LETTRE APOCRYPHE DE LA RRUYÈRE A FONTENELLE
Versailles, ce 11 décembre 1()87.
J'ai été bien sensible à i'Jiommage de votre livre des Oracles-. \ous venez de \ ous montrer, monsieur, poëte, philosophe et écrivain du premier mérite. Je ne fais pas dilïiculté de croire qu'il ne vous attire les éloges mérités des gens de goût, l'estime des esprits supérieurs et l'accueil plus flatteur encore d'un public reconnoissant. J'aurois répondu plus tôt à l'obligeante lettre qui l'accompagnoit, sans une paralysie au bras droit que j'ai eue ces jours passés, qui me cause de grandes douleurs, et qui me fait regretter de ne pouvoir vous écrire plus longtemps. Vous assurant, monsieur, des vœux que je fais pour votre gloire, et de l'amitié avec laquelle je suis bien sincèrement,
Votre très-affectionné serviteur,
Labruyère.
et désigné sous le nom de Maladrerie de Saint-Germain. (Voyez ChérucI, Dictionnaire des institutions de la France.)
1. Cette lettre a paru pour la première fois dans la Galerie française ou Collection de portraits des hommes et des femmes qui ont illustré la France dans les xvi*, xvii" et ww" siècles, avec des notions et des fac-similé, par une société d'hommes de lettres et d'artistes (Paris, F. Didot, 1821-23, in-4"), M. Ed. Fournier (CowecZi'e de La Bruyère, p. 177, 200, 210, 5i8, 589} paraît hésiter sur son authenticité. M. Servois la déclare apocryphe : « Écriture, signature, style, rien n'en est de La Bruyère. » Elle a été retirée en 1864 d'une vente d'autographes comme « d'une authenticité un peu douteuse. » Le faussaire qui a fabriqué cette lettre avait à l'avance pris ses précautions contre la critique paléographique en affligeant La Bruyère d'une paralysie au bras droit. La critique littéraire objectera de son coté l'invraisemblance d'une correspondance amicale échangée entre La Bruyère et Fontenelle. (Voyez la Vie de La Bruyère, t. I, p. xviii.)
2. Histoire des Oracles, publiée en 1687 ( sans nom d'auteur).