‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 140 sur 146 · L. Racine, la Religion · texte numérisé non relu

L. Racine, la Religion

Non, des mystères saints Tauguste obscurité Ne me fait point rougir de ma docilité.

Docteur (docteur en théologie), directeur, confesseur. Des Biens

de fortune : « On n'a pas vu chez lui le moindre docteur qui l'ait assuré de son salut. » — Ibld. : « Elle entendait de loin le sermon d'un carme ou d'un docteur. »

Doctrine, instruction, science. Disc, sur Théophr. : « Si l'âge des hommes eût pu s'étendre à un plus grand nombre d'années, il serait arrivé que leur vie aurait été cultivée par une doctrine universelle. » Des Jugements : « Souvent le riche parie de doctrine. » ]bid. : « Il laisse à l'orateur ce qu'il a d'esprit, de bon sens, de doctrine. »

Domestique, intérieur de la famille. « Ce mot comprend hi femme, les enfants et les serviteurs. » (Richelet, Dictionn. fr.) De la Cour : « Ils marchent et agissent comme chez eux et dans leur domestique. »

■I . Dont, employé pour duquel, par lequel. Des Biens de fortune : « Du même fonds d'orgueil, dont l'on s'élève fièrement au-dessus de ses inférieurs, Ton rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi. »

2. Dont pour d'où. De la Cour : « Une assemblée ou un spectacle dont on est refusé. »

(' La particule dont est très-commode et d'un grand usage dans notre langue... Quelques-uns disent dont pour d'où, comme le lieu dont je viens; mais c'est très-mal parler. 11 faut dire : d'où je viens, quoique ce fût la vraie et première signification, car dont vient de unde. On dit néanmoins la race ou la maison dotit il est sorti, mieux que d'où il est sorti, qui est toujours bon. Et cet exemple dont il est sorti veut dire de laquelle il est sorti. » (Vaugelas, Remarques sur la langue française.) Th. Corneille, dans ses notes sur les Remarques de Vaugelas, donne la raison de cette distinction ; c'est que do7it se met avec les personnes, d'où avec les choses. « Dans l'exemple de M. de Vaugelas, wiaiso?i signifie race: s'il était pris au propre, il faudrait assurément mettre à' où il est sorti.» — (Voyez Où, d'où).

Droit. — On disait, au xvir siècle, à droit, à gauche, dans le sens oiî l'on dit aujourd'hui : ù droite, à gauche. Des Biens de fortune : « Il biaise naturellement, et va à droit ou à gauche. »

Boileau, satire IV :

L'un à droit, l'autre à gauche, et courant vainement. Th. Corneille, le Festin de Pierre, I, 1 :

Soudain à gauche, à droit, par devant, par derrière.

Dru. Des Ouvr. de l'esprit, n° l-i : « SiMiiblable à ces enfants drus et forts d'un bon lait ([u'ils ont suce. » — Diclionn. de Fureliére : « Dru, terme do fauconnerie, qui se dit des oiseaux qui sont prêts à s'envoler du nid. On le dit fii^urément de ce ciui est déjà crû, qui se porte bien. CH enfant est bien dru, bien jzrand pour son âge. »

Echapper (s'!, sortir de soi-même. De l'Homme : « Les mômes hommes qui ont un (li'i^'me... s'échappent et ont une bile intarissable... » Ibiil. : « Timon ne s'écliappe pas, il ne s'apprivoise pas avec les hommes. >.

Eminence, élévation, rang social. De la Société : « G 'lui qui est d'une eminence au-dessus des autres, qui le met ti couvert de la repartie. »

Emportement, vivacité, violence. De V Homme : « Il y a de certains biens (jue l'on désire avec emportement, et dont l'idée seule nous enlève et nous transporte, d

1. En, employé pour rappeler, non-seulement des choses, mais des personnes. De la Cour, n" 62 : « Celui dont il lui échapperait de dire ce qu'il en pense. » Des Femmes, n° 9 : « Les femmes se préparent pour leurs amants, si elles les attendent: mais si elles en sont surprises, elles oublient l'état où elles se trouvent. »

Corneille, Nicomède, III, l :

Il connaît Nicomèdo, il cunnaît sa marâtre, Il en sait, il e:i voit la haine opiniâtre.

Bossuet, Disc, sur l'hist. univ., IIP partie, chap. v: « Les Perses étaient libéraux envers les étrangers et savaient s'e/i servir. » Ibid., ch. VI : « Les sénateurs les plus illustres, à nen regarder que l'extérieur, différaient peu des paysans, n Ibid , P' partie, ch. viii : « Ils adoraient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte à celui de leurs faux dieux. »

2. En, pour à cause de lai, d'elle , de cela. De la Cour : « Une affaire de rien et qui ne mérite pas qu'on s'en remue. «

Endroit, dans la locution : en son endroit, en leur endroit (on dit plutôt aujourd'hui à son endroit, à leur endroit). De la Cour : « Ils se persuadent d'être (|uiltes par là en leur endroit de tous les devoirs de l'amitié et de la reconnaissance. »

Engagement, ce à quoi OH s'esl engagé, obligé moralement, II. 28

hU LEXIQUE.

et par suite, élat, position. Du Souverain : « Il est froid et taciturne pour jeter les autres dans l'engagement de parier. » Du Mérite personnel, n" 23 : « Le bon esprit nous découvre notre devoir, notre engagement à le faire. » Ibid., n" 18 : « Prévenir les honteuses suites d'un engagement où on n'est pas propre. » Disc, sur Théophr. : « L'un (Pascal), par l'engagement de son auteur, fait servir la métaphysique à la religion. » Du Souverain : « Le favori n'a pas de suite ; il est sans engagement et sans liaison. «

Molière, l'Avare. I. 8 : « Un engagement qui doit durer jusqut» la mort ne doit se fiiire ([u'avec de grandes précautions. » — Richelet [Dictionn. fr.) cite encore, comme de Port-Royal, cette phrase : « Les engagements du monde sont puissants « (dans le sens de attache, liaison).

Enlever. — Disc. sur Théophr. : « Enlever les suËfrages de tous ses lecteurs. «

Entendre. — Disc. SUT Théophr. : « Entendre délicatement. » (.Mettre delà iînesse dans l'intelligence d'un texte.)

Entendre à, consentir à. Du Souverain : « Il fait convenir des raisons qu'il y a de n'y pas entendre. »

s Etitendre iiïgniCie quelquefois pré ter l'oreille, consentir à quelque proposition. On lui a offert cet emploi, il y veut bien entendre. Il ne veut entendre a aucun accommodement. » (Furetière, Dictionn.)

Entêtement, parti pris favorable, enthousiasme. Des Biens de fortune : « Tant que cet assemblage est dans sa force, et que l'entêtement subsiste... » De la Société : « C'a été autrefois mon entêtement comme il est le vôtre; mais il y a trois choses à considérer. » Des Grands : s La prévention du peuple en faveur des grands est si aveugle, et l'entêtement pour leurs gestes, leur visage et leurs manières, si général... »Des Jugements : « L'entêtement et le dégoût se suivent de près. »

Molière, Femmes savantes, III. 2 :

J'aime la poésie avec entêtement

De même, le participe entêté de signi&ait passionné pour, enthousiaste de, content à.

La Fontaine, épître à Huet :

Entêté de Bcccace.

Fléohior : « Entêté des vanités et des folies du sièeio. » Massillon : « Entêté de l'élévation de sa fortune. » Bourdaloue : « Mondains ambitieux et entêtés d'une vaine grandeur. >•>

Voltaire :

Regardez Brosscrct, de sa table cntoté !

Entrer, conjuii:ué avec l'auxiliaire avoir.

]>e la Chaire: « Ils ont entré en soriélé avec les auteurs et les poètes. )'

" J'ai entré dans ee lieu. « Pellisson.^' — « Il cùl entré lui-même dans ce sentiment s'il l'eût pu. » ^Bossuet.

Envelopper, prendre dans un filet.

Des Grands : « Admirables sans doute pour envelopper une dupe. »

Envier (quelqu'un). ]}orter envie à quelqu'un.

De la Cour : ^( Ils reçoivent et envient tous ceux à qui l'on donne. »

Du Cœur: « deux ipii font bien mériteraient seuls d'»''tre enviés. » Fontenelle : « (lliacun est envié pendant qu'il est lui-même envieux. » Voltaire, Memnon : « Je n'envierai personne et personne ne m'enviera. »

Le Diciionnaire de l'Académie fait observer que ce verbe. à l'actif, se dit plus souvent des choses que des personnes.

Esprit bel). — Avant La Bruyère, le mot de bel esjjril ne se prenait jamais en mauvaise part.

Ainsi Boileau {Art poétique] :

O vous donc, qui, brûlant d'une ardeur périlleuse, Courez du bel esprit la carrière épineuse.

El épitre IX :

Tout à coup devenu poëtc et bel esprit.

Perrault, Parallèle des anciens et des modernes : v Homère est peut-être le plus vaste et le plus bel esprit qui ait jamais existé. »

Voir encore le chapitre Du bel esprit d,\ns les Entretiens d'Ariste et d'Eugène, du Père Bouhours.

La Bruyère: < Un ouvrier se pique d'être ouvrier; Euripide se pi(]ue-t-il d'être bel esprit? « Des Jugements.)

Déjà copendant, au tLMn|)s (hi La I3ru\ t'io, une nuance do défaveur commence à s'attacher à ce mot, qui inditiue, non plus seulemenl la finesse, mais aussi le raffinement. Ex. :

Des Ouvrages de Vespril, n° 3.j : « Les grands esprits n'entendent quelquefois pas un livre tout entier. Les beaux esprits veulent trouver obscur ce qui ne l'est pas, et ne pas entendre ce qui est fort intelligible. »

Esprit de (dans 1'], dans l'intention de, dans le désir de. Discours sur Théophr. : « Dans l'esprit de les contenter, on ajoute à cet ouvrage... »

Esprit fort. — Ce mot n'a pas toujours dans La Bru\'ère le sens qu'il a dans le dernier chapitre des Caraclères.W se prend aussi dans le sens ordinaire d'esprit ferme et austère. Des Ouvrages de l'esprit. Xi" 50 : « Sans citer les personnes graves ou les esprits forts qui trouvent du faible dans un ris excessif comme dans les pleurs. »

Dans le sens d'homme qui affecte de se mettre au-dessus des crovances reçues, il était un peu nouveau alors. On le trouve déjà cependant en 1665 dans 3Iolière [Festin de Pierre, I, 2), à côté de celui de libertin, (pi'il a remplacé en ce sens. Ainsi Sganarelle dit à don Juan : « Si vous êtes libertin, vous avez vos raisons... Mais il y a certains impertinents qui font les esprits forts... » (Voyez le mot Libertin.)

