‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 36 sur 146 · Les clefs désignent ici l'abbé Boileau et l'abbé Fkchier · texte numérisé non relu

Les clefs désignent ici l'abbé Boileau et l'abbé Fkchier

DE LA CHAIRE. 9o

n'exige d'eux, et qui ne conviennent point à leur caractère. On est heureux si, à l'occasion du hi'ros qu'ils célèbrent jusque dans le sanctuaire, ils disent un mot de Dieu et du mystère qu'ils doivent prêcher. Il s'en est trouvé quelques-uns qui ayant assujetti le saint Évangile, qui doit être commun à tous, à la présence d'un seul auditeur, se sont vus déconcertés par des hasards qui le retenoient ailleurs, n'ont pu prononcer devant des chrétiens un discours chrétien qui n'étoit pas fait pour eux. et ont été suppléés par d'autres orateurs, qui n'ont eu le temps que de louer Dieu dans un sermon précipité ' ^

ri/i] Thcodulc a moins réussi que quelques-uns de ses auditeurs ne l'appréhendoient : ils sont contents de lui et de son discours; il a mieux fait'' à leur gré" que de charmer l'esprit et les oreilles, qui est de flatter leur jalousie.

[15] Le métier de lu parole ressemble en une chose à celui de la guerre: il y a plus de risque qu'ailleurs, mais la fortune y est plus rapide.

[1(3] Si vous êtes d'une certaine qualité, et que vous

^ Edition i''.

'' « Et il a mieux fait. » (Édit. f'-?'.)

1. i( L'abbé do Roquette, neveu de l'évèque d'Autun, ayant à prêcher devant le roi un jour de jeudi saint, avoit préparé un beau discours rempli des louanges du roi, qui devoit s'y trouver; mais le roi ne l'ayant pu à cause de quelques affaires qui lui :>urvinrent, il n'osa monter en chaire, n'ayant plus d'occasion de débiter son discours. » Clefs. (Voyez Dangeau, Journal, t. II, p. 130.) — Tout cet alinéa est dirigé, on le voit, non contre les auteurs de -panégyriques de saints ou d'oraisons funèbres, mais contre les prédicateurs courtisans, pour lesquels un sermon était une occasion de flatter les héros, c'est-à-dire le roi, les princes, tous les puissants de la terre, etc. Voyez le n" 1 8.

ne VOUS sentiez point d'autre talent'' que celui de faire de froids discours, prêchez, faites de froids discours'' : il n'y a rien de pire, pour sa fortune, que d'être entièrement ignoré. Thi'odat'^ a été payé de ses mauvaises phrases et de son ennuyeuse monotonie.

[17] L'on a eu de grands évêchés par un mérite de chaire qui présentement ne vaudroit pas à son homme une simple prébende.

[18] Le nom de ce panégyriste * semble gémir sous le poids des titres dont il est acca])lé; leur grand nombre remplit de vastes affiches qui sont distribuées dans les maisons, ou que l'on lit par les rues en caractères monstrueux, et qu'on ne peut non plus ignorer que la place publique. Quand, sur une si belle montre, l'on a seulement essayé du personnage, et qu'on l'a un peu écouté, l'on reconnoît qu'il manque au dénombrement de ses qualités celle de mauvais prédicateur.

* « D'autres talents. » (Édit. l^-i*.)

^ « Faites de froids discours. » (Mots ajoutés dans la 7'^ édition.)

" « Tlicodore. » (Édit. 1 '■'•.)

1. C'est à tort que les auteurs de clefs et quelques commentateurs voient ici, comme au n" 13, une allusion aux auteurs de -panégyriques de saints et d'oraisons funèbres. Il s'agit toujours des prédicateurs courtisans. Ici La Bruyère signale un trait de vanité sur lequel son imitateur, Briilon, donne quelques détails : « Ne dites point qu'il y a de l'injustice à s'élever contre Tambition du ministère évangélique : tout nous y porte. Une liste publiquement criée prévient en faveur du ministre; une affiche, répandue et multipliée sur les portiques du temple, contient son éloge; le ministre luimême, à la fin d'un discours fleuri, invite agréablement ses auditeurs à le venir entendre. » {Le Théopliraste moderne, p. 340.) — La liste dont parle Brillon est celle des prédicateurs du carême et de l'avent, lue au prône dans chaque église. Les affiches contenaient le dénombrement des titres et dignités des prédicateurs.

[19] L'oisiveté des femmes et l'habitude qu'ont les hommes de les courir^ partout où elles s'assemi)lent, donnent du nom à de froids orateurs, et soutiennent quelque temps ceux qui ont décliné-'.

[20] Devroit-il suflire d'avoir été grand et puissant dans le monde pour être louable ou non, et devant le saint autel et dans la chaire de la vérité, loué et célébré à ses funérailles? N'y a-t-il point d'autre grandeur que celle qui vient de l'autorité et de la naissance? Pourquoi n'est-il pas établi de faire publiquement le panégyrique d'un homme qui a excellé, pendant sa vie, dans la bonté, dans l'équité, dans la douceur, dans la fidélité, dans la piété? Ce qu'on appelle une oraison funèbre n'est aujourd'hui bien reçue du plus grand nombre des auditeurs, qu'à mesure qu'elle s'éloigne davantage du discours chrétien, ou, si vous l'aimez mieux ainsi, qu'elle approche de plus près d'un éloge profane '\

['21] L'orateur cherche par ses discours un évèché ; l'apôtre fait des conversions : il mérite de trouver ce que l'autre cherche.

[22] L'on voit des clercs - revenir de quelques provinces, où ils n'ont pas fait un long séjour, vains de conversions qu'ils ont trouvées toutes faites, comme de celles

^ Édition 7".

^ Édition 0«.

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