‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 121 sur 563 · OCTAVIE, CLÉOPÂTRE · texte numérisé non relu

OCTAVIE, CLÉOPÂTRE

o c T A V I E , en habit très-simple.

Dans ce déguisement ne soupçonnez, madame, Ni feinte, ni détour indigne de mon ame. Je n'ai, même avec vous, rien à dissimuler. Le ciel, des mêmes feux, nous condamne à brûler; Et mon fatal amour excuse assez le vôtre ! Oublions-les, madame, ou plutôt l'une et l'autre, En faveur d'un héros , pressons-les de s'unir. Octave , à ma prière , en ces lieux va venir, Tout conspire à la paix ; n'y soyez pas contraire. Laissez-moi désarmer mon époux et mon frère.

iGo CLEOPATRE.

Ne rlianfieons pas ces murs en tic vastes tombeaux , Et d'une guerre impie ('teij^uous les llatnbeaux. Après cela, qu'Antoine ou se rende à mes larmes. Ou , de nouveau , se livre au pouvoir de vos charmes; C'est un soin trop indigne et de vous et de moi : On aime faiblement lorsqu'on aime pour soi. Cej>endant , ne craignez d'une paix généreuse Aucune loi, pour vous, injuste ou rigoureuse, Et de vous-même ici laissez-moi prendre soin.

C LtO PAT n F,.

De moi, madame! Non, il n'en est pas besoin. Jamais, à vos bontés, Cléopâtre importune, Ne vous affligera du soin de sa fortune. Seulement , daignez voir d'un œil moins prévenu Ce cœur qui , tel qu'il est , ne vous est pas connu. Chez un peuple où les lois donnent tout à la force, Où le plus vain caprice autorise au divorce, J'ai pensé qu'un héros qui tenait dans ses mains Les rênes de l'empire et le sort des humains , L'associé d'Octave à la grandeur suprême, Avait pu librement disposer de lui-même. Antoine, je l'avoue, a rompu de beaux nœuds! Je le trouve coupable autant que malheureux. Mais si pour moi , madame, il eût quitté Kulvie, Ou telle autre Romaine au-dessous d'Octavie , Aimé de Cléopâtre, il aurait pu, je crois, S'allier, sans rougir, au plus beau sang des rois; Et malgré tout l'orgueil que Rome nous étale. Des filles d'un consul je me croirais l'égale. Ainsi du moins César a daigné le jjenser : C'est lui qui de vos lois m'a voulu dispenser. On imite César sans se faire luie injure. Mais qui peut envers vous excuser le parjure? Pour ce crime d'Antoine il n'est point de couleur. Et je sens qu'il a trop mérité son malheur.

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