Étendard (lever 1' . locution qui signifiait faire montre de, faire profession de. Des Esprits forts : « Il ne convient pas à toute sorte de personnes de lever l'étendard d'aumônier. »

Étinceler, pétiller. — De V Homme : « Il sort de son bon sens, crie, se désespère, étincelle des yeux... »

Étourdir (s') de, s'enorgucillir d'une chose au point d'en perdre la raison. Du Mérite personnel, n° 13 : « Il s'étourdit moins du poste qu'il occupe qu'il n'est humilié par un plus grand qu'il ne remplit pas. » — C'est le sens primitif du mot : « Causer dans le cerveau un ébranlement qui en trouble et en suspend les fonctions. » (Littré. Diclionn.) — Il ne s'emploie plus aujourd'hui, comme verbe réfléchi, que dans le sens de « chercher à distraire son esprit d'une préoccupation, d'une inquiétude. »

Excellent. — Ce mot était pris anciennement dans son sens étymologique [qui excelle, qui dépasse les autres), et pouvait avoir un comparatif et un superlatif. Montaigne dit ; « Des plus excellenl.>i;

hommes. » [Essais , U , 36). Molière ; « J'aurais voulu laii'o voir (jue les plus excellentes choses sont sujettes à, être copiées par de mauvais juij'es. » — La Bruyère, rffls Femmes, n" 81 : « Deux frères qui étaient jeunes, d'une excellente beauté... » Du Mcrile personnel, I : « Avec les plus rares talents et le plus excellent mérite. »

Exemplaire, dans le sens du mot latin exemplar (modèle). Dos Ouvrages de l'esprit, n" 64 : « Ne se choisir pour exemplaires que ces sortes d'ouvra,^es où il entre de l'esprit. »

De même 3Iallierbe, 11, 1 :

Ce roi, des bons rois l'éternel exemplaire

Corneille, ■l'"'' Discours : « Un bel exemplaire d'équité. »

Exempt de (avec l'infinitif), dispensé de. — Disc, sur Théophr.: « On s'est trouvé exempt décharger cet ouvrage de longues et curieuses observations. »

Expédient, construit avec de, comme le mot moyen. De la Cour : « Trouver les expédients d'obliger ses amis. »

Expédition, action de faire vite, d'expédier. De quelques usages : « On l'autorise par une raison solide et sans réplique qui est celle de 'expédition. » (Il s'agit des plaidoiries d'avocat.)

Faible (le), faiblesse. Disc, sur Théophr. : « L'amour-propre est dans l'homme la cause de tous ses faibles. »

Faire s'emploie fre(iuemment au xvii"^ siècle pour suppléer un verbe exprimé dans une phrase précédente. Du Mérite personnel, n» 14 : « Ils pensent autrement de sa personne qu'il fait lui-même. » De la Cour : « Ils lui font comme dans les commencements et encore mieux. »>

La Fontaine, Psyché : « Il s'ouvrira plutôt ii vous qu'il ne ferait à sa mère. »

Bossuet, Or. fan. du prince de Condé : « Dieu vous comptera plus un verre d'eau donné en son nom que les rois ne feront jamais tout votre sang répandu. »

Racine, Andromaque :

Je l'aimais inconstant : qu'eussé-je fait, fidèle?

Faire bien, c'est-à-dire faire ce qui convient. — Latinisme fréquentau xvii<^ siècle. Horace, Od., IV, 8 : Sicartœ sileant,quodbene feceris. Bossuet, Or. fun. du prince de Condé : « Dans les grandes

actions, il faut uiiiquoincnt soni:cr à bion faire, et laisser venir la gloire après la vertu. » La Bru\ ère, du Mérite personnel, n» 3 : « Ceux que l'on choisit pour (le différents emplois, chacun selon son génie, fonl bien... Plusieurs personnes que l'on n'emploie pas... feraient très-bien... «

Farouche, inquiet. Discours sur Théophr. : « Dans cette ville tout était farouche et comme alarmé par le bruit des chars qu'il fallait éviter. ))

Feindre, imaginer, supposer. — De l'Homme : « Les stoïques ont feint qu'on pouvait être insensible aux injures. »

Feindre à, feindre de, hésiter à, craindre de (s'emploie surtout en ce sens avec une négation). Préface : « Je ne feignis point d'ajouter quelques remarques. » — Théophr., XXIV : « Au lieu d'expédier sur-le-champ des marchands et des ouvriers, il ne feint point de les renvoyer au lendemain matin. » — Des Jugements : « L'on ne feint point de leur dire que ce sont des exemples singuliers. »

Molière, Pourceaugnac , I, 3 : « Nous ne feignons pas de tout mettre en usage. » Saint-Simon : « Nesmond ne feignit point de dire qu'il se croirait coupable de la prévarication la plus criminelle. »

Molière, l'Étourdi, Y, 9 :

Vous ne devez point feindre à la faire venir.

Le Dictio7inaire de M. Littré donne de nombreux exemples de ce sens détourné du mot feindre. Il l'explique ainsi : « Le sens propre de fingere est façonner. De ce sens on a passé à celui de feindre, c'est-à-dire façonner une apparence. De ce qui n'a qu'une apparence et qui est rendu faible, on en est venu au sens d'hésiter, craindre. »

Féroce, férocité dans le sens latin de ferox, fier, ferocilas, fierté, naturel farouche. De la Cour : « Il faut à l'homme de bien une disgrâce pour le rendre plus humain, plus traitable, moins féroce. » — De la Société : « Il y aurait une espèce de férocité à rejeter indifféremment toute sorte de louanges. »

• Fiction, feinte. — De quelques usages : « Si la fiction est excusable, c'est où il faut feindre de l'amitié. »

Figure, dans le sens latin : figu7'a, ïovme. — De l'Homme : « Des outils dont il ne connaît ni l'usage, ni le nom, ni la figure. » De là la discussion scolastique sur les mots figure ou forjne d'un chapeau.

LKXIOUE. 439

Flaquer, craclior. rejeter. — Vieux mot (voy. Roquefort, Glossaire de la langue romane), que Lu Bruyère, pour celte raison, met en italique. — De l'Homme : « S'il trouve que l'on lui donne trop de vin. il en flaque plus de la moitié au visage de celui qui est à sa droite. »

Froid. I-'aire froid à quelqu'un, comme on dit aujounriiui : battre froid. — Des Jugeinenls : « Pourquoi me faire froid et vous plaindre de ce qui m'est échappé sur quelques jeunes gens? «

Génie. Ce mot n'avait pas, au xvii' siècle, le sens très-fort (}u'il a aujourd'hui, et qui ne jjermet de l'appliquer qu'aux talents tout à fait hors ligne. 11 avait simplement son sens étymologique : genius, dispositions naturelles, talent inné, esprit. C'est en ce sens que Boileau pouvait dire de Saint-Amand qu'il avait du génie, et qu'il dit d'un poëte sans inspiration :

Dans son génie étroit il est toujours captif.

La Bruyère, des Ouvrages de l'esprit : « La critique est un métier où il faut... plus d'habitude que de génie. » — Du Mérite personnel j.n" 3: «Chacun selon son génie et sa profession... » Ibid.: « Combien d'hommes, qui avaient de très-beaux génies, sont morts sans qu'on en ait parlé! » — Des Biens de fortune : « Un homme d'un petit génie peut vouloir avancer. » — La Fontaine, Psyché, I : « Il est bon de s'accommoder à son sujet; mais il est encore meilleur de s'accommoder à son génie. »

De même, Lesage, Turcaret, H, (5 : « Hormis moi et deux ou trois autres, il n'y a que des génies communs. »

Glorieux a le sens de fier, dans La Bruyère et au xvii^ siècle. — Du Mérite personnel, n° 14 : « Celui qui a bonne opinion de soi et que le vulgaire appelle un glorieux. «

Molière, Misanthrope :

Et la plus glorieuse a des régals peu chers,

Dès qu'on voit qu'on nous mète avec tout l'univers.

C'est le sens qu'a le titre de la comédie de Destouches, le Glorieux.

Grimaud, terme de mépris donné par les écoliers aux plus jeunes d'entre eux; a fini par signifier homme de collège, cuistre, pédant.

— Des Jugements : « II sait le grec, c'est un grimaud, c'est un philosophe... Les Lamoignons étaient de purs giimauds, n'en doutez pas ils savaient le grec. ')

Moliore, Femmes savantes, III, b :

Allez, petit grimaud, barbouilleur de papier.

Boileau, satire IV :

. . . . Ses vers, d'épithètes enflés,

Sont des moindres grimauds chez Ménage siffles.

Habile, savant, homme d"esprit et de talent. — Des Ouvrages de l'esprit, n° 2 : « Les habiles d'entre les modernes. » — Jbid. : « On se nourrit des anciens et des habiles modernes. » — Jbtd. : « Quelques habiles prononcent en faveur des anciens contre les modernes... »

— Des Jugements : « L'honnête homme tient le milieu entre l'habile homme et l'homme de bien. » — La Bruyère emploie aussi le mot habile dans le sens de homme de tact, et l'oppose à sot. De la Société : « C'est le rôle d'un sot d'être importun : un homme habile sent s'il convient ou s'il ennuie... »

Déjà ce mot, pris en ce sens, commençait à vieillir : « Habile a presque changé de signification. On ne le dit plus guère, pour dire docte et savant, et on entend par un homme habile, un homme adroit et qui a de la conduite. » (Bouhours, Entretiens d'Ariste.)

Habitude. La Bruyère construit ce substantif, comme le verbe d'où il est tiré, avec la préposition à. De la Société, n" 25 : « Par l'habitude qu'il a à la flatterie et à l'exagération. »

Haïr à... pour ne pas aimer à. — Des Femmes., n" 5 : « Ils haussent à les voir avec de ia céruse sur le visage. » — Sévigné, lettre 440 : « Je hais mortellement à vous parler de tout cela. »

Boileau, épître IX :

Tel qui hait à se voir peint eu de faux portraits.

Hasarder (se) de. — Du Mérite personnel, \-\° 3 : « Je me hasarde de dire. » — Théoph., XVIII ; « Si quelqu'un se hasarde de lui emprunter quelques vases. » — Vaugelas, trad. de Quinte-Curce : « Ceux qui se hasardaient de faire passer les chevaux. »

Homme de lettres. Ce mot commence à s'introduire au xvii'^ siècle.

— Des Biens de fortune : « L'Iioinme de lettres est vu de tous, à toute heure. »

Honnête, poli, civil, l)i(>n élevé. — De la Ville : « Un liornnie de robe à la ville et le mèuie à la eour, ce sont deux hommes. Revenu chez soi, il rei)retKl ses mœurs, sa taille et son visage, qu'il y avait laissés : il n'est plus ni si embarrassé, ni si honnête. »

C'est en ce sens ([ue i.a Hruyéie dit, de la Cour : « 11 s'est trouvé des hommes qui refusaient plus honnêtement que d'autres ne savaient donner. » De là le sens propre au xvii" siècle du mot honnête homme. — Voyez Tarticle suivant.

Honnête homme. Ce mot signifie, au XVII* siècle, homme d'une éducation et d'un esprit distingués. — Z)e.s Ouvrages de l'esprit : « Ouvrage d'esprit bien reçu dans le monde et universellement goûté des honnêtes gens, » — Du Mérite personnel : « Un homme qui n'a point de femme, s'il a quelque es()rit, peut s'élever au-dessus de sa fortune, et aller de pair avec les plus honnêtes gens. » De la Cour : « Il faut qu'un honnête homme ait tàté de la cour. »

Déjà Montaigne l'emploie presque en ce sens, Essais, I, 2o : « Si je pouvois lui oler ces vieux champions là (les écrivains de l'antiquité), je serois honnête homme. »

Pascal, Pensées : « LMionnête homme est celui qui ne se pique de rien. »

Saint-Évremond, Observ. sur Salluste : « Atticus, cet honnête homme des anciens. »

Bouhours, Manière de bien penser, IV : « Je dois ces reflexions sur Malherbe à un honnête homme de nos amis, qui a tout le discernement qu'on peut avoir. »

Bussy écrit à Corbinelli (6 mars 1679] : « L'honnête homme est un homme poli et qui sait vivre. »

Mais déjà aussi du temps de La Bruyère, la distance qui séparait le mot honnête homme du sens d'homme de bien commençait à être franchie par l'usage.

