OCTAVE, PROCULÉIUS
OCTAVE
Je demeure interdit. C'est donc là cette femme
Qui sut de César même asservir la grande ame?
Dangereuse beauté ! Je ne concevais pas
Le pouvoir que l'amour donnait à ses appas ;
Je le conçois enfin. Mais ce grand sacrifice ,
Est-ce effort de courage, inconstance, artifice?
Ali! ce que j'ai prévu n'est que trop avéré.
Non, pour Antoine encor rien n'est désespéré.
Pour lui , dans son malheur, il a sa renommée :
On l'estime , on le plaint jusqtie dans mon armée.
J'ai vu tous ses amis, ou vaincus, ou gagnés,
Embrasser mon parti , de sa fuite indignés ;
Mais tous ces vieux guerriers se connaissent en hommes,
Et souvent mieux que nous ils savent qui nous sommes.
Chez le Parthe, ils l'ont vu général et soldat,
Le dernier au repos , le premier au combat ,
Toujours infatigable, et toujours intrépide ,
Dans un climat sauvage et sous un ciel aride ,
En souffrant avec eux leur apprendre à souffrir,
S'endurcir à ses maux, sur les leurs s'attendrir,
Et grand dans sa retraite, autant qu'habile et sage,
.A travers les dangers leur frayer un passage.