‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 133 sur 146 · Allusion à une statue de Chantilly · texte numérisé non relu

Allusion à une statue de Chantilly

pour ne pas excuser volontiers vos fautes passées, à la charge que vous vous corrigerez à l'avenir. J'ai lu avec un extrême plaisir toutes les nouvelles que vous m'écrivez de Chantilly. 11 y en a telles qui m'ont fait trembler, et surtout l'aventure de la demoiselle, et de ce que vous êtes un [des] rudes joueurs de lansquenet qui soit au monde. Il ne vous faut plus que cela pour devenir tout à fait fou, et si vous faites encore plusieurs voyages à Chantilly, je ne doute pas qu'avant qu'il soit un an, on ne vous mène haranguer aux Petites-Maisons. Ce seroit une fin assez bizarre pour le Théophraste de ce siècle; et je trouve que cela conviendroit mieux au...* moderne dont il est tant fait mention. Si pourtant par cas fortuit cela arrivoit, ne doutez pas que je ne vous y aille rendre visite, et qu'en quelque état que vous soyez, je ne vous [range^] toujours au rang de mes amis, quoique l'homme le moins sage qui soit sur la terre.

" Mot omis dans la copie.

1. Il y a ici un blanc dans la copie. M. Depping a proposé de lire soit (( au Timon moderne » {le duc de Montausier), soit « au Phèdre moderne » (La Fontaine). Selon M. Jal, qui a aussi publié ces deux lettres (Dictionnaire critique de géographie et d'histoire), « il est évident que le fou moderne auquel Jérôme Phélypeaux compare La Bruyère est l'Angeli, que le prince de Condé avait, dit-on, donné au Roi. » Ces diverses hypothèses n'ont pas satisfait M. Servois, qui objecte avec raison : 1" que Montausier était mort depuis quatre ans et n'était pas un homme à mettre aux Petites- Maisons; 2° que La Fontaine était alors malade et vivait dans la retraite; 3" que l'Angeli était mort ou du moins oublié. Il se demande s'il n'est pas question de Santeul, queBossuet aurait voulu «mettre aux Petites-Maisons,» et il finit par renoncer à remplir le blanc laissé par le copiste. C'est le parti auquel nous nous arrêtons également.

LETTUKS DIVEUSI-S. 411

PIIÉLYPEAIX A LA lUî U YKRE.

28 août 1G911.

Si par liasard vous avez, monsieur, quelqu'un de vos amis qui vous connoisse assez peu pour vous croire sage, je vous prie de me le marquer par nom et par surnom, afin que je le détrompe à ne pouvoir douter un moment du contraire. Je n'aurai pour cela qu'à lui montrer vos lettres : si après cela il ne demeure pas d'accord que vous êtes un des moins sensés de l'Académie françoise, il faut qu'il le soit aussi peu que vous. Je n'ai pu encore bien discerner si c'est la qualité d'académicieu, ouïes honneurs que vous recevez à Chantilly, qui vous font tourner la cervelle. Quoi qu'il en soit, je vous assure que c'est dommage ; car vous étiez un fort joli garçon, qui donniez beaucoup d'espérances. Si j'arrive devant vous à Paris, je ne manquerai pas de vous faire préparer une petite chambre bien commode à l'Académie du faubourg Saint-Germain-. J'aurai bien soin qu'elle soit séparée des autres, afin que vous n'ayez communication qu'avec vos amis particuliers, et que les Parisiens, naturellement curieux, ne soient pas témoins du malheur qui vous est arrivé. En attendant, vous pouvez penser, faire et écrire autant d'extravagances que vous voudrez : elles ne feront que me réjouir ; car les folies, quand elles sont aussi agréables que les vôtres, divertissent toujours et délassent du grand travail dont je suis accablé. Je suis, monsieur, entièrement à vous.

1. Plu'lypaux était alors, selon M. Jal, « entre Paris et Abbevillc, d'où il était parti le 27 pour rejoindre son pèro, qui l'attendait. »

2. Aux Petites-Maisons, où déridénient Pliélypeaux tient à loger La Bruyère. On appelait ainsi un hôpital fondé par la ville de Paris en 1497,

4'12 LI'TTUI-S

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