‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 130 sur 146 · LA BRUYÈRE A BUSSY · texte numérisé non relu

LA BRUYÈRE A BUSSY

Paris, 9 décembre 1691.

Si vous ne vous cachiez pas de vos bienfaits, monsieur, vous auriez eu plus tôt mon remerciement. Je vous le dis sans compliment, la manière dont vous venez de m'obliger m'engage toute ma vie à la plus vive reconnoissance dont je puisse être capable. Vous aurez bien de la peine à me fermer la bouche : je ne puis me taire sur cette circonstance qui me dédommage de n'avoir pas été reçu dans un corps à qui vous faites tant d'honneur-. Les Altesses à qui je suis seront informées de tout ce que vous avez fait pour moi, monsieur. Les sept voix qui ont été pour moi, je ne les ai pas mendiées, elles sont gratuites; mais il y a quelque chose à la vôtre qui me flatte plus sensiblement que les autres. Je vous envoie, monsieur, un

1. Lettre publiée, ainsi que la suivante, dans les diverses éditions delà Correspondance de Bussy-Rabutin, notamment dans celle qu'a donnée M. Lud. Lalanne (t. VI, p. 513 et suiv.).

2. L'Académie française. — Bussy avait donné sa voix à La Bruyère, quand il s'était présente pour la première fois, en octobre iCOI, pour le fauteuil de Benserade. (Voyez la Vie de La Bruyère, t. J, p. xviii.)

(le mes livres des Caractères^ fort augmenté', et je sais avec toutes sortes de respects et de gratitude, etc.

T5USSY A LA BRUYERE.

Chaseu, 1G décembre 1091.

Quand je vous ai voulu faire plaisir sans me faire de fête, monsieur, ce n'est pas que j'eusse honte de vous servir, mais c'est qu'il m'a paru qu'un service annoncé avant qu'il soit rendu a perdu son mérite. Les voix que vous avez eues n'ont regardé que vous : vous avez un mérite qui pourroit se passer de la protection des Altesses, et la protection de ces Altesses pourroit bien, à mon avis, faire recevoir l'homme du monde le moins recommandable. Jugez combien vous auriez paru avec elles et avec vousmême, si vous les aviez employées. Pour moi, je vous trouve digne de l'estime de tout le monde, et c'est aussi sur ce pied-là que je suis votre ami sincère et votre, etc.

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