ANTOINE, OCTAVIE
Levez-vous.
Dans quel indigne état vous vois-je ici paraître?
OCTAVIE
Ce palais , à mon nom , se fût fermé peut-être ; Et jusqu'à mon époux j'ai voulu pénétrer.
ANTOINE
Ah! moi-même à vos yeux puis-je encor me montrer.^
J'ai trahi la vertu , la beauté , la tendresse ;
J'ai suivi de mes sens l'impétueuse ivresse;
Et le feu le plus pur, dans mon cœur allumé,
A fait place à l'ardeur dont je suis consumé.
Plaignez \\\\ insensé , plaignez un misérable ,
Qui porte dans son sein une plaie incurable,
Que l'amour a perdu , que l'amour fait périr,
Et qui meurt sans pouvoir ni vouloir en guérir.
OCTAV lE.
Oublions vos erreurs, oublions mon injure.
Ce n'est point un amant infidèle et parjure
Que je viens délivrer d'un charme dangereux :
Ma gloire est de sauver un héros malheureux ;
Et je ne veux de lui que la faible espérance
D'un changement, hélas! loin de toute apparence,
Mais qu'enfin sur un cœur le temps peut opérer.
Je ne promettrai rien que je n'ose espérer,
i66 CLEOl'ATKE.
Va siM-font jamais rien (|iii snitc la coiiliainlc. Faible contre rainoiir, mais fort eoiitie la crainte. Yons me voyez, maclame , interdit el troubh' : D'nn seul de vos regards je parais accablé; Je le suis; mais tran(|uille au milieu de l'orage, Si je suis menacé, je rtprends mon courage. C'est en vain que le l'iiare, entouré de vaisseaux, Voit au loin, sous ces murs, l'appareil des assauts. Avant la lin du jour on me verra paraître; Et mes aigles vers moi revoleront peut-être. Dès-long-temps à me suivre ils sont accoutumés. Mon malheur n'est pas tel que vous le présumez; Et si c'est à mon sort que vous donnez des larmes. Madame, espérez mieux du succès de mes armes, Et ne déguisez plus, sous un front suj^pliant , D'un vainqueur orgueilleux l'avis humiliant.
OCTAV lE.
Je ne déguise rien. Je suis épouse et mère.
Au nom de mes enfants j'avais fléchi mon frère;
Au nom de mes enfants j'implorais mon époux.
Sœur d'Octave, son cœur est-il connu de vous?
OCTAV lE.
Je le crois.
ANTOINE
Dans ce cœur apprenez mieux à lire.
Il sait, de mon amour, jusqu'où va le délire. Il sait que, dans l'ardeur dont je suis dévoré. On n'abandonne point un objet adoré; Que j'ai trop de fierté pour m'abaisser à feindre; Que je ne puis enfin ni l'aimer ni le craindre; Mais il veut, s'il m'accable, avoir à publier Que sa sœur a voidu nous réconcilier; Que je l'ai rebutée; et que , dans mon ivresse. Du plus cruel mépris j'ai pavé sa tendresse.