Voyez le Lexique
de soi-même, ou par l'impulsion du bras qui l'a jetée? Et parce que les roues d'une pendule sont déterminées l'une par l'autre à un mouvement circulaire d'une telle ou telle vitesse, examiné-je " moins curieusement quelle peut être la cause de tous ces mouvements, s'ils se font d'euxmêmes ou [)ar la force mouvante d'un poids qui les emporte ? Mais ni ces roues, ni cette boule n'ont pu se donner le mouvement d'eux-mêmes, ou ne l'ont point par leur nature, s'ils peuvent le perdre sans changer de nature : il y a donc apparence qu'ils sont mus d'ailleurs, et par une puissance qui leur est étrangère. Et les corps célestes, s'ils venoient à perdre leur mouvement, changeroient-ils de nature? seroient-ils moins des corps? Je ne me l'imagine pas ainsi; ils se meuvent cependant, et ce n'est point d'eux-mêmes et par leur nature. Il faudroil donc chercher, ô Lucile, s'il n'y a point hors d'eux un principe qui les fait mouvoir; qui que vous trouviez, je l'appelle Dieu.
Si nous supposions que ces grands corps sont sans mouvement, on ne demanderoit plus, à la vérité, qui les met en mouvement, mais on seroit toujours reçu à demander qui a fait ces corps, comme on peut s'informer qui a fait ces roues ou cette boule ; et quand chacun de ces grands corps seroit supposé un amas fortuit d'atomes qui se sont liés et enchaînés ensemble par la figure et la conformation de leurs parties, je prendrois un de ces atomes et je dirois : Qui a créé cet atome? Est-il matière? est-il intelligence? A-t-il eu quelque idée de soimême, avant que de se faire soi-même ? Il étoit donc un
^ « Exaiî<^inai-je. » (^Orthographe de toutes les éditions originales; c'est en général celle des impressions du xvii' siècle pour les formes semblables.)
moment avant que d'être ; il étoit et il n'étoit pas tout à la fois ; et s'il est auteur de son être et de sa manière d'être, pourquoi s'est-il fait corps plutôt qu'esprit? Bien plus, cet atome n'a-t-il point commencé ? est-il éternel ? est-il infini ? Ferez-vous un Dieu de cet atome''?
[fili] Le ciron - a des yeux, il se détourne à la rencontre des objets qui lui pourroient nuire ; quand on le met sur de Tébène pour le mieux remarquer, si, dans le temps qu'il marche vers un côté, on lui présente le moindre fétu, il clian,2;e de route : est-ce un jeu du hasard que son cristallin, sa rétine et son nerf optique?
L'on voit, dans une goutte d'eau que le poivre qu'on y a mis tremper a altérée, un nombre presque innombrable de petits animaux, dont le microscope nous fait apercevoir la figure, et qui se meuvent avec une rapidité incroyable comme autant de monstres dans une vaste mer; chacun de ces animaux est plus petit mille l'ois qu'un ciron, et néanmoins c'est un corps qui vit, qui se nourrit, qui croît, qui doit avoir des muscles, des vaisseaux équivalents aux
^ Les dix alinéas compris sous le n° Vi sont de la 7'' édition.
1. Allusion à la théorie épicurienne des atonies, exposée par Lucrèce dans le De natuvâ rerum et par Gassendi (lo92-lG.}.j) dans ses travaux sur Epicure. Fénelon la réfute tout au long dans son Traité de l'existence de Dieu {l''" partie, cli. m).
2. « Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini? Mais, pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connoît les choses les plus délicates. Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes... » (Pascal, Pensées, I, 1.) — On peut voir une description encore plus minutieuse du ciron dans le chapitre Des erreurs de la vue du livre de Malebranche {De la Recherche de la vérité, I, G.