La Bruyère tire du dernier sens de ce mot et du sens qu'il avait au XVII'' siècle divers effets de style ou de satire. Des Jugements, n" 55 : « L'honnête homme tient le milieu entre l'habile homme et l'homme de bien, quoique dans une distance inégale de ces deux extrêmes. » De la Cour : « Il faut à \' homme de bien une disgrâce pour le rendre plus humain, plus traitable, moins féroce, plus honnête

homme. » — « Des Juge^nenls, n" 55 : « L'honnéle homme est celui qui ne vole pas sur les grands chemins, et qui ne lue personne, dont les vices cnQn n'ont rien de scandaleux. »

Et lui-même semble employer ce mot tout à fait dans le sens d'homme de bien. Ex. : Du Mérite personnel : « Un honnête homme se paye par ses mains de l'applicalion qu'il a à son devoir par le plaisir qu'il sent à le faire. » — De la Sociélé : « Un honnête homme qui dit oui et non mérite d'être cru. »

Humeur, mot employé dans le sens de fanlaisie, de caprice, d'originalilé. —Des Ouvrages de l'esprit, n" 17 : « Ceux (jui écrivent par humeur sont sujets à retoucher à leurs ouvrages. » Ihid., n° 64 : « Ceux qui écrivent par humeur, que le cœur fait parler, à qui il inspire les termes et les hgures, et qui tirent, pour ainsi dire, de leurs entrailles tout ce qu'ils expriment sur le papier. »

Bossuet, Hist. des variât., XV, 1*4 : « On se sépare par humeur, on se réunit par politique. »

Duclos dit dans le même sens : « On voit de ces sociétés oiî les caractères se sont partagés comme on distribue des rôles. L'un se fait philosophe, un second politique, un troisième homme àliumeur. » [Œuvres diverses, in-8'', p. IGI.)

— Humeur s'employait aussi dans le sens de caractère. De la Cour : « Un homme qui suit la cour cpntraint son humeur, déguise ses passions... »

Hypocondre, bizarre, extravagant. — Des Femmes : « Est-ce en vue du secret, ou par goût hypocondre, que cette femme aime un valet, cette autre un moine, etc. » — Boileau, satire VIII :

Non, mais cent fois la bète a vu l'homme hypocondre Adorer le métal que lui-même fit fondre.

'I. Il, employé dans le sens neutre [illud, cela). — La Fontaine, le Renard et le Bouc :

Par ma barbe, dit l'autre, il est bon, et je loue Les gens bien sensés comme toi.

La Bruyère, des Femmes, n° 42 : « J'ai différé à le dire, mais enlin i^ m'échappe; » et plus loin : « goûtez cela, il est de Léandre. » 2. II, devant un verbe réfléchi employé impersonnellement, pour

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annoncer un sujet qui suit. — Disc, sur iVicoj/hr. : <i 11 se lil dans 00 traité des phrases qui ne sont pas aoiievées. » — De la Cour : <•. Il s'est trouvé des houimos ([ui refusaient plu< honnc^temcnl ([ui^ [l'autres ne savaient donner. »

Immensurable, <pi"on ne peut mesurer. — Des Esprits forts : « La hauteur dune étoile est, si j'ose ainsi parler, immensurable. »

Impatient de, qui désire une chose avec impatience. — Des Esprits forts : « L'homme impatieni de la nouveauté n'est point curieux sur ce seul article. »

Racine, Phèdre, 11, 5 :

Impatient déjà d'expier son offense.

Imposer, tromper. iin[)Oser (dans le sens oi'i l'on dit aiijoui'd'liui en imposer). — De la Mode : « Si Onuphre se trouve bien d'un homme opulent, à qui il a su imposer... » — Des Femmes : « On demande s'il ne lui serait pas plus aise d'imposer à celle dont il est aimé qu'à celle qui ne l'aime |)oint. »

Molière, le Dépit amoureux, I, 4 :

Faites-moi pis encor, tuez-moi, si j'impose.

L'Avare, V, 3 : « Hélas! A vos paroles je puis répondre, moi, que vous n'imposez point. >■>

Impression, édition d'un livre. — Disc, sur Théoplir. : v Les cinq derniers chapitres manquaient aux anciennes impressions. «

Imprimer, dans le sens oîi l'on dit aujourd'hui impressionner. Disc, à i'Acad. fr. : « Quelle facilité est la nôtre, pour perdre tout d'un coup le sentiment et la mémoire des choses dont nous nous sommes vus le plus fortement imprimés! »

Improuver, condamner. — De quelques usages : '> 11 y a longtemps que l'on improuve les médecins et que l'on s'en sert. »

Indécence, manque de convenance [quod non decel). — De la Mode : « Ces mêmes modes que les hommes suivent si volontiers pour leurs personnes, ils atfectent de les négliger dans leurs portraits; comme s'ils sentaient l'indécence ou le ridicule où elles peuvent tomber... »

Industrie, dans le sens latin {induslria, activité). — De la Mode : « Le prince attend plus de Dieu et du temps que de son zèle et de V son industrie. »

Inquiétude, activité romuante et brouiHonnc. — De quelquen usages : « I^tre guéri de la vanité, de l'iiKiuiétude et de la mauvaise raillerie. »

Insipide, eniiuveux. Disc, sur Tliëophr. ; « L'iiistoire du monde présent leur est insipide. «

Intérêt, employé au pluriel dans le sens du singulier. — Des Biens de fortune : « Mettre les gens à voir clairement leurs intérêts à vous faire du bien. »

Irréligieux, qui n'a |)oint de religion ou c|ui en a très-peu. C'est ainsi que La Bruyère a pu dire, de la Chaire : « Un clerc mondain ou irréligieux, s'il monte en chaire, est déclamateur. » — Pascal, cité par Richelet : « C'est une Compagnie la Société de Jésus) qui, sous des habits religieux, couvre des âmes fort irréligieuses. »

Jeter, mot très-fréquent dans La Bruyère. Il dit. par exemple, de l'Homme : « Jeter une larme » (verser une larme).

De même Molière, Don Juan : « Je jette des larmes de joie. »

Du Souverain : « Il crie plus haut et jette ceux qui perdent sur la justification et la défensive » (réduire à la justillcalion, etc.).

De l'Homme : « Alcippe se jette hors d"une portière. » —Ibid. : « Celui qui se jette dans le peuple ou dans la province y fait bientôt d'étranges découvertes. » (Voyez le moi Profondeur, p. 455.)

Jour. Trouver jour à, trouver le moyen de. De la Mode : « Si Onuphre ne trouve pas jour à les en frustrer à fond, il leur en ôte du moins une bonne partie. »

De même Molière, le Sicilien^ se. 10 : « Je veux\ous faire un peu de jour à la pouvoir entretenir. »

Laconisme, mot nouveau au xvii^ siècle, et que, pour cette raison, La Bruyère a fait imprimer en italiques. Des Grands : « J'évite d'essuyer sa gravité, son ris amer et son laconisme. » — Le Diciionnaire de M. Littré ne cite pas de ce mot un seul exemple antérieur à La Bruyère. Le mot se trouve cependant dans le Diciionnaire de Richelet (1680,.

Leçon, dans le sens de précepte. Du Mérile personnel, n° 10 : « Us profitent rarement de cette leçon si importante, que les hommes devraient employer les premières années de leur vie... »

Libertin, irréligieux, esprit fort. (Voyez ce dernier mot.) Des Biens de fortune : « Giton est présomptueux, colère, libertin, poli-

L lî X I n u i<: . 445

tique... » De la Mode : « Le courlisiin autrefois était libertin ; iuijourd'liui il est dévot; tout se règle [)ar la mode. » .Aloiière, Tartuffe, II, 2 :

Je le soupçonne encor d'être un peu libertin Je ne remarque point qu'il hante les églises.

Fleciiier : « Pour débrouiller le chaos des consciences libertines. »

Richelet {Dklioniudre de la langue fr.) : « Libertin, impie. » Les différents sens de ce mot s'expliquent par son étymologie, quoi iju'eu dise .M. Liltré ' Dlctionn. fr.) : liber lus, liber Unus (atrranclii;. Il a signifié d'abord : qui s'affranchit de la foi, puis : ([ui s'affranchit des règles de la morale.

C'est aussi, au ww siècle, le sens du mot Itberlinafje.

Molière, rarla/fe, I :

Mon frère, ce discours sent le libertinage.

Mal content, mecontcnt. Des grands : « On est mal content d'eux, et on les loue. »

La Fontaine, Fables, II, 15 :

... Ce galant aussitôt Tire ses grègues, gagne au haut, Mal content de son stratagème.

Malice, méchanceté. Des Jugements : « Notre malice est l'unique source de tous nos maux. »

Disc, sur Théophr. : « Découvrir le principe de la malice et des faiblesses des hommes. »

Manière, faron de f air e,se\on la définition de lUchelet Diclionn. fr.]. C'est le sens de ce mot dans ce passage, de la Société : « Il faut dire noblement les plus petites choses : elles ne se soutiennent (|ue par l'expression, le ton et la manière. » Ce mot n'avait pas encore pris le mauvais pas qu'il a quelquefois aujourd'hui, et qu'a toujours eu l'adjectif maniéré. Richelet ne donne pas cet adjectif.

Masquer, porter un masque. — De la Cour : « 11 masque toute l'année. » Des Jugements : « Jouez-vous? .Masquez-vous? »

Médiation, entremise. Des Grands : « Il veille sur tout ce qui

4i6 LE MOUE.

peut servir do pàturo à <oi\ esprit d'intrii:ue, de médiation et de manège. »

Mélancolique, trisfe. De la Cour : « La vie de la cour est un jeu sérieux, mélancoli(iue. » Furetière cite de ce mot les exemples suivants, qui s'éloignent du sens aujourd'hui attribué à ce mot, et où l'imagination a une si grande part : « Cette maison est sombre et mélancolique. Un feu mélancolique (qui brûle malaisément]. Temps bien mélancolique (quand le ciel est couvert). Cet homme est froid. son entretien est bien mélancolique. »

i. Même, dans le sens de ipse^ mis avant le substantif. Au cliap. de l'Homme, n° 63, La Bruyère avait écrit : « Vouloir tirer de la vertu tout autre avantage que la vertu même. » Dans ses dernières éditions, il a corrigé et mis « que la même vertu. »

De même Corneille, le Cid, IL 2 :

Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu? kl., le Menteur, II, 4 :

Ce que vous m'ordonnez est la même justice.

2. Même, employé dans le sons du latin et, etiam. — Disc, sur Theophr. : « Elle ne peut se faire une juste idée d'un pays où il faut même avoir vécu pour le connaître. « — Ibid. : « Ainsi cet ouvrage n'est peut-être même qu'un simple fragment, mais cependant un reste précieux de l'antiquité. » Des Biens de fortune : « Il y a même des stupides qui se placent en de beaux postes. »

Mettre à, mettre à même de. Des Biens de fortune : « Mettre les gens à voir clairement leurs intérêts. »

Meubler, garnir (dans un sens plus général qu'aujourd'lmi'. Des Grands : « Meubler une orangerie. »

Ministère, emploi, métier (sens étymologique). De la Mode : « 11 donne pension à un homme qui n'a pas d'autre ministère que de sifïler les serins au flageolet... »

Moi, employé comme sujet. Des Esprits forts : « Peut-être que moi qui existe, n'existe ainsi que par la force d'une nature universelle.»

Montre, spectacle. — Des Grands : « Semblables à ces figures de carton qui servent démontre à une fête publique. »

Mutin. — Ce mot familier a paru un peu hasardé à La Bruyère dans le style soutenu. Aussi l'avait-il mis en italiques dans les pre-

LEXKJUE. 447

mières éditions : « Une dernière scène où les malins n'entendent aucune raison. » {Des Ouvrages de l'esprit, n» 51.) S'il avait voulu relever l'expression, il se serait servi du mot révoltés, qui conviendrait moins à l'ironie qui règne dans tout ce passage.

