Villafranca en Piémont
fautes du pi-emier dans le cours de la ui^'gocialion, les motifs et les raisous des électeurs et des piinces allemands pour l'exclure et lui préférer Charles-Quint. Voilà, Monseigneur, les choses sur lesquelles j'interrogeai M. le duc de Bourbon, qui répondit fort bien à tout, en bons termes, parla bien trois petits quarts d'heure de suite avec beaucoup de netteté et de jugement. M"" la Duchesse lui fit de son côté quelques questions, auxquelles il satisfit sans hésiter. Je crois que Son Altesse vous a mandé qu'elle est contente de lui et de ses réponses. Cela s'est passé sérieusement dans le cabinet, où il n'y avoit personne que Leurs Altesses et moi. M'"^ la Duchesse a remis la partie à dimanche prochain, dont j'ai une fort grande joie. Cela me fait souvenir des projets de Chantilly. Il faut. Monseigneur, persévérer dans cette méthode, si Votre Altesse veut absolument que M. le duc de Bourbon soit savant : il le deviendra par Là, et sans cela jamais. Quand vous m'aurez donné la permission de vous rendre compte des études de M""' la duchesse de Bourbon, je le ferai avec la même exactitude. Je me fais un devoir étroit et un sensible plaisir de les avancer tous deux. Je suis très-respectueusement, etc.
Versailles, 14 janvier 1G8G.
Monseigneur,
La répétition fut hier continuée dans le cabinet de M'"^ la Duchesse et en sa présence. Tout se passa comme
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la dernière fois, c'est-à-dire fort l)ien, avec netteté et une grande mémoire. Il rendit compte de la jalousie de François I" sur l'élévation de Charles Y à l'Empire, de sa conférence avec Henri VIII entre Ardres et Guynes, de celle de l'Empereur avec le même Henri VIII en Angleterre ; le résultat des deux conférences; de la ligue que fit le roi de France avec Léon X, de sa rupture avec Charles-Quint, qui éclata par l'entreprise sur la Navarre et par la protection qu'il donna à Robert de la Marck; de la médiation du roi d'Angleterre pour prévenir une guerre entre les deux nations; de la mort du cardinal Bibiena, ami de François I" et ministre de Léon X, suivie d'une rupture entière entre le Roi et le Pontife ; de la nouvelle liaison de ce dernier avec l'Empereur, et des préparatifs de guerre en France et en Allemagne ; de la conférence de Calais entre les plénipotentiaires des deux nations, ménagée par les soins d'Henri VIII, toujours médiateur; de son inutilité. Son Altesse Sérénissime expliqua toutes ces choses avec beaucoup d'exactitude, quoiqu'il y entre bien des intrigues et du cabinet. Il satisfit encore à des questions que lui fit M'"" la Duchesse. Dimanche prochain, il rendra compte de la géographie et des autres études avec Fhistoire. Je suis avec tout le respect que je dois, etc.
Versailles, 27 janvier 1680.
Monseigneur,
Un voyage de M'"* la Duchesse à Paris fit que M. le duc de Bourbon ne rendit point compte il y a aujourd'hui
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huit jours. Il s'en est acquitté cette après-dînée, et comme il lui falloit parler des leçons sur l'histoire de quinze jours entiers, et que la traite étant un peu longue, il l'toit moins forme qu'à l'ordinaire, j'ai remis l'histoire à dimanche prochain, dans le dessein de repasser les quatre derniers jours de cette semaine sur ce qu'il a vu ces derniers quinze jours, et de lui faire voir peu de choses nouvelles d'ici à la première répétition. Il a donc aujourd'hui rendu compte de la géographie, et parcouru tout le Rhin depuis sa source jusques à la mer, tous les Etats qu'il coupe ou qu'il traverse, les villes situées sur ce fleuve, les différentes rivières qui s'y jettent, et les villes qui y sont assises depuis leur source jusques au Rhin, les divers canaux que forme le Rhin, leurs noms, ceux des villes qui sont situées sur ces canaux, et comme ce grand fleuve dégénère en un petit ruisseau au-dessus de Leyden avant de se perdre dans la mer : voilà ce dont il a rendu compte assez bien à mon gré, vu la grande mémoire qu'il faut pour arranger tant de noms et les mettre chacun dans leur ordre. Il aime peu à apprendre par cœur. Il me faut lutter pour réduire une mutinerie' qui ne se comprend pas sans l'avoir vue. Son Altesse a besoin que vous lui déclariez, Monseigneur, que vous voulez très-absolument qu'il sache très-bien la géographie : cela peut-être me soulagera. Je suis avec un profond respect, etc.
^ Nous n'hésitons pas à corriger ici le texte donné par M. Servois, texte évidemment altéré par quelque erreur de plume de la part de La Bruyère (comme p. -401 "), ou quelque erreur de lecture de la part du copiste. Ce texte est celui-ci : « Il me faut pour le réduire une mutinerie qui ne se comprend pas sans l'avoir vue. »
Versailles, 20 mars 1686.
Monseigneur,
D'autres auront mandé à Votre Altesse Sérénissime que M. le duc de Bourbon se porte fort bien, qu'il va toutes les après-dînées au manège, où il s'exerce fort longtemps pour le carrousels Cela diminue un peu le temps destiné aux études, mais il n'y a point de remède : je me réduis à employer utilement auprès de Son Altesse les heures que cet exercice nous laisse, et fais choix des choses dont il a plus besoin d'être instruit, sur lesquelles j'insiste fort et ne lui fais point de quartier. Je l'ai entretenu trois différentes fois des circonstances de la bataille de Pavie, afin qu'il fût plus prêt à vous en rendre compte ; je lui fais revoir le détail des provinces de France, qu'il avoit un peu oubliées, et j'observe la même conduite sur toutes les autres études. Je suis toujours avec le même attachement et avec un profond respect, etc.
Versailles, 24 avril 1G8G.
Monseigneur
Je voudrois aller si vite dans les études de M. le duc de Bourbon qu'il y eût tous les jours quelques nouvelles
1. u Le Roi, avec Monseigneur et Madame; la Dauphine, a réglé qu'il y auroit après Pâques un carrousel de quarante hommes et de quarante dames. » (Dangeau, t. I, p. 306. — 4 mars 1680.)
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choses à vous mander sur le progrès qu'il y fait. Elles ont été un peu interrompues par la dévotion des dernières fêtes* et par les répétitions du carrousel. Nous sommes cependant depuis quelques jours dans le bon train, et fort avant dans la vie de François I", qu'il écoute avec assez d'application. J'apporte tout le soin dont je suis capable pour l'en rendre instruit, et des autres études dont Votre Altesse m'a chargé et dont j'espère lui rendre compte"" à l'ordinaire. Je suis avec un profond respect, etc.
Versailles, i juillet IGSG.
Monseigneur,
Comme nous nous sommes réglés sur l'abrégé de M. de Mezeray^ pour la \ie du roi Henri second, qui est d'ailleurs fort courte, cela est cause que nous l'avons déjà achevée ; je m'attache présentement à en faire récapitulation à Son Altesse, afin qu'elle la sache plus parfaitement, et j'observerai cette méthode dans toutes les vies qui suivent. Et parce que M. le duc de Bourbon a toujours un peu de peine à s'appliquer, et que cela retarde le projet
^ Pai- un lapsus qu'explif[uo la rapidité avec laquelle fut écrit ce billet, La Bruyère a mis ici : « Dont j'espère lui eu rendre compte. »