‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 123 sur 146 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

Jusqu'à l'édition di', M. Servois (18G7), on ne connaissait qu'un très-petit nombre de lettres de La Bruyère, qui n'étaient même pas toutes bien authentiques. Ce sont celles que nous publions sous le titre de Lettres diverses et de Lettres d'une aulhenlicité douteuse.

M. Servois a publié pour la première fois les dix-sept Lettres au prince de Condé, que nous donnons en tète des autres. 11 les doit lui-même, et le public lettré les doit à la libéralité de S. A. R. M?"" le duc d'Aumale, qui les a fait extraire des Archives de la maison de Condé et les a remises à M. Servois après avoir luimême collationné la copie. S. A. a bien voulu nous autoriser à les publier à nouveau. Nous la prions d'agréer ici nos remercîments particuliers.

Nous avons usé de notre droit d'éditeur en intervertissant Tordre des lettres IX*" et X% dont la date précise n'a pas été conservée, et en proposant une correction à la lettre XIV^

A propos de chacune des autres lettres, nous indiquerons en note sa provenance et nous examinerons son authenticité.

Versailles, 9 février 1085.

Monseigneur ,

Comme mon unique application est d'avancer les études de M. le duc de Bourbon, et que je travaille à cela à Versailles du matin au soir sans nul relâchement, ma plus grande joie aussi est d'en rendre compte à Votre Altesse Sérénissime. Je m'abstiens souvent de lui écrire, afin de ne point tomber en des redites, et j'attends quelquefois que nous ayons passé à des choses nouvelles, afin qu'elle en soit exactement informée, et de tout le chemin que nous faisons. J'entrerai demain dans l'histoire de Charles VIII ; la vie de Louis XI nous a menés ' au delà de ce que je pensois, soit par le nombre et l'ioiportance des événements, soit aussi faute de temps, que je partage avec bien des maîtres. Je fais voir l'Italie à Son Altesse, pour la mener de là en Hongrie, en Pologne et dans les États du Turc en Europe; je lui ai appris ces derniers

" Daas l'original mené est au singulier. Voyez p. 387.

1. Elles sont presque exclusivement relatives à l'éducation du petit-fils de Coudé , le duc de Bourbon ; éducation que La Bruyère avait été chargé de compléter et d'achever. Voir la Vie de La Bruyère (t. I, p. vu et suiv.).

jours la Suède, le Danemark, la Scandinavie, et l'Angleterre avec l'Ecosse et l'Irlande, assez scrupuleusement. Nous avons achevé de M. Descartes ce qui concerne le mouvement*. J'ai rebattu les généalogies que je lui ai déjà enseignées, et vais entrer dans celles des maisons de Saxe, Lorraine, Holstein, Savoie, et peu d'autres qui sont entrées dans votre branche de Bourbon. Des fables, nous en sommes au huitième livre -, et il les retient avec sa facilité ordinaire. 11 avance aussi beaucoup dans la connoissance de la maison du Roi, du moins par la lecture de l'Etat de la France^. L'on marche également dans toutes ces différentes études, et nulle n'est privilégiée, si ce n'est peut-être l'histoire , depuis que vous me l'avez recommandée; car quelque idée qui me vienne, et quelque nouvel établissement que je fasse au sujet des études de M. le duc de Bourbon, je déménage sans peine pour aller où il plaît à Votre Altesse*.

Une lettre qu'elle a écrite il y a bien quinze jours à M. le Duc a fait ici le mieux du monde : je m'en suis trouvé soulagé par un renouvellement d'attention qui m'a l'ait deviner. Monseigneur, que vous aviez parlé sur le ton qu'il faut, et M. le Duc me l'a confirmé. Dès que l'application tombera, je vous en avertirai ingénument ; car je sens de la peine à tromper ceux qui se reposent sur moi de quelques soins, et je ne commencerai point par Votre Altesse Sérénissime à faire un effort qui me coûte et qui

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