veines, aux nerfs, aux artères, et un cerveau pour distribuer les esprits animaux K
Une tache de moisissure de la grandeur =* d'un grain de sable paroît dans le microscope comme un amas de plusieurs plantes très-distinctes, dont les unes ont des fleurs, les autres des fruits; il y en a qui n'ont que des boutons à demi ouverts ; il y en a quelques-uns qui sont fanés : de quelle étrange petitesse doivent être les racines et les filtres qui séparent les aliments de ces petites plantes ! Et si l'on vient à considérer que ces plantes ont leurs graines, ainsi que les chênes et les pins, et que ces petits animaux dont je viens de parler se multiplient par voie de génération, comme les éléphants et les baleines, où cela ne mène-t-il point ? Qui a su travailler à des ouvrages si délicats, si fins, qui échappent à la vue des hommes, et qui tiennent de l'inlini comme les cieux, bien que dans l'autre extrémité? ^'e seroit-ce point celui qui a fait les cieux, les astres, ces masses énormes, épouvantables par leur grandeur, par leur élévation, par la rapidité et l'étendue de leur course, et qui se joue de les faire mouvoir ^ ?
[45] Il est de fait que l'homme jouit du soleil, des
astres, des cieux et de leurs influences, comme il jouit de
" <( De la grosseur. » (Édit. 7'^.) . •" Cet alinéa et les deux qui précèdent sont de la 1'^ édition.
1. Voici la définition donnée par Descartes des esprits animaux, dont le nom revient si souvent cliez les écrivains cartésiens du xvii'= siècle : « Les esprits animaux... sont comme un vent très-subtil, ou plutôt comme une flamme très-pure et très-vive, qui montant continuellement en giande abondance du cœur dans le cerveau, se va rendre de là par les iici-fs dans les muscles, et donne le mouvement à tous les membres... » {Discours de la Méthode, ô^ partie.)
DES ESPRITS FORTS. lil
l'air (ju'il respire, et de la terre sur laquelle il marche et qui le soutient ; et s'il falloil ajouter à la certitude d'un lait la convenance ou la vraisemblance, elle y est tout entière", puisque les cieux et tout ce qu'ils contiennent ne peuvent pas entrer en comparaison, par la noblesse et la dignité, avec le moindre des hommes qui sont sur la terre, et que la proportion qui se trouve entre eux et lui est celle de la matière incapable de sentiment, qui est seulement une étendue selon trois dimensions, à ce qui est esprit, raison ou intelligence K Si l'on dit que l'homme auroit pu se passer à moins pour sa conservation, je réponds que Dieu ne pouvoit moins faire pour étaler son pouvoir, sa bonté et sa magnificence, ])uisque, quelque chose que nous voyions qu'il ait fait, il pouvoit faire infiniment davantage.
Le monde entier, s'il est fait pour l'homme, est littéralement la moindre chose que Dieu ait faite '' pour l'homme : la preuve s'en tire du fond de la religion. Ce n'est donc ni vanité ni présomption à l'homme de se rendre sur ses avantages à la force de la vérité ; ce seroit en lui stupidité et aveuglement de ne pas se laisser convaincre par l'enchaînement des preuves dont la religion se sert pour lui faire connoître ses privilèges, ses res-
^ « Toute entière. » (Orthographe des éditions originales.) '' « Que Dieu ait fait. » (Orthographe des éditions originales.
1. « L'homme n'est qu'un roseau, le plus foible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraseroit, l'homme seroit encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui. L'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. » {Pensées, art. I, (5.)
sources, ses espérances, pour lui apprendre ce qu'il est et ce qu'il j)eut di'vonir. — Mais la lune est habitée ; il n'est pas du moins impossible qu'elle le soit^ — Que parlezvous, Lucile, de la lune, et à quel propos? En supposant Dieu, quelle estenefi'et la chose impossible? Vous demandez peut-être si nous souimes les seuls dans l'univers que Dieu ait si bien traités ; s'il n'y a point dans la lune ou d'autres hommes, ou d'autres créatures que Dieu ait aussi favorisées ? Vaine curiosité 1 frivole demande ! La terre, Lucile, est habitée; nous l'habitons, et nous savons que nous l'habitons; nous avons nos preuves, notre évidence, nos convictions sur tout ce que nous devons penser de Dieu et de nous-mêmes : que ceux qui peuplent les globes célestes, quels qu'ils puissent être, s'inquiètent pour eux-mêmes ; ils ont leurs soins, et nous les nôtres. Vous avez, Lucile, observé la lune; vous avez reconnu ses taches, ses abîmes, ses inégalités, sa hauteur, son étendue, son cours, ses éclipses : tous les astronomes n'ont pas été plus loin. Imaginez de nouveaux instruments, observez-la avec plus d'exactitude : voyezvous qu'elle soit peuplée, et de quels animaux? ressemblent-ils aux hommes ? sont-ce des hommes? Laissez-moi voir après vous; et si nous sonnnes convaincus l'un et l'autre que des hommes habitent la lune, examinons alors s'ils sont chrétiens, et si Dieu a partagé ses faveurs entre eux et nous \
[li6] Tout est grand et admirable dans la nature; il ne
* Cet alinéa et le précédent sont do la 7" édition.
