‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 127 sur 563 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Ainsi , madame , ainsi son art insidieux Vous fait servir vous-même à me rendre odieux.

OCTAVIE

Moi !

ANTOINE

Vous ne savez pas les maux que vous me faites. ,, Oui, c'est en admirant des vertus si parfaites, Qu'on m'accuse moi-même avec tant de noirceur. Octave a contre moi les larmes de sa sœur, Et toujours respectable et chère aux yeux de Rome, Pour m'y faire abhorrer il sufiit qu'on vous nomme.

OCTAVIE

Malheureuse Octavie !

ANTOINE. 1

Ah ! le destin jaloux Me vend cher, croyez-moi, le nom de votre ëpoux.

OCTAVIE

Quel est donc à vos yeux mon crime involontaire? J'ai vécu loin de vous obscure et solitaire , Sans laisser éclater ni plainte ni regret. Quelquefois j'ai pleuré, mais toujours en secret. Mon frère a vu pour vous mes trop justes alarmes; Mais jamais dans son sein je n'ai versé mes larmes. J'ai fait gloire avec lui d'oublier mon malheur; J'ai mis tout mon courage à cacher ma douleur; Aux yeux de mes enfants je l'ai dissimulée ; Et si par mes soupirs quelquefois décelée , Elle a troublé la paix de leur cœur innocent. Je n'ai dit qu'un seul mot : Votre père est absent. Leur voix sans cesse aux dieux redemande leur père ; Et , de le voir bientôt dans les bras de leur mère , Je n'ai pu me résoudre à leur ôter l'espoir.

ANTOINE, violemment agité.

Laissez-moi.

i68 CLEOPATRF.

CVsl pour vous 1111 tdiirimnl do nu- voir Ah ! vous me haïssez.

Je hais ma destinée.

Mais fùt-elle à me perdre cneor phis obstinée, Déjà trop mallicurcux d'avoir j)u vous trahir, Me croyez-vous injuste au point <le vous haïr? Je suis lionteux de voir et le jour et vous-même; Je chéris mes enfants , je vous plains , je vous aime ; J'eusse été trop heureux dans des liens si doux ; Mais je me sens indigne et du jour et de vous.

De ce cœur déchiré loin d'aigrir la blessure,

Je veux fpic mon amour le calme et le rassure.

Votre malheur m'afflige et ne peut m'offenser.

D'autres yeux que les miens ont mieux su vous blesser.

Les femmes, qui dans Rome ont été mes modèles,

A df ' devoirs sacrés austèrement fidèles,

M'ont appris à brûler d'une pudique ardeur,

A porter sur le front une sainte candeur :

Compagne d'un époux , à ses lois asservie ,

Lui complaire et l'aimer fut tout l'art dOctavie;

Et mon timide amour a de trop faibles traits

Pour triompher d'un cœur séduit par mille attraits :

J'y renonce. Mais vous, quand la gloire demande

Qu'un héros, un moment, à ses désirs commande,

A'oyez-vous de la honte à paraître un moment

Bon père , tendre époux? je ne dis pas amant :

N ous serez libre un jour.

AXTO IN K.

Je le suis, je veux l'être.

OCTAVIE

Et si de vos destins on vous laisse le maître ?

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