‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 24 sur 146 · A la robe rouge des conseillers de cour souveraine · texte numérisé non relu

A la robe rouge des conseillers de cour souveraine

2. « Il faut que je vous conte ce que c'est que ce premier président; vous croyez que c'est une barbe sale et un vieux fleuve comme votre Ragusse; point du tout : c'est un jeune houîme de vingt-sept ans, neveu de M. d'Harouys; un petit de la Bunelaye, fort joli, qui a été élevé avec le petit de la Silleraye, que j'ai vu mille fois sans jamais imaginer que ce put être un magistrat; cependant il l'est devenu par sou crédit; et moyennant quarante mille francs, il a acheté toute l'expérience nécessaire pour être à la tête d'une compagnie souveraine, qui est la chambre des comptes de Nantes ; il a déplus épousé une fille que je connois fort, que j'ai vue cinq semaines tous les jours aux états de Vitré ; de sorte que ce premier président et cette première présidente sont pour ipoi un petit jeune garçon que je ne puis respecter, et une jeune petite demoiselle que je ne puis honorer. » 'M™^ de Sévigné, lettre du 27 mai 1G80.)

malitr; s'il l'oublie, il n'y revient plus, et coiifn'qucinmcnl il perd sa somme, ou il est inronlestabh'»ieiil déchu de son droit: or il oubliera cette formalité. « Voilà ce que j'appelle une conscience de praticien \

Une belle maxime pour le palais, utile au public, remplie de raison, de sagesse et d'équité, ce seroit précisément la conlradicloiie de celle qui dit que la forme emporte le fond.

[51] La question est une invention merveilleuse et tout à fait sûre pour perdre un innocent qui a la complexion foible , et sauver un coupable qui est né robuste *".

^ Édition 5''.

'' Édition 4''.

i. u C'est une dangereuse inuentioa que celle des géhennes, et semble que ce soit plustost un ossaj' de patience que de vérité. Et celuy qui les peult souffrir cache la vérité, et celuy qui ne les peult souffrir ; car pourquoy la douleur me fera elle plustost confesser ce qui en est, qu'elle ne me forcera de dire ce qui n"est pas ? Et au rebours, si celuy qui n'a pas fait ce de quoy on l'accuse, est assez patient pour supporter ces tormens, pourquoy ne le sera celuy qui l'a fait, un si beau guerdon que de la vie luy estant proposé ? le pense que le fondement de cette inuention vient de la considération de l'effort de la conscience : car au coupable, il semble qu'elle ayde à la torture pour luy faire confesser sa faulte, et qu'elle l'affoiblisse; et de l'aultrc part, qu'elle fortifie l'innocent contre la torture. Pour dire vray, c'est un moyen plein d'incertitude et de dangier : que ne diroit on, que ne feroit on pour fuir à si griefues douleurs?

Etiam innocentes cogit mentiri dolor.

P. Syrls.

d'où il adulent que celuy que le iuge a géhenne, pour ne le faire mourir innocent, il le face mourir et innocent et géhenne. Mille et mille en ont chargé leur teste de fausses confessions... Mais tant y a que c'est, dict on, le moins mal que l'humaine foiblesse aye peu inuenter : bien inhumainement pourtant, et bien inutilement, à mon aduis. » (Montaigne, liv. II, chap. v, t. II, p. 53 et 54.) — Cervantes a aussi protesté contre la torture {Don Quichotte, 1" partie, chap. xxii). Les protestations se multiplient a partir

[5'2'i Un coupable puni est un exemple pour la canaille ; un innocent condamné est l'alTaire de tous les honnêtes gens^

Je dirai presque de moi : « Je ne serai pas voleur ou meurtrier, » — (( Je ne serai pas un jour puni comme tel, » c'est parler bien hardiment.

Une condition lamentable est celle d'un homme innocent à qui la précipitation et la procédure ont trouvé un crime; celle même de son juge peut-elle l'être davantage =" ?

