De, après un verbe passif, au lieu de par. Malherbe
Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages.
Racine, Phèdre, I, 3 :
Ariaiii', ma sœur, de quel amour blessée?...
La Rruyèro, des Femmes, n" 40 : « Ces hommes qui ont été autrefois blessés des femmes. »
3. De, clans le sens de par, par suite de, au moi/en de, comme de en latin {de indastria). Des Biens de fortune : « Du même fonds d'orgueil dont l'on s'élève fièrement au-dessus de ses inférieurs, l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi. » Ibid. : « Il n'y a personne au moniie si bien lié avec nous de société et de bienveillance. » De l'Homme : « 11 rachèterait volontiers sa mort de l'extinction du genre humain. » De quelques usages : « Il marie l'aînée de ses filles de ce qu'il a pu sauver des mains d'un fiipon. »
Racine, Mithridaie :
De quelle noble ardeur pensez-vous qu'ils se rangent Sous les drapeaux d'un roi toujours victorieux.
Molière, le Misanthrope, I, 1 :
Ils traitent du même air l'honnOte homme et le fat.
La Fontaine, Fables :
' Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre.
Bossuet, Oraison funèbre de Henriette de France : « Quelques-uns se précipitèrent dans les ondes de désespoir. » Décréditement, aciion qui discrédite. — Des .lur/emenls : « Ce n'est pas tant leur éloge que le décréditement du genre humain. »
Déduire, enumérer. Disc, sur Théophr. : « Voilii ce qui reste de ses écrits, entre lesquels ce dernier seul peut réi)ondre de la beauté de ceux que l'on vient de déduire. « — Vaugelas, Quinte-Curce, VII, 1 : « On lui ordonne de déduira ses défenses. » Id., ibid. : « Si je voulais entreprendre de déduire ce qui s'est passé en Grèce, n Mairet, Soliman, II, 7 :
Les puissantes raisons qu'on vient de me déduire.
Défaut, manque. — Disc, sur Théophr. : « Les vices extrêmes par le défaut ou par l'excès entre lesquels chaque vertu se trouve placée. »
Dégoutter, cniplovt' traiisilivcment hellénisme). De la cour : « Pressez-les, lordez-Ies, ils dégouttent l'orgueil, l'arrogance, la présomption. » Dégoutter s'emploie en général intransitivement. Ex. : Corneille, Cinna :
Le fils tout dégouttant du meurtre de son père.
Délié, « menu, fin, subtil. » (Richelet. Diclionn. fr., 1680. — ]";t il cite les exemples suivants : v Cheveux fins et déliés. Voiture avait l'esjirit très-délié. Trait de plume délié. » La Bruyère, de la Mode : « Il porte des chemises très-déliées. »
Démarche, au figuré, fréquent chez La Bruyère et les auteurs du XVII* siècle. Des Grands : « Sentir le mérite et le bien traiter, deux grandes démarches à faire tout de suite, et dont la plupart des grands sont fort incapables. » Du Souverain : « Quelles grandes démarches ne fait-on pas au despotique par cette indulgence! » Pascal, Pensées : « Qui suivra ces étonnantes démarches... »
C'est par imitation de ses maîtres, les moralistes du xvii'= siècle, que Vauvenargues a dit : « Les hommes frivoles ont besoin de temps pour suivre ces grandes démarches de la réflexion. »
Demoiselle, « fille noble, fille de qualité. » [Richelet, Diclionn. fr.) C'est en ce sens que La Bruyère dit, de la Cour : « Dire de celle-là qu'elle n'est pas demoiselle. » Et Molière : « Ahl qu'une femme demoiselle est une étrange affaire! « — Mais déjà ce mot commençait à prendre le sens qu'il a aujourd'hui. Ce sens, qui n'est pas dans le Dictionnaire de Riclielet 1680), est dans celui de Furetière (1694) : « Demoiselle se dit aujourd'hui de toutes les filles qui ne sont point mariées, pourvu qu'elles ne soient pas nées d'artisans. Les femmes d'avocats tenaient autrefois à grand honneur d'être appelées demoiselles ; maintenant elles se font appeler madame. »
Dérèglement, conduite déréglée. Disc, sur Théophr. : « Il faut remonter jusques à la source du dérèglement de l'homme. »
Désoccupé, non occupé. De la Ville : « Il y a dans la ville, comme ailleurs, de fort sottes gens, des gens fades, oisifs, désoccupés. »
On ne trouve dans le Dictionnaire français de Richelet (1680) que les mots désoccupatiou et se désoccuper. Pour le premier. Richelet dit : « Ce mot se trouve dans les ouvrages de M. Arnauld. mais il n'est pas encore établi. » Il définit se désoccuper : « se défaire
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de l'occupation, se débarrasser dos choses qui occupent. » Et les seuls exemples qu'il cite sont pris dans les livres de sainteté de Port-Royal. — Le mot desoccupé se trouve dans M'"" de Sévigné, Massillon. Voltaire et Chateaubriand (voyez le Dicllonn. de Littré, qui ne donne pas l'exemple de La Bruyère).
Déterminément, avec résolution. Du Cœur, n° 61 : « Vouloir ardemment et déterminément une certaine chose. » — Saint-Simon : « Le sujet choisi pour le cardinalat refusa la nomination si déterminément qu'il l'allut songer à un autre. »
Dévot, dévotion. Ces mots ont, chez La Bruyère, le sens de faux dévot, fausse dévolion (voyez le cliapilre de la Mode, depuis le n" 1G juscpi'à la fin, etc.). Mais il est à remarquer que La Bruyère a soin, presque toujours, d'expliquer en note ([u'il parle des faux dévots, de la fausse dévotion.
Dispute, débat, discussion. C'est l'ancien sens du mot (on disait au \\^ siècle disjjuloison . De la Société : « On s'exerce et l'on s'instruit par la dispute. »
Corneille, Iniilation, I, 3 :
De quoi sert une longue et subtile dispute Sur mille obscurités où l'esprit est déçu?
Pascal, Provinciales, IV : « Ceux qui ont voulu entrer en dispute. » Bossuet, Variations, I : «C'est ouvrir une nouvelle dispute. «
Docilité se prenait encore au xvii" siècle dans le sens étymologique : disposition naturelle lise laisser instruire (sens qui a besoin d'être déterminé aujourd'hui, comme lorsqu'on dit : docilité d'esprit). Ce mot, ayant été très-employé dans les discussions théologiques, a pris de bonne heure le sens spécial de soumission aux enseignements de l'Église. Des Esprits forts : « (Jui n'a pas quelquefois sous sa main un libertin à réduire et à ramener, par de douces et insinuantes conversations, à la docilité? » — Du Souverain : m Les princes, ses [)etils-fils, imitent sa bonté, sa docilité, son équité, sa vigilance, son intrépidité. »