SCÈNE IL CLÉOPATRE ET SA suitk , OCTAVE et sa suitk
CL KO PAT RE
Quoi! seigneur! au milieu du tumulte des armes,
Dans des murs ennemis vous entrez sans alarmes !
Tout respire la paix sur votre front serein :
J'y cherche en vain l'orgueil du pouvoir souverain ;
Et sur un même char, guidé par la victoire ,
La cle'mence est assise à côté de la gloire.
Ainsi, des nations lorsque vous disposez.
L'amour est le tribut que vous leur imposez!
Je ne m'étonne plus si la terre inclinée
Baise à genoux la main qui la tient enchaînée.
Et si les dieux, témoins d'un empire si doux.
Du soin de l'univers se reposent sur vous.
OCTAVE
Antoine est malheureux ; c'est à moi de le plaindre.
Je sais le respecter en cessant de le craindre,
Madame; et son vainqueur .se souvient aujourd'hui
Qu'il apprit à combattre en triomphant sous lui.
Je viens lui rappeler le saint noeud qui nous lie.
Ses devoirs , ses serments. Le reste , je l'oublie. ,
Vous le dirai-je enfin? la jjaix dépend de vous.
Octavie est ma sœur, Antoine est son époux :
Tout réclame les droits de cet hymen auguste;
Mais vous aimez, madame, et l'amour est injuste.
CLÉOPATRE
J'aime, et j'en fais l'aveu sans honte et sans douleui. Le remords naît du crime et non pas du malheur. Je connais de vos mœurs la rigueur inflexible : Mais pour être Romain , faut-il être insensible '* César, qui de la gloire a bien connu le prix.
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N'avait point pour l'amour ce superbe in«'])ris.
Et quelle anic i;uerrière , aux travaux endure ic.
Par le plaisii' (rairner- ne lui point adoiK le?
C'est ce nu;lanj;e heureux de loree c-l de bonté
Qui ra])proclic un mortel de la divinité:
C'est par-là qu'à mes yeux Antoine eut tant de eharmes
• Comme César, terrible au milieu des alarmes, Comme lui doux et tendre à l'ombre du repos. Et non moins digne amant qu'intrépide ln'ros. Trop heureux, il est vrai, s'il ne m'eut point suivie ! Hélas! nous sommes loin d'être dignes d'envie. Cette ville, mon peuple, encor quelques vaisseaux, Quelques amis, peut-être, épars sous vos drapeaux, Et que peut ramener un moment favorable : Voilà de sa grandeur le reste déplorable. Mais je l'aime, il m'adore; il se laisse flatter De quelques vains projets qu'on dit près d'éclater j Et l'amour et l'espoir élevant son eourage, Il croit toueher au jiort au moment du naufrage.
O C T AVE
Et comment à sa perte aurait-il échappé? De toutes parts, madame, il est enveloppé.