Naïf, naturel. — Disc, sur Théophr. : « La manière naïve dont tous les caractères sont exprimés. »

Neutre (genre). Emploi du neutre. — Des Femmes, n° 7o : « il donne à souper et il dit au\ conviés : Goûtez bien cela, il est de Léandre, et il ne me coûte (pi'un grand merci. »

De même La Fontaine, fable du Renard et du Bouc:

Par ma l)arl)o: dit l'autre, il est bon, et je loue Les gens bien sensés comme toi.

Des Jugements, n" 66 : « Si on le fait, qui m'empêchera de le mépriser? »

Voyez les variantes, au n° 5 du chapitre des Grands.

Occasion prochaine, mot emprunté par La Bruyère à la langue de la théologie (ce qui n'étonnera pas chez Fauteur des Dialogues sur le quiétismé). « On dit : fuir les occasions prochaines de péché, pour dire : les mauvaises compagnies, les tentations où l'on est exposé au péché. » Furetière [Dicl. fr.). — La Bruyère, des Biens de fortune : « L'occasion prochaine de la pauvreté, c'est de grandes riciicsses. » De la Cour : « La finesse est l'occasion prochaine de la fourberie. »

Offusquer, obscurcir. De l'Homme : « II a du bon et du louable, qui! offusque par l'affectation du grand et du merveilleux. ->

-1. On, fréquent dans La Bruyère, pour éviter de désigner une personne. — Des Ouvrages de V esprit, n" lo : « On se nourrit des anciens, etc. «

Bourdaloue s'en sert de même, dans le passage du sermon cité à propos du n" 24 des Ouvrages de l'esprit.

Selon Saint-Évremond, le o?i avait été mis à la mode par Turenne : « Je pourrais, dit-il dans une lettre {Œuvres, t. III, p. 437, édit. Ch. Giraud), pousser ces on-là bien loin; mais je veux quitter cette espèce de tierce personne, introduite à la cour par M. de Turenne et entretenue après sa mort par ceux de sa maison. «

2. On, l'on. — Au lieu de on, La Bruyère dit souvent Ion, même au commencement des phrases. Des Ouvrages de l'esprit, n°» 16, 19, 47 ; du Cœur, n° 35, etc. Mais il semble qu'il ait eu tendance à

siibslituor on à l'on. Ainsi il avait mis, dans ses éditions 1-3. au 00 28 du cliap. du Cœur: « Dont l'on puisse faire un bon usage. » Il a mis, dans les éditions suivantes : « Dont on puisse. » — Il avait mis dan* les éditions 1-7 : « Que Ion ne rassemble. » [De la Cour, n° I.) Il a mis dans la S"" et la 9' : « Qu'on ne rassemble. » — Dans les éditions 1-3: « L'espèce de culte que l'on leur rend. » {Des Grands.] A partir de la 4^ il v a : « Qu'on leur rend. « Les variantes portent la trace de plusieurs corrections de ce genre.

La forme Von est plus voisine de l'étymologie de ce mot : l'on pnur riiomme. — Déjà, dans la basse latinité, homo se prenait dans le sons indéfini oîi nous employons le mot 07i. Ainsi, dans Grégoire de Tours : Ut inter tabulas adspicere homo non posset. (Voir Brachet, Dicl. élymol. de la langue française.)

Vaugelas {Remarques sur la langue française] ne voit guère d'autre raison en faveur de l'on que le désir d'éviter « la rencontre de deux voyelles en ces deux petits mots si l'on, car si on blesserait l'oreille. » H admet cependant Ion au commencement des phrases, mais préfère on : « On dit et l'o)i dit sont bons, mais on dit est meilleur au commencement de la période. » Il ajoute : « Je crois que ce ne sera pas une curiosité impertinente de sçavoir l'étymologie de ces deux mots on et l'on. Ils viennent sans doute d'homme ou de l'homme, comme si on dit voulait dire homme dit, et que l'on dit voulût dire l'homme dit. Mais par succession de temps, parce qu'on en a besoin à tout propos, on l'a abrégé, et on l'a écrit comme on l'a prononcé. »

3. On a quelquefois un complément au pluriel. — Des Biens de fortune : « Pourvu que l'on ne soit ni ses enfants ni sa femme. »

Molière, Tartuffe, I. 6 :

De tous vos façonniers on n'est point les esclaves.

Opiniâtre. « Les haines sont si longues et si opiniàtrées, que le plus grand signe de mort dans un homme malade, c'est la réconciliation. » {De l'Homme.)

Orthographe de La Bruyèro. — La présente édition ne reproduit pas l'orthographe des éditions de La Bruyère, orthographe qui n'est guère que celle des typographes du temps, et qui est si peu celle de La Bruyère, qu'elle varie souvent d'une édition à l'autre. On a pu voir du reste, dans les notes dites Historique du texte, les princi-

|)ales particularités de cotte orthographe, par exemple : caisse s'éei'ivait qimisse ; vide, viiide ; pélri, paislri ; etc. — Voyez encore ce Lexique aux mots Asseoir .s'), Capriole, Valoir, etc. — Nous avons seulement conservé, aux imjiarfaits, la teiniinaison oit au lieu de ail, qui n'a passé dans l'usage (ju'ii partir de Voltaire. — Une chose ii remarquer, surtout à propos d'un écrivain qui était un helléniste, c'est (]ue fous les mots tirés du grin-. étaient écrits, non d'après l'exacte etymologie, mais d'après la prononciation française, par exemple : lidgésippe, Egésippe ; FAClhydèine, Eiilidème\ Ealhyphron, Eutipkron; Callislliène, Calistène; Chalcis, Calcis, etc.

I. Où, d'où, s'('mploie ordinairement chez La Bruyère et chez les écrivains du xvii*- siècle, au lieu de à quoi, auquel, à laquelle, de quoi, duquel, de laquelle, etc. — lix. : Molière, la Princesse d'Élide, II, 4 : « Vous ne sauriez rien m'ordonner où je ne ré[)Onde aussitôt par une obéissance aveugle. » — Pascal, Pensées : « les choses où il a le plus d'affection. » — Idem, XIP Provinciale : « Pensez où vous vous engagez. » — Bossuet, Oraison funèbre de Condé : « Un dessein oii des vieillards expérimentés ne purent atteindre. « — La Bruyère, des Ouvr. de l'esprit, n" 56 : " Quelque chose où il n'a nulle part. » — Du Mérite persoyinel, n° 18: « Un engagement où il n'(>st pas propre. )' — Quand les écrivains du xvii« siècle mettaient ainsi où au lieu du pronom relatif, c'était avec connaissance de cause, comme on le voit par ce passage de Vaugelas, Remarques sur la langue française : « Où, adverbe, pour le pronom relatif. L'usage en est élégant et commode. Par exemple, le mauvais étal où je vous ai laissé, est incomparablement mieux dit que le mauvais état auquel je vous ai laissé. Le pronom lequel est d'ordinaire si rude en tous ses cas, que notre langue semble y avoir pourvu, en nous donnant de certains mots plus doux et plus courts pour substituer en sa place, comme où en cet exemple, et dont, quoi, en une infinité de rencontres. » Vaugelas n'a pas cessé d'avoir raison, et il est à regretter que l'emploi de où, dans le sens qu'il signale, soit un peu tombé en désuétude. — Voyez Dont.

i. Où, pour en quoi. — Des Biens de fortune : « Nous sentons à tous moments où le bien que nous avons perdu nous manque. »

Molière, Tartuffe, II, 4 :

Vous devez n'avoir soin que de me contenter. — C'est où je mets aussi ma gloire la plus liante. u. 29

3. Où après quelque. — Disc, sur Théophr. : « Il (La Rochefoucauld) attaque sans relâche ramour-propre, quelque part où il le trouve. » — Des Esprits forts : « Dans quelque prévention où Ton puisse être sur ce qui doit suivre la mort, c'est une chose bien sérieuse que de mourir... »

4. Où après là. — Dr la Cour : « C'est là où Ton sait [)arfaitement ne faire rien. »

Panneau s'emplovait au xvii« siècle dans le sens où nous disons piège. — C'est un filet composé de plusieurs pans de mailles, dont on se sert pour la chasse. De là l'expression donner dans le panneau. Le Père Bouliours a remarqué que la \ énerie, fort à la mode parmi la noblesse française, a donné à la langue un grand nombre de métaphores : « suivre la piste ou les traces; être aux abois : leurre, leurrer; prendre le change, etc. »

La Bruyère, du Souverain : « Le panneau le plus délié et le plus spacieux qui, dans tous les temps, ait été tendu aux grands par leurs gens d'affaires et aux rois par leurs ministres... »

Par, dans le sens où l'on emploie aujourd'hui pour, à cause de. Préface : « Livres lus seulement par leur nouveauté. »

De même Molière, Critique de l'École des femmes : « J'ai ouï condamner cette comédie à de certaines gens, par les mêmes choses que j'ai vu d'autres estimer le plus... »

Parti. « Ce mot, en matière d'affaires, est un traité qu'un particulier fait avec le roi pour recevoir des droits qui appartiennent à Sa -Majesté. » (Richelet, Diclionn. français.) De là le mot partisan et l'expression mettre en parti, prendre à ferme. — Des Biens de fortune : « Il mettrait en parti jusques à l'harmonie. »

Participe. — Lcs règles de l'accord du participe passé n'étaient pas encore tout à fait déterminées. Voyez des Ouvrages de l'esprit, n°» 34 et .34, et les variantes, passiin, surtout dans les Lettres.

Dans les cinq premières éditions on lisait, du Mérite personnel, n° 28 : « Une personne humble, qui est enseveli dans le cabinet. » Des FemmeSj § 33 : « Est-ce que l'on vous aurait prévenu, Lé\ie ^qui est une femme) ? » Disc, sur Théophrasle : « Qui les ont précédé. »

L'accord du participe présent avait des règles différentes de celles qui ont été depuis adoptées : « Les corps tombans de fort haut. » {Des Esprits forts, n° 43.) La Fontaine, l'Alouette et ses Petits : Et les petits en même temps Voletants, se culebutants.

Voyez los r(\2;Ios du participe présent au wu^ siècle dans Vau- 2;elas, Remarques (édit. annolée par Th. Corneille, t. Il, ji. li[i).

Particulier, (|ui aime l'isolement. « On dit qu'un homme est particulier, Iors(|u'il fuit le commerce et la fréquenlalion des autres hommes, (ju'il n'aime pas à visiter et h être visité. » (Furelière, Dictionii. fr.) La Bruyère, des Jugements : « Étant assez particulière sans être iarouche, ayant même un peu de penchant pour la reiraite. »

Partitions, divisions d'un discours. — De la Chaire : « Il semble (}ue la grâce de la conversion soit attachée à ces énormes partitions. »

'l. Pas omis après «(?. — Des Jugements : «Je ne lui confierais l'état de ma garde-robe. » — Ibid., n" K).") : « Il est ('tonnant que dans ce premier âge les femmes et le vin n'aient plus tôt ronqni son entreprise. « Le texte de cette dernière phrase est celui de toutes les éditions originales, à partir de la o''; dans les quatre premières on lisait: » n'aient pas plus tôt. >■>

2. Pas, employé après ni... ni. — Disc, sur Théophr. : « Ni la bienséance de nos coutumes, ni notre force, ni notre magnificence ne nous préviendront pas davantage contre la vie simple des Athéniens. »

•1. Passer a souvent, au xvii^ siècle, le sens de s'avancer jusqu'à.

Corneille :

A quelque extrémité que votre crime passe.

