‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 12 sur 146 · Fausse dévotion. [Note de La Bruyère · texte numérisé non relu

Fausse dévotion. [Note de La Bruyère

point à profiler de toute sa succession, ni à s'attirer une donation générale de tous ses biens S s'il s'agit surtout de les enlever à un fils, le légitime héritier : un homme dévot n'est ni avare, ni violent, ni injuste, ni même intéressé: Onuphre n'est pas dévot, mais il veut être cru tel, et par une parfaite, quoique fausse imitation de la piété, ménager sourdement ses intérêts : aussi ne se joue-t-il pas k la ligne directe, et il ne s'insinue jamais dans une famille oii se trouvent tout à la fois une fdle à pourvoir et un fils à établir ; il y a là des droiis trop forts et trop inviolables : on ne les traverse point sans faire de l'éclat (et il l'appréhende), sans qu'une pareille entreprise vienne aux oreilles du Prince, à qui il dérobe sa marche, par la crainte qu'il a d'être découvert et de paroîtrece qu'il est-. Il en veut à la ligne collatérale : on l'attaque plus impunément ; il est la terreur des cousins et des cousines, du neveu et de la nièce, le flatteur et l'ami déclaré de tous les oncles qui ont fait fortune ; il se donne pour l'héritier légitime de tout vieillard qui meurt riche et sans enfants, et il faut que celui-ci le déshérite, s'il veut que ses parents recueillent sa succession ; si Onuphre ne trouve pas jour à les en frustrera fond, il leur en ôte du moins une bonne partie' : une petite calomnie, moins que cela, une légère

* « Il en veut à la ligne collatérale : on l'attaque plus impunément, et s'il ne peut la frustrer à fond do riiérédité où elle aspire, il lui en ote du moins une bonne partie. » (Édit, 6".)

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