[53] Si l'on me racontoit qu'il s'est trouvé autrefois un prévôt, ou l'un de ces magistrats créés pour poursuivre les voleurs et les exterminer, qui les connoissoit tous depuis longtemps de nom et de visage, savoit leurs vols, j'entends l'espèce, le nombre et la quantité, pénétroit si avant dans toutes ces profondeurs, et étoit si initié dans tous ces affreux mystères qu'il sut rendre à un homme de crédit un bijou qu'on lui avoit pris dans la foule au sortir d'une assemblée, et dont il étoit sur le point de faire de l'éclat, que le Parlement intervint dans cette affaire, et fit le procès à cet officier - : je regarderois cet événement

^ Cet alinéa et les deux précédents sont de la 6" édition.

du xvii^ siècle. Montesquieu en demande Tabolition dans VEsprit des lois. La torture n'en persiste pas moins jusqu'à la fin du xviii* siècle. C'est à Louis XVI et à son ministre Malcslierbes que revient Tlionncur d'avoir aboli en France cet usage barbare (Édit du l'^"' mai 1788).

1. « M. le marquis de Langlado, innocent, condamné aux galères, où il est mort. Le Brun, appliqué à la question, où il est mort. Le premier avoit été accusé d'un vol fait à M. de Montgommery; et le voleur, qui avoit été son aumônier, fut trouvé depuis et pendu. Le second fut accusé d'avoir assassiné M'"'= Manzel, et pour cela mis à la question. L'assassin, qui étoit fils naturel de ladite dame, a paru depuis et a été puni. » {Clefs.)

2. « M. de Grandmaison, grand prévôt de la connétablie, fit rendre à

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comme l'une de ces choses dont l'iiistoire se charge, et à qui le temps ôte la croyance : comment donc poui'rois-je croire qu'on doive présumer par des faits récents, connus et circonstanciés, qu'une connivence si pernicieuse dure encore, qu'elle ait même tourné en jeu et passé en coutume^?

Tô/i] Combien d'hommes qui sont forts contre les foibles, fermes et inflexibles aux sollicitations du simple peuple, sans nuls égards pour les petits, rigides et sévères dans les minuties, qui refusent les petits présents, qui n'écoutent ni leurs parents ni leurs amis, et que les femmes seules peuvent corrompre ^ ^ !

[55] Il n'est pas absolument impossible qu'une personne qui se trouve dans une grande faveur perde un procès.

[56] Les mourants qui parlent dans leurs testaments peuvent s'attendre à être écoutés comme des oracles; chacun les tire de son côté et les interprète à sa manière, je veux dire selon ses désirs ou ses intérêts''.

r57] Il est vrai qu'il y a des hommes dont on peut dire que la mort fixe moins la dernière volonté qu'elle ne leur ote avec la vie l'irrésolution et l'inquiétude. Un dépit,

" Édition 6"=.

'' Édition 4"".

'^ Édition 5^

IM'»e (le Saint-Pouanges une boucle de diamants qui lui avoit été dérobée à l'Opéra. » {Clefs.)

l. Les clefs désignent ici le président de Mesmes, dont il a été parlé dans une note du n" 7 du chapitre de la Ville.

pendant qu'ils vivent, les fait tester; ils s'apaisent et déchirent leur minute, la voilà en cendre. Ils n'ont pas moins de testaments dans leur cassette que d'almanachs sur leur table; ils les comptent par les années. Un second se trouve détruit par un troisième, qui est anéanti luimême par un autre mieux digéré, et celui-ci encore par un cinquième olographe. Mais si le moment, ou la malice, ou l'autorité manque à celui qui a intérêt de le supprimer, il faut qu'il en essuie les clauses et les conditions; car npjjert-'û mieux des^ dispositions des hommes les plus inconstants que par un dernier acte, signé de leur main, et après lequel ils n'ont pas du moins eu le loisir de vouloir tout le contraire'?

[58] S'il n'y avoit point de testaments pour régler le droit des héritiers, je ne sais si l'on auroit besoin de tribunaux pour régler les différends des hommes : les juges seroient presque réduits à la triste fonction d'envoyer au gibet les voleurs et les incendiaires. Qui voit-on dans les lanternes des chambres-, au parquet, à la porte ou dans la salle du magistrat? des héritiers ab intestat^? Non, les lois ont pourvu à leur partage. On y voit les testamentaires qui plaident en explication d'une clause ou d'un article, les personnes exhérédées, ceux qui se plaignent d'un testament fait avec loisir, avec maturité, par un homme grave, habile, consciencieux, et qui a été aidé d'un bon conseil :

^ Cet alinéa et les trois suivants sont de la 5'^ édition.

1. Il appert de, terme de palais signifiant que la preuve est faite.

2. On appelait lanternes, au Parlement, des tribunes où l'un pouvait assister aux séances sans être vu.

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