Idem :

Ma flamme au désespoir passe jusques au crime.

fdem :

V'ous passez trop avant; brisons là, s'il vous plaît.

De là l'expression passer à avec un infinitif, dans le sens de en venir à. — Des Biens de fortune : « il passe à dire : un homme de ma qualité. » — Corneille, Imitation, II, 10 :

Si dans les moindres dons tu passes A considérer leur auteur.

i. Passer en revue se prenait intransitivement au xvirsiècle. — De quelques usages : « .l'aurais l'impudence de me promener au cours, et d'y passer en revue avec une personne qui serait ma femme. » — Fénelon, Télémaque, III : ( Il me fit passer en revue parmi les soldats cypriens. »

La Fontaine, Delphégor :

Faisait passer ses sujets en revue.

C'est à partir du xyiii*^ siècle (jue le verbe pa.sser s'emploie tran-

sitivement dans la locution passer en revue. — Voltaire, Voyage à Berlin : « Le roi (Louis XI), voulant passer en revue les habitants de Paris, les fit ranger vers la porte Saint-Antoine. » Gresset, Vert-Vert, IV :

Faisant passer tout l'enfer en revue.

Pauvre de. Vovez Riche de.

Pécunieu^r, « dont le bien consiste en argent. Ce mot n'est guère en usage. » (Richelet, Diclionn. fr.) — De la Ville : « On devait proscrire de tels personnages, si heureux, si pécunieux, d'une ville bien policée. » Préface du Disc, à l'Ac. fr. : « Gens pécunieux. »

Personne, mis au féminin, même dans le sens indéterminé de ce mot. — Des Bieiis de fortune : « Il n'y a personne au monde si bien liée avec nous de société... » C'est l'orthographe de toutes les éditions originales de La Bruyère; mais cette orthographe est contre une règle déjà fixée du temps de Vaugelas : « Dans le sens de nemo, personne n'a point proprement de genre ; mais il se sert toujours du genre masculin, à cause de la règle qui veut que les mots indéclinables, n'ayant point de genre de leur nature, s'associent toujours d'un adjectif masculin. Par exemple on dit : personne n'est venu, et non pas perso?ine n'est venue. » [Remarques sur la langue française.) Vaugelas, par syllepse, met le masculin avec personne employé même avec un déterminatif : « Je ne nie pas qu'««e personne (\\x\ ne lirait que de bons auteurs ne put lui-niénie à^xeniv un bon auteur. » [Préface.) Et d'un autre côté, on lisait au chapitre du Mérite personnel : « Une personne humble, qui est enseveli dans le cabinet. » (Voyez Participe.)

— Construit avec une négation. /)es Bieîis de fortune : « Nous ne sommes point plus caressés de personne pendant notre vie, que de celui qui croit gagner à notre mort. »

Phébus, langage amphigourique qui affecte le brillant (sens métaphorique, qui vient du dieu de la lumière' . — De la Société : « Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables, les diseurs de phébus. » — Ce mot se trouve déjà en ce sens chez Régnier, satire X :

Que, sans parler phébus, je ferai le discours ;

et dans Corneille, Mélite, I, 1 :

Il faut feindre des maux, demander guérison, Donner sur le phébus

L E X l Q U li . 4o3

Philosophe, pres([ue synonyme (Yhomme île Icllres^ dans (luclqiies ("lulioits de La Bruyère. — Des Biens de fortune : « Venez dans la solitude de mon cabinet : le philosophe estaccess'ihlc... L'lio?n/jie de lettres est trivial comme une borne au coin des places; il est vu de tous et à toute heure. » — De la Ville : « Les femmes de la coui', qui regorgent de train, de splendeur et de dignité, se délassent volontiers avec la philosophie et la vertu. » — On sent les approches du xviii'' siècle.

Pitoyable, employé dans le sens de diyne de pilié. — Des Ouvr. de l'esprit, n" ÎJO : « S'attendrir sur le pitoyable. ;> — Saint-Évremond le prend dans l'opposé du sens donné à inipiloyable : « Je faisais (lire à mon héros ce que je sentais moi-même ; si je me trouvais pitoyable, je ne manquais pas de fournir des infortunes à ma pitié. »

Plombé. La Bruyère, selon 31. Éd. Fournier {Comédie de La Bruyère j p. 467), est un des premiers qui se soient servis de l'expression teint plombe. {Des Femmes, n° 6.) — On la trouve déjà dans DescarteS;, les Passions, 184 : « Les envieux ont ordinairement le teint plombé. » On la trouve encore plus tard dans Saint-Évremond [Œuvres choisies^ éd. Ch. Giraud, t. III, p. 146) et dans Marivaux {le Jeu de Vamour et du hasard, acte I, se. 1). — Chateaubriand a dit {Itinér., 2* partie) : « L'horizon était grisâtre, la mer plombée et sans oiseaux. »

Police, ordre public. — Disc, sur Théophr. : v Sous prétexte d'une exacte police et d'empêcher les assemblées, il ht une loi qui défendait... »

Policé, (' bien réglé, où il y a une bonne police. » (Richelet, Divtionn. fr.) — De la Ville : « Une ville bien policée. » — Perrol d'Ablancourt : « Peuples fort policés. »

Porter, comporter. — Des Grands : « S'ils n'ont plus d'esprit que ne i)orte leur condition. »

Porter au vent, se dit d'un clieval qui relève la tête de manière à avoii le nez à la hauteur des oreilles. — La Bruyère dit de gens entreprenants et précipités : « lis portent au vent, attelés au char de la Fortune.» {De la Cour.) — Destouches applique cette métaphore à un homme hautain, le Glorieux, I, 3 :

Toujours portant au vent, fier comme un Écossais.

Pour avec l'infinitif, dans le scmis do quoique. — De l'Homme : « Pour ne se rc'pandre que sur les dehors, elle n'en esl que jjIus haïssable. M

Molière, Tartuffe, III, 3 :

Ah pour être dévot, je n'en suis pas moins homme.

Praticien, homme de loi et de chicane, « celui qui suit, qui exerce, qui entend la pratique; qui sait la manière d'instruire les procès. » {Diclionn. de V Académie, éà\i\on de '1694.) — Des Jugements : « Le praticien grossit son mémoire... » — Ibid. : « Si vous en croyez des personnes aigries... le magistrat est un bourgeois ou un praticien. »

Précipiter (se), employé d'une manière absolue, dans le sens latin de se prœcipitem dare. — Des Biens de fortune : « Serait-on reçu à dire qu'on ne peut se passer de voler, d'assassiner, de se précipiter? » M. Littré {Diclionn. fr.) paraît entendre cette phrase au sens physique, et il la cite avec celle de Bossuet : « Quelques-uns se précipitèrent dans les ondes de désespoir. » (Or. fan. de la reine d'Angleterre.) — M. Hémardinquer met en note : « Se précipiter dans tous les excès du vice, » et il ajoute, ce qui est vrai : « Ce verbe, ainsi employé sans complément, n'est pas suffisamment clair, n

Prépositions, ne sc répétaient pas au xvii"" siècle. — Du Souverain : « De tout temps les hommes sont convenus de se dépouiller, se brûler, se tuer, s'égorger les uns les autres. »

Malherbe :

C'est aux faibles courages De succomber aux orages Et se lasser d'un pénible dessein.

Molière, Amphitryon, I, 2 :

Qui donc est ce coquin, qui prend tant de licence Que de chanter et m"étourdir ainsi?

Prêt de, dans le sens où Ton dit aujourd'hui prêt à. — De la Cour : « Le monde qu'ils viennent de tromper est encore prêt d'être trompé par d'autres. « — Du Souverain: « Toujours prêt de leur sacrifier les minuties. »

Racine, Phèdre, V, 4 :

Qu'on appelle mon fils, qu'il vienne se défendre, Qu'il vienne me parler, je suis prêt de l'entendre.

LEXIQUK. 455

Uonlcsqnlcn, (im»r/ei{)' et Dr'cadeiice, chap. vi :crll n'y;ivait poiiil de services que les peuples et les rois no lussont prêts de i(MH]r(> ;iu\ Romains. »

Prévaloir à (on dit aujourd'iiui prévaloir sur . — Des JKf/emenls : « L'esprit dépique et de jalousie prévaut cliez eux à rintcMiM do l'Iionneur, de la religion et de leur état. » C'est prœvalere avec le datil'.

Prévenir, prévenir favorabioinenl. — Des Jiif/ei/ienls : « Doux; choses toutes contraires nous préviennent également : l'habitude et la nouveauté. » — Ibid. : « Un homme sujet à se laisser prévenir, s'il ose remplir une dignité ou séculière ou ecclésiastique... »

Prévenu de, pour prévenu en faveur de, au sujet de — Des Biens de fortune : « l'hédon est chagrin contre le siècle, médiocrement prévenu des ministres et du ministère. » — De lu Cour : « S'il croit avoir une raison sérieuse d'être prévenu de son propre mérite. » Voyez De, I. — Par suite de cette locution prévemi de, La Bruyère est arrivé à (Wre prévention de. — Du Souverain : « Quand l'on parcourt, sans la prévention de son pays, toutes les sortes de gouvernements... » — Il dit aussi prévention en mauvaise part. Des Jugements : « On trouve chez eux une prévention établie contre les savants. »

Primer, être le premier, le chef. — Disc, à l'Académie : <-< Un homme qui prime, qui règne sur la scène » (Corneille).

Principe, élément, fondement. — Disc, sur Théophr. : « .Supposant les principes physiques et moraux rebattus par les auteurs et les modernes. » — Ibid. : « Ils découvrent le principe de la malice et des faiblesses de l'homme. »

i\. Proche à (avec l'inûnitif). — Des Biens de fortune : « Des dispositions très-proches à rompre avec nous. «

2. Proche de, voisin de. — Di.sc. sur Théophr. : « Traduire selon le sens le plus proche de la diction grec(iue. »

3. Proche de, qui est près de (avec un infinilif;. — JJu Mérite personnel, n" 14 : « Il est plus proche do so ijersuader. » — Préf. du Disc, à l'Acad. : « Hendro l'homme raisonnable et plus proche do devenir chrétien. » — Ibid. : « Plus proche de sortir de la vie que de... » Les seuls exemples que M. Littré cite de proche de ainsi construit sont de La Bruyère.

Profondeur. — La Bruyère, des Ouvrages de l'esprit, n° 57 : (v Si l'on jette quelque profondeur dans certains écrits. » Cette meta-

456 LEXinUE.

plioro, (lit M. Ik-mardiiKiiier (note à son édilioii). a été critiquée avec rai-son. Elle e.-t peut-être plutôt liasardée que condamnable. Voyez Jeler.

Pronom personnel ri/iployf' Comme régime direct. — Se met ordinairement, au xvii<" siècle, avant les autres régimes. Ex. : « Je le vous donne. » Aujourd'hui : je vous le donne.

Prononcer, dans le sens de déclarer. Des Femmes, n° o : « J'ai recueilli les voix et je leur prononce de la part de tous les hommes, que le blanc et le rouge les rend affreuses et dégoûtantes. »

Propre, propreté. — « l'ropre se dit de ce qui est bien net et bien orné. Voilà un appartement bien propre, des meubles bien propres, un habit fort propre. « (Furetière, Dict. fr.) — Richelet {Dict. fr.' définit aussi ce mot : « Net, ojuslé. » Molière, le Bourgeois gentilhomme, III, 4 : « Vous voilà le plus propre du monde. » — La Bruyère, de la Société : « Il exagère la commodité des appartements, ainsi que la richesse et la propreté des meubles. »

Proprement, avec propriété, avec justesse. — De la Société : « Ils parlent proprement et ennuyeusement. »

Prosternation. — Dcs Bieiis de fortune : « Les prosternations des Orientaux. » — C'est le seul exemple que M. Liltré {Dictionn. de la la?igue fr.) cite de ce mot, ([ue l'on rencontre encore dans le chap. du Souverain : « Les prosternations des courtisans. » — Le mot prosternement a de plus nombreuses autorités (Bossuet, Saint- Simon, Rollin, Voltaire). Il est mieux formé, car il vient de prosternere, et non d'un verbe de la l""^ conjugaison latine.

