ACTE III, SCENE II
Leur amour, leur regret de l'avoir délaissé. Que sais-je ? à son esprit rappelant le passé , Il ne fallut , dit-on , qu'une attaque rapide Pour entraîner vers lui tout le camp de Lépide; Et l'on veut que pour lui toujours prête à changer, La fortune l'attende au plus fort du danger.
OCTAVE
Et qui peut lui donner cette aveugle espérance?
CLÉO PAT RE
C'est, dit-il, (et sans peine il en croit l'apparence) Tout ce que R-Ome encore a de cœurs vertueux. Jugez, sur un courage ardent, impétueux, Ce que de tels avis doivent enfin produire. A vous perdre l'un l'autre on voudrait vous réduire. Votre concorde effraie : on voit Rome en danger; Et des proscriptions on clierclie à se venger. Préservez votre ami de tomber dans le piège. C'est le même péril qui tous deux vous assiège : L'un par l'autre affaiblis, on peut vous accabler; Réunis et d'accord , vous ferez tout trembler. Dissipez son erreur, ménagez sa faiblesse : Que la paix vous honore, et n'ait rien qui le blesse; C'est assez , j'y conspire, tt vais lui déclarer Qu'il s'agit de tout perdre , ou de tout réparer.
OCTAVE
Cléopâtre consent qu'Antoine l'abandonne !
CLÉOPAT RE.
Est-ce l'heureux César que ce prodige étonne ? Pourquoi serais-je, hélas! plus rebelle à vos lois Qu'un peuple de héros et C|u'un sénat de rois? Non , seigneur, vous ferez , j'ose vous le prédire , Même au sang des Brutus adorer votre empire. Rome oubliera pour vous sa triste liberté , Le sénat son orgueil i, les tribuns leur fierté : Heureux , si trop séduits par ce doux esclavage ,
Théâtre. 1, ' ^'
7» CLÉOPATRE
Kn perdant l'àprrtc- de Ifur vertu sanvagr , Ils n'apprennent liientol , serviles conqiuTants , Sous le iiicilleur «les rois, à souffrir des tyrans! Remplissez vos «lestins : je n'y mets phis d'obstaele; Et qu'aujourd'liui la paix doniHî au monde un spectacle Digne de vous, Octave , et fait pour aniifjncer Le règne intéressant que je vois commencer.