‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 1 sur 563 · H A V E R T I S S K MENT · texte numérisé non relu

H A V E R T I S S K MENT

il le (lit clans '^«•'^ Mr/nt tires , livre onzième, page i8().

Nous irauiioiis cm ni servir sa gloire, ni consulter le goùf (In public, en grossissant m\c collection déjà très -volumineuse. Nous nous contenterons d'offrir la liste des pièces dont nous avons connaissance. Il y en a quatorze, et peutêtre en exisle-t-il davantage. Les voici :

Egyptus, tragédie représentée en 1763, non imprimée ; opéras - tragiques , opéras- comiques , pastorales : Mjsis et Délie ^ '74^5 lo. Guirlande, ou les Fleurs enchantées, i75i; Acante et Céphise ^ pastorale héroïque, représentée pour la naissance du duc de Bourgogne, 1751; les Sybarites, ^7^7' Hercule mourant , 1761; Annette et Luhin ^ J76i, sujet tiré des Contes moraux, et traité la même année avec plus de succès par Falfart; la Bergère des Alpes ^ 1766, sujet également tiré des Contes moraux, et traité par Desfontaines en 1765; Céphale et Procris, représenlé pour le mariage de Louis XYI, en 1770. et donné à l'opéra quelques années après; le Donneur éveillé , 1784; les Statues, 1788; Déniophoon, l'j^Ç); Antigone , \'j<^o\ eX. le Sigisbée,\ïnprimé en i8o4-

DU LIBRAlRli-ÉDITEUR. 111

Marriiontel a retouché la tragédie de Veiiceilas, par Rotrou. Il a fait de nombreux changements aux opéras de Quinault , dont les noms suivent : Amadis ^ Armide, Atys, Isis ^ Persée , Phaéton , Roland et Thésée. Par ces changements, approuvés en général, il s'est proposé de leur donner plus d'intérêt, et sur-tout de les rendre susceptibles d'admettre toute l'expression de la musique italienne.

JLJes cinq tragédies dont ce volume est composé, les deux premières eurent tout le succès que peuvent obtenir les essais d'un jeune homme qu'on se plaît à encourager. Je n'ai pas laissé de les revoir avec une attention sérieuse.

La troisième fut, comme de raison, jugée avec moins d'indulgence; et sans refuser des applaudissements à ce que l'on en croyait digne , on persista dans l'opinion, dès long -temps établie, que le sujet n'était pas théâtral. De mon côté je m'obstinai à croire que c'était moi qui avais manqué de force, et non pas mon sujet. Je l'ai retravaillé depuis; et la prévention n'est pas détruite. Cependant, s'il faut que je l'avoue, je ne suis pas encore désabusé; car les caractères d'Antoine et de Cléopâtre, comme l'histoire m'a permis de les peindre, me semblent tels que la tragédie les demande, c'est-à-dire marqués par des traits énergiques, mêlés de vices et de vertus, avec un fond de bonté naturelle, et tous les deux vic-

Théatre. t. "

tiiiies (I une passion Molciilc vl liiiicsle, tloiit le fond n'a rien d'oclienx. J'en dirai davantage dans la préface de cette pièce,

La quatrième eut un sort malheureux et assez singulier, mais dont rien ne m'excuse; car elle était négligemment écrite. Et cependant, malgré la faiblesse du style, j'ai lieu de croire qu'Euripide, que j'avais imité, m'aurait pu soutenir, sans le malheur qui m'arriva.

Il est bien vrai que mes ennemis ( car j'en avais dès-lors) n'avaient pas manqué de publier d'avance que le sujet de la pièce nouvelle était le même que celui de XJphigénie en Aulidey et que j'avais la présomption de vouloir jouter contre Racine : espèce de sottise qu'il est assez d'usage de prêter aux jeunes auteurs. Mais si le sujet de Xlphigénie et celui des HêracUdes avaient été le même, pourquoi donc Euripide aurait -il traité l'un et l'autre? Le fait d'ailleurs eût bien prouvé que ces deux fables ne se ressemblaient pas. Tphigénie est livrée à Calchas par la volonté de son père, pour obtenir les vents à la flotte des Grecs; la fille d'Hercule se dévoue elle-même, à l'insu de sa mère, et d'un pur mouvement de magnanimité, pour sauver le reste de sa famille : cette

>cule différence, d'un sacrifice commandé, et d'un • lévouement volontaire, donnait lieu à des situations et supposait des caractères qui ne devaient avoir rien de commun. Un reproche aussi mal fondé n'eût donc pas nui au succès de la pièce, si rien d'ailleurs ne s'y fut opposé.

Avec un sujet intéressant, et tous les secours d'Euripide , j'avais produit des situations touchantes; et, dans le pathétique, la faiblesse du style, quand il est naturel, se laisse à peine apercevoir. La pièce, aux répétitions, promettait du succès. On y versait beaucoup de larmes. Deux grandes actrices jouaient les rôles de Déjanire et de sa fille , avec un ensemble , un accord , une vérité, un pathétique enfin qui ne laissait pas respirer. A la dernière de ces répétitions, il y eut un moment où mademoiselle Duménil porta l'expression de la tendresse et de la douleur à un tel point, que mademoiselle Clairon, qui était en scène avec elle, se sentant étouffée, lui dit : Si vous jouez demain comme aujourd'liui^je ne vous répondrai que par des sanglots.

Le lendemain , le premier acte fut joué comme la veille, et fut très- applaudi. Déjanire, implorant l'appui de Démophon pour ses enfants, dé-

VIII PRÉl ACE.

chira tous les cœurs. iMais, dans l'intervalle de cet acte au second, un accident aussi imprévu qu'involontaire, et que je crois devoir m'abstenir d'expliquer, fit que, dans tout le reste, l'action fut déconcertée, l'illusion détruite, le pathétique et l'intérêt anéantis, et toutes ces belles espérances de succès misérablement renversées.