Pudeur, dans le sens de gène, respect humain. — De la Cour: V On a l'embarras et la pudeur de celui qui demande grâce. »

La Fontaine, Fables, VIIL 1 1 :

Qu'uu ami véritable est une douce cliose! Il clierche vos besoins au fond de votre cœur :

Il vous épargne la pudeur

De les lui découvrir vous-même.

Puriste. — Mot qui était un peu nouveau au temps de LaBru\ère, qui le met en italiques l^de la Société, n° 15), et qui croit devoir l'expliquer en note : « Puristes, gens qui affectent une grande pureté de langage. » Le mot est dans le Dictionnaire (1680) de Richelet, qui donne comme exemple la phrase suivante :

L li X 1 0 u E . un

« D'Ablancolirt, Piitrii, .MM. de rorl-Royal, Vaiiirelas, sont des plus t'ainoux puristes français. »

1. Que, pour pourfiuoi (latinisme: qidd . — Des Esprits forts : « (Jue parlez-vous. Lueile, de la lune, et à quel propos? »

2. Que, dans le sens de si ce n'est, après sans. — De la Cour : « Ils entrent sans saluer, ipie légèrement. »

.3. Que, ;iu lieu iW pour que. — Des Juç/enienls : « Il n'y a pas de raison (ju'une dignité tue celui qui en est revêtu. »

4. Que, dans les phrases comparati\ es, tient souvent lieu de par qui, par lequel, auquel, duquel, etc. — La Bruyère, des Femmes, n° \ : « Les femmes ne plaisent point les unes au.x: autres par les mêmes agréments qu'elles plaisent aux hommes. » — Molière. Écolr des femmes, ï, 1 : « Je regarde les choses du coté <pi'on me les montre. » Idefu, Premier placel au roi : « On a pu \ous prendre par l'endroit seul que vous êtes prenable. » — Voyez Où.

o. Que, au lieu de si ce n'est. — De la Cour : « Vous voyez des gens qui entrent sans saluer que légèrement. »

De même Molière, Le Bourr/eois f/entil homme, III, 12 : « Descendons-nous tous deux que de bonne bourgeoisie? »

Racine, [irilannicus :

Que vois-je autour de moi, que des amis vendus, Qui sont de tous mes pas les témoins assidus?

Corneiile :

Et pour ([ui mépriser tous nos rois que pour lui?

Voltaire, Ah ire :

Ai-je fait un seul pas que pour te rendre heureux?

(). Que ne, dans les exclamations. — Xe s'emploie plus guère ([u'avec les verbes dont le sujet est un [)ronom.Ex. : Racine, Phèdre :

Dieul que ne suis-je assise à l'ombre des forêts !

Emploi bien plus étendu au xvii» siècle. La Bruyère, des Biens de fortune : « (Jue son père, si vieux et si caduc, n'est-il mort il y a vingt ans! »

Quelque. La règle de quelque suivi d'un adjectif n'était pas encore

bien observée. Au moins lisait -on au n" 26 du chapitre dea Crmxls (t. I. p. 292), dans les sept premières éditions ; « quelques profonds, » qui a été corrigé en « quelque profonds. » La rè.i,de se trouve déjii dans Vaugelas, qui remarque que, cf)nstruit avec un adjectif, quelque « n'est point pronom, mais ad\eibe. » [Remarques sur la lauf/ue française^ p. o.)

Vovez Où, 3 (où après quelque).

Quelque chose que, [)ris neuiralement, quidquUL — Des Esprits forts : « Quelque chose que nous voyions qu'il ait fait, il pouvait faire infiniment davantage. » (Quelques éditeurs modernes ont mis mal à propos qu'il ait faite.)

Querelleux. — Disc. SUT Tliéophr. : « Médisants, querelleux. superstitieux. » De l' flamme : « Dire d'un homme colère, inégal, querelleux, chagrin, pointilleux, capricieux... » Richelet [Dictionn., 4 680) distingue querelleur , susbstantif, et querelleux, adjectif. Littré [Dicl. fr.) n'en cite pas d'exemples postérieurs au xvii" siècle, et avertit que « ce mot vieillit. »

Qu'est-ce, suivi ou nou de que (latinisme : quid est\ — On litdan^ toutes les éditions de La Bruyère, au chap. des Esprits forts : « Si c'est par hasard qu'ils observent des règles si invariables, qu'est-ce l'ordre? qu'est-ce que la règle? »

1 . Qui, que, — Au xvir siècle, on n'évitait nullement, comme on le fait aujourd'hui, ce conjonctif. Ainsi La Bruyère Ides Femmes, n° 73) avait d'abord écrit : « Elle se fait celer pour ses amis, dont le nombre est petit; elle leur est sévère, les resserre dans leur ordre, et ne leur permet rien de ce qui passe l'amitié. » Il a corrigé, et mis dans les éditions suivantes : « Elle se fait celer pour ses amis, dont le nombre est petit, à qui elle est sévère, (/«'elle resserre dans leur ordre, sans leur permettre rien de ce qui passe l'amitié. »

2. Qui, pour quel. — De la Société : « Si vous observez qui sont les gens qui ne peuvent louer. »

3. Qui, dans le sens àequod. — De l'Homme : « Cliton n'a jamais eu que deux affaires, 7 «i est de dîner le matin et de souper le soir.» (Comme on dirait : c'est de.,.]

Quitter, tenir quitte, dispenser. — Du Mérite personnel, n° 27 ; « Je vous quitte delà personne. » — Sévigné, 20 novembre 1664 : « Je vous quitte de la peine de me répondre. »

Raffinement se prenait en bonne comme en mauvaise part au

LKXiniH. 4o9

xvir siècle. — IU( Souverain : " La |>nliii(|ii(> qui ne consisto ([u'à rL'[)aiidro le sang est fort l)ornée et de nul rallineinent. )> — Ihii/. : « Les radinements de la polllique tendent à uni' seule fin, ([ui est de n'iMre pas trompé et de tromper les autres. >->

Rare, peu coiniiiui), (|ui se distingue des autres. — Des Biens de forlune : « Voulez-vous être rare, rendez service à ceu\ qui dépendent de vous. )>

Rebattu, (loiil on a parlé souvent. — Disc. sur Tltf'op/ir.: » l'rincipes reiiattus par les auteurs anciens et modernes. »

Recevoir, accepter. — De l'Homme: « L'on reçoit le repi'oclie de la distraction et de la rêverie, comme s'il nous accordai! le l)el esprit. »

De même Molière, École des femmes, 11,6 :

Ne voulant point céder et recevoir l'ennui Qu'il me pût estimer moins civile que lui.

Rechercher 'se), apporter de la recherche à sa parure ou à son langage. — Des femmes, n° 4 : « Elles se co nposent, elles se recherchent. » — De V Homme : <■< La vanité ne se réveille et ne se recherche que dans les événements où il y a de quoi faire parler le monde. » — Massillon, P7'of. reUcj. : « Comme nous sommes pleins d'amourpropre, il nous arrivi^ presque toujoui's de nous rechercher nousmêmes dans la veitu. » — Buffon, Hisl. nalur. : « On prétend que les Persanes se recherchent encore plus sur la propreté que les Tur(]ues. »

Recru, excédé de fatigue. — De la Ville : « Il revient de nuit, mouilU' et recru, sans avoir tué. « — De l'Homme : « Elle se plaint (|u'elle est lasse et recrue de fatigue. » — « Richelet {Diclionn. fr., 1()80) : « Le mot de recru, en ce sens, semble un peu vieux à quelques personnes. Cependant on le trouve dans les bons auteurs, et on croit qu'à leur exemple on s'en peut servir ((uel(|uefois dans un stvle grave et un peu soutenu. »

Vaugelas, Quinte-Carce, III, 2 : « Ils avancèrent un jtas, mais tout recrus et harassés. »

Bossuet, de la Conn. de Dieu, V, 13 : « Les esprits d'un animal qui aura sa vigueur entière et ceux d'un animal déjà épuisé et recru. »

Le Diclionn. fr. de M. Littré ne cite pas d'exemple de ce mot qui soit postérieur à La Bruyère.

Réforme, austi'iité. — Pc.s Juf/emenls : « Un air ohagiiii et auslère rend la vertu suspecte dune trop .grande réforme et d'une j)ralique trop ennuyeuse. »

C'est dans le môme sens, et non (comme on pourrait le croire, s'il s'agissait d'un écrivain du xvi'' siècle) par allusion aux puritains, aux Imguenols, que La Bruyère emploie l'adjectif ;'e''/'or;/«é. Des Jugements : « Un air réformé, une modestie outrée, la singularité de l'iiabit n'ajoutent rien à la probité. »

Remplir, rassasier. — Disc, sur Thëo/j/ir. : « De quoi remplir sa curiosité. » — Ibid. : « Quelle apparence de pouvoir remplir tous les goûts si différents des hommes par un seul ouvrage de morale? « — Du Souverain : « Un visage qui remplisse la curiosité des peuples. )'

Rencontre, mis au masculin par La Bruyère dans le sens d'occasion. — De quelques usages : « Les hommes ne sentent-ils pas en ce rencontre ce qu'ils peuvent espérer les uns des autres? » — Au temps de La Bruyère, c'était un archaïsme condamné, non-seulement par Ménage [Observations sur la langue française, ch. lxxiv) et par \e Dictionnaire de l'Académie (lC94j, mais, dès 1647, par Vaugelas : « En quelque sens qu'on l'emploie, rencontre est toujours féminin, et les bons auteurs n'en usent jamais autrement... is'éanmoins. en matière de querelle, plusieurs le font masculin, et disent : Ce n'est pas un duel, ce n'est qu'un rencontre; mais le meilleur est de le faire féminin. » Remarques sur la langue française.)

Rendre (se], devenir, être. — « De f Homme : « Une affaire qui se rend facile devient suspecte. »

De même Molière, Tartuffe, III, I :

II se rend complaisant à tout.

Bossuet. Or. fan. de la duchesse d'Orléans : « Plusieurs, dans la crainte d'être trop faciles se rendent inflexibles ii la raison. » C'est dans un sens analogue cjue Racine a dit, Mithridate :

Je vous rends dans trois mois au pied du Capitole.

Rengorgement, attitude fière,/>ro/)reme/«< action de se rengorger. — De la :<ociélé : « Le dédain et le rengorgement dans la société. » Littré [Dictionn.) ne cite pas d'autre exemple de ce mot que ce passage de La Bruyère. Ce mot n'est pas dans les Dictionnaires du xvii^ siècle, et M. Hemardinquer, dans une note de son édition, nous

pitraît supposer avec raison que « ce mot expressif el pittores([uc a élé for!,'é par l'auteur. »

Reprocher, pris dans le sens neutre. — Préface : « Il ne faut passe lasseï' (le leur re[)rocher » pour leur faire de-^ reproches). — l'ascal, Pensées, I, 4 bis : « Paul Emile reprocliait à Persee de ce (ju'il ne se tuait pas. »

République, respubUca, la chose publique, l'État. — C'est toujours en ce sens (]ue ce mot est employé chez La Bruyère et dans les écrivains du xvir siècle. — De là le titre du cha[)itre du Souverain ou delà République. — Sévigné, 10 mars 1693 : « Les unes sont destinées à faire d'iionnétes femmes et à jw'upler la république. »

Ressouvenir fse), se souvenir. — Disc, sur T/iéophr. : « Se ressouvenant qu'il se trouve un traité de Théophraste sous le titre de Proverbes. »

Revêtu, recouveit (au figuré). — Des Esprits forts : « Une rivière est devenue un canal qui est revêtu, » c'est-à-dire garni de pierres et de briques.

