ACTE I, SCENE III. i5j
Qu'aux vertus d'un soldat, au courage d'un homme, Si l'on m'impute encor jusqu'à des lâchetés, Par quoi tant de défauts seront-ils rachetés? Il n'est point de revers que mon cœur ne surmonte: Mais la honte , grands dieux !
CLÉOPATRE
Vous, seigneur, vous, la honte!
ANTOINE
Et n'ai-je pas quitté mes aigles , mes vaisseaux ? Ne m'a-t-on pas vu fuir avec vous sur les eaux?
CLÉ OPAT R E,
On VOUS a vu combattre à Pharsale , à Philippes , Chez le Parthe.
ANTOINE
Et voilà comme tu les dissipes , Ces chagrins accablants dont mon cœur est chargé. O Cléopàtre !
CLÉOPATRE
Hélas ! que ce cœur est changé !
ANTOINE
o d'un songe trompeur réveil épouvantable ! Tu vois d'un fol amour le terme inévitable : César, par ses amis, est mort assassiné; Antoine , par les siens , périt abandonné. Quel siècle ! quel empire ! il est digne d'Octave.
CLÉOPATRE
Ah ! j'ai fait ton malheur.
ANTOINE
Je t'aime , et je le brave.
CLÉOPATRE
Il faut le réparer, Antoine, et m'en punir.
Ventidius arrive , Octave va venir ;
Il demande à te voir, et la paix va le suivre.
ANTOINE
La paix !
i:j6 CLÉOPATRE.
Au désespoir tu sens qu'elle me livre; N'importe : il faut te vaincre, il faut m'abantlonner. Ne crains pas les ennuis qui vont m'environner; Ton bonheur me suffit : il sera mon ouvrage. On connaîtra du moins ce cœur que l'on outrage. Tu m'immolas ta gloire; et je veux , à mon tour, Faire encor plus pour toi , t'immoler mon amour.