‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 121 sur 146 · Saint Matthieu, chapitre xi, verset · texte numérisé non relu

Saint Matthieu, chapitre xi, verset

3o0 DIALOGUES SUR LE OUl[:TISiM H .

si subliiiii' t'I à une si parfaite ft'-licité par la pratique de la loi de Jésus-Christ, par les commandements de Dieu ci de son Église, par la foi, Tespérancc et la charité, c'étoit entrer dans dimportuns détails, ou dire des choses bien triviales : TindilTérencc sur tout cela, et le parfait abandon aux décrets divins, sont au contraire une nouvelle découverte.

Le directeur. Vous y êtes, voilà tout le mystère.

Le docteur. Mais, mon Père, permettez-moi de vous faire une petite question, nullement pour vous faire de la peine, mais pour m'éclaircir et m'instruire. Allez-vous à Dieu par Jésus-Christ? Car voilà, selon nous, l'essence de la religion chrétienne.

Le directeur. Vraiment, monsieur, il faut débuter par là nécessairement : nous llnspirons autant qu'il nous est possible à tous nos commençants.

Le docteur. Je le crois, mon Père, puisque vous le dites; mais demeurez-vous en Dieu par Jésus-Christ?

L\ pénitente. Oh ! mon frère, voilà une belle demande ([ue vous faites là au Révérend Père! l'un ne suit-il pas de l'autre indispensablement ?

Le directeur. Excusez-moi. madame ; la question est trèsbien formée par monsieur le docteur, et nos livres sont pleins de maximes et de décisions sur cette matière. Par exemple, monsieur, sans aller plus loin, vous pouvez lire dans notre Explication du Cantique des cantiques une question presque semblable à la v(Mre. On demande, savoir, si Tàme arrivée en Dieu parle de Jésus-Christ , et peut penser encore à sa divine personne. C'est à la page 6. Et on répond : « Que l'union à Jésus-Christ a précédé d'un très-long temps l'union essentielle; mais que pour une âme parvenue à ce dernier et sublime état, celui d'être unie à Jésus-Christ, et de penser encore à sa divine personne, est absolument passé.» N'est-ce pas là ce que vous demandez? Mais voulez-vous rien de plus positif que ce que je vous montrerai écrit quelque part, en termes exprès : « Que l'idée de Jésus-Christ, après avoir

L)IAL(3GUE VI. Soi

éclipsé l'uléo de toutos los créatures. s"éclips(> insensihleiiuMil elli^-inèiiie, pour laisser l'âme dans la vue confuse et générale tle Dieu ?»

Bien plus, un de nos docteurs assure (pic (lans l'oraison (il pai'lc de la i^randc oraison), « il faut avoir seulement une foi obscure et universelle, et oublier toutes sortes de réflexions pai'ticuliéres : '> on ne doit pas même, selon lui. penser à Jésus-Clirist. (( Lïime est surprise, dit un autre', quand sans avoir pensé, en aucun (''tat, aux inclinations de Jésus-Christ depuis les dix. les vingt, les trente années, elle les trouve imprimées en elle par état. Les inclinations sont la petitesse, la pauvreté, etc.» Il va plus loin et parle décisivement : <c L"àme, poursuit-il, dans toute sa voie. n"a pas de vu(> distincte de Jésus-Christ; » où vous remarquei\'Z que voilà Jésus-Christ interdit, même aux commençants.

Le doctcur. Et j'ajoute, mon Père, inutile au salut, à ceux du moins qui cherchent à se le procurer ])ar votre méthode.

Le DirtECTELR, Il n'avance pas cela en l'air, et il n'est pas seul de son sentiment, car vous lisez ailleurs- que dans la voie mystique, il ne faut pas de rcpn'sentation du corps de Jésus- Christ.

Le DOCTEcr,. C'est-à-dii'i'. chez vous autres?

Le DiREcrEL'n. Sans doute, et que la foi suffît pour la justification, sans aucun souvenir de Jésus-Christ.

Le docteui?. Je vous ai écouté, mon Père, avec toute la patience dont je suis capable : mais il me sendjie que vous n'avez pas encore répondu précisément à ma question, qui étoit de savoir si. comme on va à Dieu par Jésus-Christ, on demeure en Dieu par Jésus-Christ.

Le DiRECTEUi!. Premièrement, monsieur, quand on vous dit que dans ce sublime état d'union essentielle, il n'est plus donné à l'àme de penser à Jésus-Christ, de recevoir l'idée et

Page 1