1. Hypothèse exposée dans les Entretiens sur la phnalité des mondes, de Fontenelle.
s'y voit rien qui ne soit marqué au coin de l'ouvrier; ce qui s'y voit quelquefois d'irrégulier et d'imparfait suppose règle et perfection. Homme vain et présomptueux! faites un vermisseau que vous foulez aux pieds, que vous méprisez; vous avez horreur du crapaud, laites un crapaud, s'il est possible. Quel excellent maître que celui qui fait des ouvrages, je ne dis pas que les hommes admirent, mais qu'ils craig-nent! Je ne vous demande pas de vous mettre à votre atelier pour faire un homme d'esprit, un homme bien fait, une belle femme: l'entreprise est forte et au-dessus de vous ; essayez seulement de faire un bossu, un fou, un monstre, je suis content.
Rois, Monarques, Potentats, sacrées Majestés ! vous ai-je nommés par tous vos superbes noms? Grands de la terre, très-hauts, très-puissants, et peut-être bientôt ïo^</l)ms,'<aiils Si'iffiieurs ! nous autres hommes, nous avons besoin pour nos moissons d'un peu de pluie, de quelque chose de moins, d'un peu de rosée ; faites de la rosée, envoyez sur la terre une goutte d'eau.
L'ordre, la décoration, les elfels de la nature sont populaires; les causes, les principes ne le sont point. Demandez à une femme comment un bel œil n'a qu'à s'ouvrir pour voir, demandez-le à un homme docte ■".
[/i7j Plusieurs millions d'années, plusieurs centaines de millions d'années, en un mot tous les temps ne sont qu'un instant, comparés à la durée de Dieu, qui est éternelle : tous les espaces du monde entier ne sont qu'un point, qu'un léger atome, comparés à son immensité. S'il est ainsi, comme je l'avance (car quelle proportion du fini
Cet alinéa et les deux précédents sont de la 8^ édition.
Ui DES ESPRITS FORTS.
à l'infini?), je demande : Qu'est-ce que le cours de la vie d'un homme? qu'est-ce qu'un grain de poussière qu'on appelle la terre? qu'est-ce qu'une petite portion de cette terre que l'homme possède et qu'il habite? — Les méchants prospèrent pendant qu'ils vivent. — Quelques méchants, je l'avoue. — La venu est opprimée, et le crime impuni sur la terre. — Quelquefois, j'en conviens. — C'est une injustice. — Point du tout ; il faudroit, pour tirer cette conclusion, avoir prouvé qu'absolument les méchants sont hem-eux, que la vertu ne l'est pas, et que le crime demeure impuni; il faudroit du moins que ce peu de temps où les bons souffrent et où les méchants prospèrent eût une durée, et que ce que nous appelons prospérité et fortune ne fût pas une apparence fausse et une ombre vaine qui s'évanouit ' ; que cette terre, cet atome, où il paroît que la vertu et le crime rencontrent si rarement ce qui leur est dû, fût le seul endroit de la scène où se doivent passer la punition et les récompenses'.
