèce, du nombre et des circonstances de ses péchés.
« — Dites, ma sœur, une torture, une bourrellerie de conscience. Pourquoi ne parleriez-vous pas comme les calvinistes? Vous avez déjà assez de choses communes avec eux. »
Je lui dis qu'il tcnoit de madame sa mère, quand il parloit ainsi.
Il se radoucit, et me dit agréablement que Ucxamen étoit une chose aussi facile que nécessaire-, qu'on n'étoit obligé de rendre compte au prêtre dans le tribunal de la pénitence que des péchés mortels: que ceux-là, pesant sur la conscience, sautoient aux yeux dès qu'on pensoit seulement à se confesser; et que pour ce qui est des péchés véniels, les âmes pieuses éprouvoient dans l'habitude de la confession qu'un médiocre soin sulîïsoit pour en faire la revue et les rappeler presque tous à la mémoire.
Je lui répondis du même ton que pour les péchés grands et petits, le meilleur souvent étoit de les oublier, par deux raisons : la première, parce que cet oubli étoit une marque de la purification de sa faute; la seconde, parce que Dieu, quand il se faut confesser, ne manque point de faire voir à l'âme ses plus grandes fautes; et voulant bien alors le faire lui-même, il n'y auroit rien de mieux pour elle, que de s'abandonner à sa providence.
« — Si Dieu, ma sœur, s'en veut mêler tout seul, je conçois fort bien qu'une âme éclairée de la lumière divine verra plus clair dans son intérieur que par ses propres lumières. — Vous voyez bien, mon frère. — Et si, continua-t-il. Dieu vouloit rendre présent à la mémoire d'un pénitent tous les péchés de sa vie passée, avec leur nombre et leurs circonstances, et lui mettre en même temps dans le cœur une contrition parfaite, ce seroit bien de la peine épargnée, et je ne vois pas quel besoin il auroit d'effort pour faire son examen, sans lequel assurément je trouverois sa confession fort bonne, et meilleure qu'il n'eût su en faire en toute sa vie.
« — M'est-il pas vrai, lui dis-je, que nous ne sommes pas l'un et l'autre si éloignés de sentiments'?
« — Vous le verrez, me dit-il; mais pour vous faire une règle de conduite dans un sacrement le plus nécessaire au salut pour les pécheurs qu'il y ait dans l'Église, il faut conclure
(le ce principe-ci ([u<' TouIjH tics péciu'S est unr marque ([u'ils sont pardonnes. j)arce que Dii'U lui-nièinc en fera rexanim, ou que sa parole y soit engagée, ou ({ue vous ayez droit de compter sur cette lumière divine, qui sans que vous vous en mettiez autrement en peine, vous découvrira vous-même à vous-même. Je vous demande donc sur quoi vous t'tahlissez ce droit. Qui vous a révéh'' que vous l"aviez? En quel endroit de l'Évangile Dieu vous a-t-il promis de suppléer à votre négligence les propres soins de sa providence et de sa charité infinie? Nommez-moi vos garants : saint Pierre? saint l'aul? dites, parlez. Si vous me demandez, ma sœur, pourquoi nous faisons notre examen, je ferai ici paroître mon tilleul votre fils; il n"a pas huit ans accomplis; vous lui avez appris les commandements de Dieu et de l'Église: il les récitera devant vous, et entre autres articles celui-ci qui dit : Tous tes pccliés confesseras, et le reste. Pour confesser ses péchés, il faut s'en souvenir; pour s'en ressouvenir, il faut les avoir sus; pour les savoir, il faut faire une sérieuse recherche des actions de sa vie. Cette recherche est un examen; donc cet examen est nécessaire. Mais pour faire une confession de nos péchés qui les efface entièrement, et qui nous réconcilie avec Dieu, il faut qu'elle soit accompagnée et précédée d'une grande contrition : pour sentir cette douleur amère de nos fautes, il faut en avoir connu profondément et le nombre et l'énormité; cette connoissance a dû dépendre d'une exacte revue de ces mêmes fautes : une telle revue est l'examen de la conscience; donc un examen est nécessaire, et préalable à la confession. INous raisonnons ainsi.
(( — Mais direz-vous, mon frère, qu'un cln'étien qui, au sortir de l'oraison de simple regard, où Dieu lui aura fait connoître la grandeur de ses péchés, ira par une motion divine se jeter aux pieds d'un prêtre, s'il en oublie un considérable dans la confession, direz-vous que ce péché ne lui est pas pardonné?
u — Je dirai plus, ma sœur, me répondit-il : c'est que
votre chrétien ajoute à son péché, qui ne lui est point pardonné (parce qu'il ne l'a pas confessé), un autre péché trèsgrief, qui est celui d'une paresse criminelle dans un homme dont la conscience, chargée de crimes, ne l'excite point à examiner l'état de son àme avant que de l'exposer au ministre de Jésus-Christ.
u — Vous comptez donc pour rien le simple regard, mou frère ?
u — Au contraire, dit-il, je le compte pour beaucoup, pour une illusion grossière, et pour une ignorance très-coupable. Car que voulez-vous que je pense d'un chrétien qui, pour toutes précautions avant une confession qui sera peut-être suivie d'une communion, se contentant de regarder dans son oraison Dieu présent en tous lieux, présume par là assez de la sainteté de son état pour attendre de Dieu, un qui! lui révèle tous les péchés qu'il a commis, ou qu'il lui pardonne ceux qu'il ne lui aura pas révélés? Si ce n'est pas là tenter Dieu, je ne sais plus ni quand ni comment on le peut tenter. Je reviens à mon saint, et je le fais, avec votre permission, solcnniser lesmystèrcsde Jésus-Christ tous les jours des fêtes qui lui sont consacrées.
« — Si cela se passe, lui dis-je, sans action vivante de sa part, sans activité et sans propriété, votre saint est le mien de tout mon cœur-, mais autrement, il n'est pas mon saint, et ne le peut être de personne.
<( — Vous parlez bien affirmativement, me dit-il; mais, ma sœur, croyez-vous en Jésus-Christ'?
(( — Voilà une belle question I
« — Et en son Église?
(( — Tout de même !
Il — Et au pouvoir de son Église...
« — Après? lui dis-je.
'( — Émané de Jésus-Christ?
'i — Je le crois.
u — Vous croyez donc, poursuivit-il, que les fêtes qui'