Richelet cite en ce sens : « Ouvrage revêtu de briques. « (Perrof d'Ablancourt.j «. Mur revêtu de pierres de taille. » [Id.)

Riche de. — Des Biens de fortune : « On est riche de tout ce dont on n'a pas besoin. » — La Bruyère a dit plus haut : « Tel, avec deux millions de rente, peut être pauvre cluKfue année de cinq cent mille livres. »

.I.-B. Rousseau {Odes, H, 9 a dit de l'avare qu'il est

Moins riclie de ce qu'il possède Que pauvre do re qu'il n'a pas.

Rien, construit avec ^«.■9 ou point. — Rien, venant de rem, signifie proprement 7«(e^7»e chose, comme dans cette phrase : « Je manie le pinceau, contre la coutume de France, (pii ne veut pas qu'un gentilhomme sache rien faire. » (Molière, le Sicilien, se. 10.) Par conséquent il devrait pouvoir se construire avec la négation pas. .Mais, de bonne heure, l'usage lui attribua un sens négatif, qui exclut avec ce mot, sinon 7ie, du moins pas ou point. Ainsi, Martine ayant dit : A'e servent pas de rien, Bélise lui explique son solécisme :

De pas mis avec rien tu fais la récidive.

Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative.

(Molière. Femmes savantes, H, G.)

462 LKXIQUE

La Bruyère cependant parlo comme Martine. Des Biens de for- Lune : « Les Chambres assemblées n'offrent point aux yeux rien de si grave. » — Voyez Personne.

Ruelle. C'est proprement l'espace qui est entre le lit et la muraille. Au XVII" siècle on appelait ruelle « la chambre où couchent les dames. « (Richelet, Dielionn., 1680.) C'est en ce sens que La Bruyère dit, de la Ville : « Qui saura, comme lui, chanter les fureurs de Roland dans une ruelle ? »

Boileau, Art poétique, IV :

Que de son nom, chanté par la bouche des belles, Benseradc en tous lieux amuse les ruelles.

Molière, École des femmes, I, 1 :

Moi, j'irais me charger d'une spirituelle,

Qui ne parlerait rien que cercle et que ruelle I

Le Dielionn. de l'Académie de 1694 définit les ruelles « assemblées qui se font chez les dames pour les conversations d'esprit. »

Savoir-raire. — Des Biens de fortune : « Le savoir-faire et l'habileté ne mènent pas jusqu'aux énormes richesses. » — Ce mot était fort contesté au temps de La Bruyère. Richelet {Dielionn. fr.) dit : « mot qui se dit encore quelquefois par des gens qui ne parlent pas poliment, et qui signifie adresse, intrigue, conduite fine. Ex. : Il en viendra à bout par son savoir-faire. » — Et Bouhours, Entreliens d'Ariste et d'Eugène, II : « Quoique ce terme exprime assez bien, les personnes qui parlent le mieux ne peuvent s'y accoutumer: il n'y a pas d'apparence qu'il subsiste, et je ne sais même s'il n'est pas déjà passé; aussi est-il très-irrégulier, et même contre le génie de notre langue, qui n'a point de pareils substantifs. »

Sentiment, mot employé souvent, au xvii^ siècle, dans le sens d'opinion. — Des Ouvrages de l'esprit, n° 2 : « Amener les autres à notre goût et à nos sentiments. » — Molière, les Précieuses : « J'ai un certain valet Mascarille, qui passe, au sentiment de beaucoup de gens, pour une manière de bel esprit. « — L'Académie française, en 4636, a donné son jugement sur le Cid, sous ce titre : Sentiments de l'Académie sur le Cid.

1. Si, dans la deuxième partie d'une interrogation.— /)es Ouvrages de l'esprit, n" o3 : « Tout genre d'écrire reçoit-il le sublime, ou s'il

LEXIOUE. iOii

n'y a (|iie los grands siijtMs (|ui en soient capables? » — Corneille, le

Cid, III, 6 :

Jiisto ciel! me trompé-je encore à l'apparence, Ou si je vois enfin mon unique espérance?

Sévigné, 27 février KiTO : « Veut-elle suivre mon <'\emple, ou si elle veut retirer ma part? »

î. Si suivi de que, dans une comparaison. — Des Ouvrages de Vespril : « Il n'est pas si aisé de se faire un nom i)ar un ouvrage parfait que d'en faire valoir un médiocre par le nom ([u'on s'est déjà acquis. »

Singulier, exceptionnel. — Disc, sur T/iéop/ir. : « 11 avait une singulière prudence. »

Soi, dans l'ancienne langue française et jusqu'au xvii'' siècle, s'employait dans les phrases réfléchies, avec un sujet déterminé, comme en latin sui, sibi, se. — Ainsi, La Bruyère dit, du Mérile personnel, n° ZiO : « Il se parle souvent à soi-même {sibi}... Sa vanité l'a fait honnête homme, l'a mis au-dessus de lui-même [ipsum]. » Aujourd'hui on mettrait lui-même dans les deux cas, et Ton n'emploie soi qu'avec un sujet indéterminé. Cet usage commençait à s'introduire dès le temps de La Bruyère. Th. Corneille, dans ses noies sur les Remarques de Vaugelas, dit, p. 272 : « Le P. Bouhours observe que, quand on parie en général, sans marquer une personne particulière qui soit le nominatif du verbe, il faut toujours se servir de soi; mais (|ue, quand il s'agit de quelqu'un en particulier, on met lui au lieu de soi. Ex. : « C'est un homme qui parle de lui sans cesse. » — La Bruyère, qui est pour la vieille langue française, eût mis : « qui parle de soi. » — Vaugc^las ne se prononce pas aussi nettement que Bouhours, mais il incline dans le même sens, et cela dès 1647, date de la première édition de ses Remarques.

Molière, Misanthrope :

La malpropre sur soi, de peu d'apprêts chargée, Est mise sous le nom de beauté négligée.

Corneille, Pohjeucte, III, 3 :

Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.

Racine, Phèdre :

Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi. « Idoménée, revenant à soi, remercia ses amis. » (Fénelon, Télé-

464 LI-XIQUR.

marfue.' — « Dieux immortel?, dit-ollo en soi-même, est-ce doncains que sont faits les monstres? » (La Fontaine. Psyché, I.j

L'usai^e suivi le plus ordinairement par La Bruyère est celui des jrrands écrivains du ww" siècle. Par exemple, de la Cour : « Il a dit de soi : J'ai de l'esprit, jai du courage. » De la Société : « Il appelle à soi toute l'autorité de la table. » — Ibid. : « Il leur sauve la peine de faire des contrats, de fermer des coffres, de porter des clefs sur soi » (ici soi est au pluriel) .

Cependant, l'usage de mettre lui pour soi commençant à s'établir du temps de La Bruyère, il sacriQe lui-même à cet usage. Du Souverain, n" 12 : « 11 (le diplomate) laisse voir en lui quelque peu de sensibilité pour sa fortune. » De la Société : « La bonne opinion qu'un autre a de lui-même. » Selon ^].Litlré{D ictionn. fr.) : « L'usage tend continuellement à substituer lui ou elle à soi; mais il faut résister à cette tendance, soi étant plus clair que lui ou elle. »

Sombre (le), l'obscurité, la pénombre. — De la Ville : « Se perdre comme un fantôme dans le sombre de son cabinet. » — Chateaubriand a aussi employé substantivement cet adjectif. Itinéraire de Paris à Jérusalem, IV : « Les Juifs avaient le goût du sombre et du grand dans leurs édifices. »

Soupçonner que, construit avec une négation, comme le verbe craindre. — De la Cour : ^ Je commence à soupçonner qu'il n'ait un mérite importun. -■

Cela est une construction isolée, môme dans La Bruyère, qui dit ailleurs, de la Cour : v Qui oserait soupçonner d'Artémon qu'il ait pensé à se mettre dans une si belle place ? »

Spécieux, qui a belle apparence, sens tout latin. Horace, Art poétique •

Ut speciosa dchinc miracula promat.

La Bruyère, de la Vaille : « Ils connaissent le monde, et encore par ce qu'il a de moins beau et de moins spécieux.» — Des Grands : « A la cour, tous les dehors du vice sont spécieux. »

Spéculation, opposé à pratique. — Disc, sur Théophr. : « Qui fait goûter aux uns les choses de spéculation, et aux autres celles de pratique. »

Stoïque, stoïcien. — De VHomme : « Les stoïques ont feint qu'on pouvait rire dans la pauvreté... »

LEXIQUE. i(i.j

A. Chenierdil encore sloïque au lieu de stoïcien, mais en poésie. La jeune captive :

Qu'un stoique aux yeux secs vole embrasser la mort.

Stupide, dans le sens du mot latin slupidas, dérivé de slupeo: Ingénies dolores stupenl (Sénèque). — La Bruyère, des Femmes, n° 79. « Les douleurs muettes et stupides sont hors d'usage : on pleure, on récite, on répète... » — Corneille, Cinna : " Je demeure stupide. ->

Succéder, réussir (sens étymologique), succedere — Des Jugements : « Tout leur rit, tout leur succède. »

Suffisant, qui se suffit à soi-même, mol que La Bruyère emploie, mais en le mettant en italiques. — De la Société : « L'on voit des gens brusques, inquiets, suffisants, qu], bien qu'oisifs et sans aucune afTaire qui les appelle ailleurs, vous expédient, pour ainsi dire, en peu de paroles, et ne songent qu'il se dégager de vous, » — Hichelet {Diclionn. français) donne à ce mot deux sens : 1° qui suffit : :2° orgueilleux".

Suivre. Disc, sur Theophr. : « L'on a cru pouvoir se dispenser de suivre le projet de ce philosophe... » — Ibid. : « Excité par de si grands modèles à suivre, selon ses forces, une semblable manière d'écrire. «

Superstitieux, minutieux à l'excès. — Des Biens de fortune « Phédon est superstitieux, srrupuleux, timide. »

Fontenelle, Éloge de Fagon : « Sa santé ne se soutenant que par une extrême sobriété, par un régime presque superstitieux. »

Suppléer, substituer [supplere). — Disc, sur Theophr. : « Si les titres de cet ouvrage ne plaisent point assez, l'on permet d'en suj)pléer d'autres. » — Ibid. : « Il se lit aussi dans ce traité des phrases qui ne sont pas achevées et qui offrent un sens imparfait, auquel il a été facile de suppléer le véritable. »

1 . Sur, fréquemment employé dans La Bruyère dans le sens de au sujet de, relativement à. Ex. : du, Mérite personnel, n" 15 : « Un honnête homme se désintéresse sur les éloges. » — Des Femmes, n" 7 : « Une femme coquette ne se rend point sur la passion de plaire. )> — Ibid., n° 81 : « Elle n'imaginait pas par quel autre sentiment elle pourrait jamais se refroidir sur celui de l'estime et de la confiance. « — [La Bruyère dit ailleurs, Disc, sur Theophr. : « Si quelques-uns se refroidissaient /)0i<?^ cet ouvrage. »1 — Des Esprits forts : « Ce n'est 11. 30

donc ni vanité ni présomption à l'homme de se rendre sur ses avantages à la force de la vérité. «

2. Sur, au-dessus de. — Des Grands : « Si un grand a quelque degré de bonheur sur les autres hommes... »

Sûr, dans le sens de conBant, sûr de soi. — Des Ouvrages de Vespril, n° 61 : « Toujours sûrs et confirmés par le succès. «

Syntaxe. — Voyez aussi (pour non plus) tout... que; que; qui, que; afin que; ce n'est pas que ; si ; on; où.