Le bruit une fois répandu que la pièce était tombée, mes deux grandes actrices firent de vains efforts pour la relever de sa chute : le peu de monde qu'il y avait, s'en retournait très-attendri ; mais la foule n'y revint pas. C'était ma faute, je l'ai dit; car si, comptant moins sur l'effet des situations, j'avais tâché, comme j'ai fait depuis, d'ajouter l'éloquence des passions au pathétique de l'action même, mes propres forces m'auraient sauvé. Mon exemple doit avertir les jeunes gens du danger de la négligence; et une autre circonstance de mon malheur peut leur apprendre encore à se tenir en garde contre les séductions qu'on présente à leur vanité.

Un homme à qui son goût pour les lettres et pour les arts donnait alors quelque célébrité, M. de la Poplinière, s'était pris pour moi d'une amitié qui lui faisait illusion et qui m'en faisait

à moi-même. Il avait assisté à cette dernière répétition des Hiraclides ^ où tout le monde était en pleurs. 11 avait entendu toutes les voix répondre du succès pour le lendemain; il le crut infaillible. Je passais la belle saison à sa maison de campagne; et il se faisait une joie de m'y ramener triomphant. Il imagina, pour célébrer ma gloire, une fête où les habitants des villages voisins viendraient me présenter des lauriers et des fleurs, et me féliciter par des chants de louange. La compagnie la plus brillante avait été invitée à cette fête; et pour comble d'humiliation, tous les ministres étrangers en étaient.

J'arrive accablé de ma douleur, et croyant venir la répandre dans un asyle solitaire. Je me trouve entouré d'un monde épouvantable ; et tout -à -coup (soit que mon ami, aussi troublé que moi, n'eût pas eu la pensée, ou soit qu'il n'eût pas eu le temps de contremander cette scène), je vois venir à moi une troupe de bergers et de bergères qui chantent mon triomphe, et dont le coryphée me présente inie couronne de laurier. Je n'ai pas besoin de vouloir exprimer quelle fut ma confusion : on se l'imagine sans peine. Heureusement je donnais la main à ma-

X PKKFACE.

demoiselle Clairon, qui croyait venir s'alfliger avec moi, el dont la gloire n'était pas obscurcie par ma disgrâce, car à travers le tumulte d'une représentation orageuse, elle s'était fait applaudir toutes les fois qu'elle avait parlé. Je reçus donc, avec luic humilité qui u'élait pas feinte, la couronne que l'on m'offrait, et je la rais sur la tète de mon incomparable actrice. Le sérieux de mon hommage remédia au ridicide qui naissait naturellement du contraste de cette fête avec le deuil où j'étais plongé; et l'on ne songea plus qu'à me consoler par des espérances flatteuses. Je n'ai jamais oublié ce moment; et je conseille aux jeunes poètes, dans les illusions qui peuvent les séduire, de s'en souvenir comme moi.

La cinquième de ces tragédies n'a point subi l'épreuve de la publicité. Elle a été lue aux comédiens; ils l'ont reçue favorablement; et lorsque son tour est venu d'être mise au théâtre, ils me l'ont demandée. Des circonstances particulières m'ont empêché de la donner. Le temps considérable qui maintenant s'écoule de la réception à la représentation d'une pièce, change souvent tous les rapports entre l'action et les acteurs.

Ce fut d'abord par une révolution de cette espèce, mais accidentelle et soudaine, que mes premières tragédies, après leur plein succès, ne parurent plus au théâtre. Deux de mes acteurs , s'étant pris de querelle, se battirent. L'un fut tué, l'autre prit la fuite. Mes rôles restèrent vacants; et lorsqu'un acteur, qui depuis a été si sublime, vint occuper la scène, le malheur que j'eus de parler, dans l'article Déclamation de l'Encyclopédie , des défauts qu'il avait alors , m'en fit un ennemi mortel (i). Mes observations étaient générales, mais l'application en était facile. Il profita de mes avis peut-être; il ne me les pardonna jamais. Ainsi ces tragédies que mademoiselle Clairon avait la bonté de vouloir remettre sur la scène, furent constamment rebutées par l'acteur dont j'avais besoin. Ce fut un bien pour moi , puisqu'à la faveur de cet oubli, elles ont pu attendre le temps d'un exame© et d'une correction qui leur était si nécessaire. Peut-être un jour de grands talents daigneront-ils s'en occuper et les reproduire au théâtre; mais quoi qu'il en soit de

(i) On peut voir l'origine et la cause de cette haine à la page 32 du second volume des Eléments de Littérature.

cette espérance, (jui \u'iit |»iMit-('trc encore abuser ma vieillesse , elle ama servi à me rendre plus attentif et plus sévère dans mes cornctions, en me mettant devant les yeux le plus imposant et le plus redoutable des juges, le public assemblé.

A l'égard des poèmes lyriques qui accompagnent ces tragédies, mon intention, en les composant, fut de contribuer à établir sur nos deux théâtres une musique dont on ne croyait pas que notre langue fut susceptible; et ils ont rempli leur objet.

Ji.,;,/,, /,„.,.:/,.

iili!

DI'.NMS /,■ Prrr

Ail ' Pci-l'ido ! . . . . Je luoiirs

P,n,J !.■ Tlran .ï.fr /' .l.- .IT/

TRAGÉDIE

Représentée pour la première fois, par les comédiens français ordinaires du roi, le 5 février lyiS.

Théâtre. I.

Page 1