t. « Qu'est-ce que cent ans, qu'est-ce que mille ans, puisque un seul moment les efface? Multipliez vos jours comme les cerfs que la fable ou l'histoire de la nature fait vivre durant tant de siècles, et durez autant que ces grands chênes sous lesquels nos ancêtres se sont reposés et qui donneront encore de l'ombre à notre postérité. Entassez dans cet espace qui paroît immense, honneurs, richesses, plaisirs; que vous profitera cet amas, puisque le dernier souffle de la mort, tout foible, tout languissant, abattra tout à coup cette vaine pompe avec la même facilité qu'un cliàteau de cartes, vain amusement des enfants? Et que vous servira d'avoir tant écrit sur ce livre, d'en avoir rempli toutes les pages de beaux caractères, puisque enfin une seule rature doit tout effacer? Encore une rature laisseroit-elle quelque trace du moins d'elle-même; au lieu que ce dernier moment qui effacera d'un seul trait toute votre vie, s'ira perdre lui-même avec tout le reste dans le gouffre du néant : il n'y aura plus sur la terre aucuns vestiges de ce que nous sommes. » (Bossuet, Sermon sur la mort.)
2. M Que s'il vous paroît quelque désordre, s'il vous semble que la
De ce que je pense, je n'infère pas plus clairement que je suis esprit, que je conclus de ce que je fais ou ne fais point selon qu'il me plaît, que je suis libre : or liberté, c'est choix, autrement une détermination volontaire au bien ou au mal, et ainsi une action bonne ou mauvaise, et ce qu'on appelle vertu ou crime. Que le crime absolument soit impuni, il est vrai, c'est injustice ; qu'il le soit sur la terre, c'est un mystère. Supposons pourtant avec l'atliée que c'est injustice : toute injustice est une négation ou une privation de justice; donc toute injustice suppose justice. Toute justice est une conformité à une souveraine raison : je demande en effet quand il n'a pas été raisonnable que le crime soit puni, à moins qu'on ne dise que c'est quand le triangle avoit moins de trois angles ; or toute conformité à la raison est une vérité; cette conformité, comme il vient d'être dit, a toujours été ; elle est donc de celles que l'on appelle des éternelles vérités. Cette vérité, d'ailleurs, ou n'est point et ne peut être, ou elle est l'objet d'une connoissance; elle est donc éternelle, cette connoissance, et c'est Dieu.
récompense court trop lentement à la vertu, et que la peine ne poursuit pas d'assez près le vice, songez à l'éternité de ce premier être : ses desseins, courus dans le sein immense de cette immuable éternité, ne dépendent ni des années ni des siècles, qu'il voit passer disant lui comme des moments; et il faut la durée entièi-e du monde pour développer tout à fait les ordres d'une sagesse si profonde. Et nous, morlels misérables, nous voudrions, en nos jours qui passent si vite, voir toutes les œuvres de Dieu accomplies! Parce que nous et nos conseils sommes limités dans un temps si court, nous voudrions que l'infini se renfermât aussi dans les mêmes bornes, et qu'il déployât en si peu d'espace tout ce que sa miséricorde prépare aux bons, et tout ce que sa justice destine aux mécbants. Il ne seroit pas raisonnable : laissons agir l'Éternel suivant les lois de son éternité, et bien loin de la réduire à notre mesure, tâchons d'entrer plutôt dans son étendue. » (Bossuet, Sertnon sur la Providence.)
Les dénoûments qui découvrent les crimes les plus cachés, et où la précaution des coupables pour les dérober aux yeux des liouimes a été plus grande, paroissent si simples et si faciles qu'il semble qu'il n'y ait que Dieu seul qui puisse en être l'auteur; et les faits d'ailleurs que l'on en rapporte sont en si grand nombre, que s'il plaît à quelques-uns de les attribuer à de purs hasards, il faut donc qu'ils soutiennent que le hasard, de tout temps, a passé en coutume '\
[48] Si vous faites cette supposition, que tous les hommes qui peuplent la terre sans exception soient chacun dans l'abondance, et que rien ne leur manque, j'infère de là que nul homme qui est sur la terre n'est dans l'abondance, et que tout lui manque. Il n'y a que deux sortes de richesses, et auxquelles les autres se réduisent, l'argent et les terres : si tous sont riches, qui cultivera les terres, et qui fouillera les mines ? Ceux qui sont éloignés des mines ne les fouilleront pas, ni ceux qui habitent des terres incultes et minérales ne pourront pas en tirer des fruits. On aura recours au commerce, et on le suppose. Mais si les hommes abondent de biens, et que nul ne soit dans le cas de vivre par son travail, qui transportera d'une région à une autre les lingots ou les choses échangées ? qui mettra des vaisseaux en mer ? qui se chargera de les conduire? qui entreprendra des caravanes? On manquera alors du nécessaire et des choses utiles. S'il n'y a plus de besoins, il n'y aura plus d'arts, plus de sciences, plus d'invention, plus de mécanique. D'ailleurs cette égalité de possessions et de richesses en établit une autre dans les
* Cet alinéa et les deux précédents sont de la 7*= édition.