— Anacoluthes ou phrases irrégulières par suite de changement de construction, ce dont on trouve des exemples chez les anciens, par exemple, dans Virgile, /En., VI :

Discite justitiam moniti, et non temnere divos.

Racine, Iphigénie, I, 2 :

Voudrait-il insulter à la crainte publique,

Et que le chef des Grecs, irritant les destins,

Préparât d'un liymen la pompe et les festins?

La Bruyère, du Mérite personnel, n" 40 : « Il se parle souvent à soi-même; ceux qui passent le voient, et qu'il se?nble toujours prendre un parti, ou décider qu'une telle chose est sans réplique. » De la Cour : « Qui sait parler au roi, c'est peut-être où se termine toute la prudence ou la souplesse du courtisan. » De l'Homme : (( Avec cette ditférence qu'elle va môme jusqu'à nier la vertu dans les sujets où elle existe, ou qui, forcée de la reconnaître, lui refuse les éloges ou lui envie les récompenses; une passion stérile qui... » (Il s'agit de la jalousie, opposée à l'émulation.)

— Comparatif, employé pour le superlatif dans certaines phrases. Préface : « C'est le succès que l'on doit moins se promettre. » De la Mode : « Le duel est l'endroit où la mode a exercé sa tyrannie avec plus d'éclat. » Ibid. : « C'est le talent qu'il possède à un plus haut degré de perfection. » Des Grands . « Ce qu'il y a jamais eu de mieux pensé, de mieux dit, et peut-être d'une conduite plus délicate... »

De même Régnier, satire VI :

L'honneur qui sous faux-titre habite avecquc nous, Qui nous ôte la vie et les plaisirs plus doux.

Bossuet, Hisl.univ., III'' partie, cliap. m : « Oiiativ cent inille soldats que l'Égypto entretenait étaient ceux de ses citoyens (pi'elie exerçait avec plus de soin. »

— Comparatif, >\m'i ou non suivi de /te. De la (loiir : « On a moins d'ardeur et d'impatience de se voir lubillé de pourpre (|u'il en avait de porter une croix d'or sur sa poitrine. » — On lit dans les éditions 1-4 de La Bruyère, au cliap. de l'Homme, n° 29: « On les sent plus tranquillement qu'on ne l'eût pensé. On en joui! moins cpie l'on n'aspire encore à de plus grands. » Dans toutes les éditions suivantes publiées par La Bruyère, on lit : « On en jouit moins que l'on aspire... » Est-ce une correction? Est-ce une omission involontaire, une simple erreur typographique? Les éditeurs sont partagés sur ce point. Il est constant que dans le membre de phrase qui précède immédiatement cette phrase, il y a ne. Mais on ne le trouve pas au n» 36 du chap. des Esprits forts : « Il n'a pas plus dépendu de moi de me le donner qu'il dépend encore de moi de me le conserver. »

— Pronoms dénionstralifs (le, la, lui. il, elle), rapportés quelquefois avec accord à un substantif indéterminé. De la Société : « L'un a raison et l'autre ne l'a pas. » f>e la Cour: « Si celui qui est en faveur ose s'en prévaloir avant qu'elle lui échappe. »

De même Racine, Mithridate :

Quand je me fais justice, il faut qu'on me la fasse.

Corneille, le Menteur :

Je disais vcrité. — Quand un menteur la dit. En passant par sa bouche, elle perd son crédit.

Ou bien, au contraire, le pronom se rapporte à un mot employé comme substantif dans une première proposition, comme s'il avait été emplové adjectivement. Ex., de l'Homme : « Les fourbes croient aisément que les autres le sont. » La Bruyère avait mis d'abord : « Ceux qui sont fourbes..., etc. » Il s'est arrêté, pour |)lus de concision, à l'autre rédaction.

— Verbe au singulier après deux substantifs joints par et, jjarce que ces substantifs ont un sens analogue. De laSociélé : « Le dédain et le rengorgement dans la société attire précisément le contraire de ce que l'on cherche. » Des Jugements : « L'étonnement que nous

donne la justesse de leurs réponses et le bon sens (]ui paraît dans leurs discours. »

Au contraire, on trouve le pluriel après doux substantifs séparés par ou. De la Mode : « A qui le dégoût ou lantipathie ne sauraient nuire. » (Orthographe de la 9*= et de la 10'' édition.)

— Infinitif mis pour le subjonctif dans certaines phrases. Des Femmes, n" 5 : « Bien loin d'en répondre [mi lieu de : qu'ils en répondent) devant Dieu, il semble qu'il leur ait réservé ce dernier et infaillible moven. » Molièie, le Bourgeois genlilhom^ne, III, 12 : « Elle me touche assez pour m'en charger moi-même. »

— Infinitif faisant ofiBce du gérondif \àù\\ et employé substantivement comme l'infinitif grec. Des Biens de fortune : « Il a commencé par dire de soi-même : un homme de ma sorte; il passe à dire : un homme de ma qualité. » Ibid. : « Mettre les gens à voir leurs intérêts. » Ibid. : « Vous le serez davantage (rare) par cette conduite que par ne pas vous laisser voir. » De la Mode : « Quelques-uns, par intempérance de savoir, et par ne pouvoir renoncer à aucune sorte de connaissance, les embrassent toutes et n'en possèdent aucune. » Du Souverain : « Il exige d'abord de petites choses, qui ne l'excluent pas d'en demander de grandes. » De l'Homine : « L'admiration où ils sont d'eux-mêmes et de se voir si éminents. « De la Chaire : « A force de goût et de connaître les bienséances. »

— Pléonasme. De la Cour : « Mille gens à la cour y passent leur vie à congratuler ceux qui reçoivent. » Des Jugements: « Un homme de talent et de réputation, s'il est chagrin et austère, il efifarouche les jeunes gens. »

— Double régime indirect. — Des Jugements : « Ce n'est pas d'un sainl dont un dévot sait dire du bien. »

De même Boileau, satire IX, 1 :

C'est à vous, mon esprit, à qui je veux parler.

— Participe. — Voyez ce mot.

— Latinismes de construction. Des Jugements : « Je demande la pitié, la libéralité, la magnificence, sont-ce des vertus d'un homme injuste? ou plutôt, si la bizarrerie ou la vanité ne sont pas les causes de l'injustice » [sint ne... an sinl). Voyez S('.

Des Esprits forts : « Quelle plus grande faiblesse que d'être incer-

i.i:xioui;. 469

tain (iiiel est le principe do son être, de sa vie, de ses connaissances? » [hiccrlus quid sit principii.)

— Segalion. — La négation ne omise :

\° /i\)vèsnHl.l>e la Cour: « Afin que nul du moins lui soit contraire.» 2° Après les comparatifs. Voyez Sijnlaxe, à l'article comparallf. 3° Après le verbe douter. De VHomme : « Qui pourrait douter qu'il soit homme de bien? »De môme Flécliier : « Peut-être doutezvous qu'étant éloigné du public, il fût encore égal à lui-même? » Fénelon dit de môme, avec craindre : « Peut-on craindre que la terre manque aux hommes? » {Télémaque, livre VII.) Il faut remar quer que la négation n'est ainsi supprimée que dans des cas oij il n'y a ni doute, ni crainte à avoir.

La négation ne mise après soupronner. — Voyez ce mot. Tempérament, 1° impartialité. — De la Société : « Ou, par un (empéranient qui m'a toujours paru hors de sa place, condaamer tous les deux. » 2° Caractère. — De la Société : « Il y a des tempéraments qui ne sont susceptibles que de la politesse. Bu Souverain : « Il (le diplomate) prend conseil du tempérament et du caractère des personnes avec (jui il négocie. » Voyez Complexion.

Tenir, avec un régime direct, dans le sens où l'on dit aujourd'hui tenir pour, regarder comme. — Des Jugements : « Je le plains, je le tiens échoué, ce rigide censeur. »

Tête pour tète, en face. De l'Homme : « Il lui est arrivé plusieurs fois de se trouver tète pour tête à la rencontre d'un prince et sur son passage. »

Tout, suivi d'un adjectif, s'accorde toujours avec le substantif, dans les éditions originales de La Bruyère. Ex., des Biens de fortune : « La première est toute occupée, o Les Caractères de Théophraste, IV : « Ils se trouvent tous portés. » — Ibid., V : « Des habits tous neufs. »

Tout... que, ave;' l'indicatif. Du Mérite personnel, n° 3 : « Tout persuadé que je suis. « (La Bruyère s'est corrigé dans les dernières éditions; car il avait d'abord mis le subjonctif.) — Vaugelas [Remarques sw la langue française) met tout avec l'indicatif et ne suppose même pas une autre construction.

Traverser, dans le scns de contrarier, empêcher. Du Mérite personnel, n° 1 1 : « Maxime qui traverserait les grands dans le goùl qu'ils ont ([uelquefois à mettre les sols en vue. »

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Tremper dans. — La Bruyère dit, par une grande hardiesse d'expression : « Tremper dans la bonne opinion (piun autre a de lui-même. » (De la Société.)

Trivial, a daos I.a Bruj'ère son sens étymologique : exposé à tous les regards, in trivio. De l'Homme : « Antagoras a un visage trivial et populaire. » Des Biens de fortune : « L'homme de lettres est trivial comme une borne au coin des places. »

A. de Musset s'est souvenu de ce mot, sans le bien comprendre peut-être, dans sa pièce intitulée la Loi sur la presse [Revue des Deux Mondes, \^^ septembre 1833) :

l'Lli ! pour Tamour de Dieu, si votre âme est émue, Soyez donc trivial comme on l'est dans la rue; La Bruyère Ta dit, celui-là sV connaît.

Valoir. — Dans toutes les éditions originales, on trouve au n° 2 (lu chap. du Mérite personnel : « De bien des gens, il n'y a que le nom qui vale quelque chose, » et cette orthographe surprenait l'auteur des Sentiments critiques sur La Bruyère, qui dit (p. 142) : « Je n'ai vu que dans La Bruyère vale pour vaille: s'il ne s'en était servi qu'une fois, j'attribuerais cette faute à Firaprimeur; mais, comme je l'ai trouvée en plusieurs endroits, j'ai lieu de conclure que tel était le plaisir de l'auteur des Caractères. » — L'usage veut qu'on dise vaille, et au contraire prévale (de prévaloir]. La Bruyère voulait peat-èlre que la langue fût conséquente avec elle-même.

VMnités, choses vaines, dépourvues de sens. — De la Société : « Bredouiller des vanités et des sottises. »

Vaste. — Saint-Évreniond Dissertation sur le mot vaste, 1683) a déterminé les divers sens de ce mot : « Esprit vaste se prend en bonne ou en mauvaise part, selon les choses qui s'v' trouvent ajoutées; un esprit vaste, merveilleux, pénétrant, marque une capacité admirable; au contraire, un esprit vaste et démesuré est un esprit qui se perd en des pensées vagues, en de belles, mais vaines idées, en des desseins trop grands et peu proportionnés aux moyens qui nous peuvent faire réussir. » C'est dans ce dernier sens que La Bruyère dit, des Ouvrages de l'esprit, n° oo : « Les esprits vifs, pleins de feu, et qu'une vaste imagination emporte hors des règles et de la justesse, ne peuvent s'assouvir de Thyberpole. n Dans le premier sens, La Bruyère

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