SCÈNE IV
OCTAVE, ANTOINE, et lecr suite.
Le sort pour m'élever s'obstine à vous abattre ; Mais au sein du bonheur, je n'ai point oublié Les noms sacrés d'ami , de parent , d'allié.
ANTOINE
Octave, laissons là l'amitié, l'alliance :
Gardons pour la tribune une vaine éloquence.
Le vulgaire ébloui se prend à ces appâts ;
Mais nous nous connaissons, ne nous contraignons pas
(^ Ils font signe à leur suite de se retirer. ) Vous voulez que la paix nous rende l'un à l'autre; J'y consens. Balançons ma fortune et la vôtre. Un délire funeste a frappé mes esprits. Vous avez de mon camp rassemblé les débris : Mes soldats devant vous m'ont vu prendre la fuite
i8o CLKOPATRE.
A suivre vos drapeaux leur valeur sVst réduite. iN'cii ont-ils dans le cœur ni honte ni regret ? Le temps nous apprendra c-et important secret. Jusque-là, Rome en vain vous aj)])elle à l'empire: Je doute que la Thrace , et la Grèce, et l'Epire, Que le Germain, l'Ibère, et ces braves Gaulois, Se pressent d'accourir au-devant de vos lois. Et qu'à votre seid nom, dans ses déserts sauvages. Le Numide tremhlant vous cède ses rivages. Quoi qu'il en soit, l'Asie est encore en suspens; Et du commun danger instruits à mes dépens, Du Nil à l'Hellespont, vingts rois, ligués ensemble, Ne demandent en moi qu'un chef qui les rassemble: Le Syrien, l'Arabe, et le Parthe, alarmés, Ne sont point asservis, ne sont point désarmés; Et par eux, entre nous, la guerre plus égale, Peut retracer Pliili])pe et rap]jeler Pharsale. Après cela , parlez ; mais parlez sans détour.
OCTAVE
Qui nous a divisés ? ♦
ANTOINE
L'ambition:
OCTAVE
L'amour.
Octavie est ma sœur : vous l'avez offensée.
ANTOINE
Et qu'importe à sa gloire une flamme insensée?
Non, à tant de vertus rien n'est injurieux.
Sa constance a rendu son malheur glorieux :
Elle en est plus touchante, elle en est plus auguste;
Ma honte est à moi seul , et je sens qu'elle est juste.
Mais par un grand effort je puis me signaler.
Voulez-vous l'obtenir? voulez-vous m'égaler?
L'un et l'autre, à l'envi , montrons-nous magnanimes;
D'un orgueil tvrannique abjurons les maximes;