conditions, bmnit tonte subordination, réduit les hommes à se servir eux-mèsnes, et à ne pouvoir être secourus les uns des autres, rend les lois frivoles et inutiles, entraîne une anarchie universelle, attire la violence, les injures, les massacres, l'impunité '.
Si vous supposez au contraire que tous les hommes sont pauvres, en vain le soleil se lève pour eux sur l'horizon, en vain il échaulïe la terre et la rend féconde, en vain le ciel verse sur elle ses influences, les fleuves en vain l'arrosent et répandent dans les diverses contrées la fertilité et l'abondance; inutilement aussi la mer laisse sonder ses abîmes profonds, les rochers et les montagnes s'ouvrent pour laisser fouiller dans leur sein et en tirer tous les trésoi's qu'ils y renferment. Mais si vous établissez que de tous les hommes répandus dans le monde, les uns soient riches et les autres pauvres et indigents, vous faites alors que le besoin rapproche naturellement les hommes, les lie, les réconcilie : ceux-ci servent, obéissent, inventent, travaillent, cultivent, perfectionnent; ceux-là jouissent, nourrissent, secourent, pro-
1. «Le docte et éloquent saint Jean Chrysostome nous propose une belle idée pour connoître les avantages de la pauvreté sur les richesses. Il nous représente deux villes, dont l'une ne soit composée que de riches, l'autre n'ait que des pauvres dans son enceinte; et il examine ensuite laquelle des deux est la plus puissante... Le grand saint Chrysostome conclut pour les pauvres. » (Bossuet, Sermon sur l'éminente dignité des pauvres dans l'Église.) La supposition de La Bruyère avait été déjà faite, avant saint Jean Chrysostome, par Aristophane, dans le Plutus, v. 510. « Que Plutus, dit la Pauvreté, recouvre la vue et se donne à tous également, personne ne voudra plus faire aucun métier, ni apprendre aucun art. Si chacun peut vivre oisif et consommer sans produire, qui voudra forger le fer, construire des vaisseaux, fabriquer des roues, faire de la brique, corroyer, ou sillonner la terre pour en tirer les dons de Cérès? » (Traduit par Filon, dans VHistoire de la démocratie athénienne, p. 202. )
tégent, gouvernent : tout ordre est rétabli, et Dieu se découvre ^
[Zi9] Mettez l'autorité, les plaisirs et l'oisiveté d'un côté, la dépendance, les soins et la misère de l'autre : ou ces choses sont déplacées par la malice des hommes, ou Dieu n'est pas Dieu'\
Une certaine inégalité dans les conditions, qui entretient l'ordre et la subordination, est l'ouvrage de Dieu, ou suppose une loi divine: une trop grande disproportion, et telle qu'elle se remarque parmi les hommes, est leur ouvrage, ou la loi des plus forts.
Les extrémités sont vicieuses et partent de l'homme : toute compensation est juste et vieni de Dieu^.
Si on ne goûte point ces Cnrarirres', je m'en étonne ; et si on les goûte, je m'en étonne de même.
" Cet alinéa et le précédent sont de la 1'^ édition.
'' Cet alinéa et les deux précédents sont de la 7*= édition.
■^ <i Si Ton ne goûte point ces remarques que j'ai écrites. » (Édit.