NOTICE DE L'ÉDITEUR
les diverses éditions et traductions des Caractères de Tliéophraste (p. 3I-Z18).
La traduction de La Bruyère a eu pour elle dès son apparition le témoignage d'un homme qui se connaissait en grec : « La traduction des Caractères de Tliéophraste, a dit Ménage, est bien belle et bien françoise et montre que son auteur connoît parfaitement le grec. Je puis dire que yy ai vu bien des choses que, peut-être faute d'attention, je n'avois pas vues dans le grec. » {Moiagiatia, t. IV, p. 219, édition de 1715.) 11 est vrai qu'il y a dans ces derniers mots une épigramme, en souvenir de certain caractère du pédant qui avait paru être un portrait de Ménage et par allusion aux infidélités de la traduction de La Bruyère*,
La traduction de La Bruyère a été ainsi jugée par un des hellénistes qui se sont essayés après lui sur le texte de Théophraste :
« La Bruyère, dit Coray. a traduit Théophraste comme Virgile aurait peut-être traduit V Iliade d'Homère, ou Cicéron les //ara??^Hes de Démosthène. C'est une tâche extrêmement difficile, pour un traducteur qui se sent le talent de son auteur, que celle de se défendre de donner à ce dernier plus d'esprit qu'il n'en a. Il est sans cesse tenté de faire disparaître ou de déguiser ce qui lui paraît incohérent; de paraphraser par des idées accessoires ce qu'il croit trop concis ou trop obscur; d'adoucir les traits trop forts, ou de renforcer ceux qui ne le sont pas assez ; en un mot, de mêler ses idées à celles de son auteur. Dùt-il être infidèle, il ne peut se décider à se traîner servilement sur les pas d'un écrivain original, quand il se sent la force de se frayer comme lui une route nouvelle. Cependant il ne faut point croire que ce soit la seule cause des inexactitudes qu'on trouve dans la traduction de La Bruyère. Il travaillait sur un texte difficile par sou extrême concision et par les altérations fréquentes que lui a fait subir l'ignorance des copistes; sur un texte qui depuis le premier jusqu'au dernier chapitre n'est qu'une allusion perpétuelle à des usages et à des coutumes que nous ne connaissons pour la plupart qu'imparfaitement. Toutes ces difficultés exigeaient des recherches que La Bruyère n'a pu ou n'a pas voulu faire. » Discours prélimmaire.)