‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 138 sur 563 · ACTE III, SCENE I\. i8i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I\. i8i

Tous deux usurpateurs et tous deux inhumains, Tous deux souillés des pleurs et du sang des Romains, Etouffons tant d'horreurs dans leur source féconde ; Avec la libeité rendons la paix au monde; Renvoyons au sénat vos drapeaux et les miens. Et paraissons à Rome en simples citoyens.

Quel accord ! Est-ce à moi qu'Antoine le propose?

ANTOINE

Oubliez-vous la loi qu'à ce prix je m'impose.^

OCTAVE

Nous ! devant le sénat paraître désarmés !

ANTOINE

Pourquoi de son aspect serions-nous alarmés?

OCTAVE

Et ne voyez-vous pas , insensé que vous êtes , La hache du licteur pendante sur nos têtes?

ANTOINE

Ce superbe consul, ce sanglant dictateur, Sylla n'est point tombé sous le fer du licteur. Déposons comme lui la puissance usurpée; Faisons ce que César proposait à Pompée , Et que dans ses vengeurs on trouve des vertus Qui fassent pardonner aux vainqueurs de Brutus.

OCTAVE

Antoine citoyen ! n'est-il donc plus le même Qui voulut à César ceindre le diadème?

ANTOINE

Plût aux dieux immortels que César eût régné!

Quel avenir, peut-être, il nous eut épargné!

Il aurait du sénat ranimé l'indolence.

De son vieux despotisme abaissé l'insolence,

Fait revivre des lois l'inflexible équité ,

Anéanti la brigue et la vénalité ,

Des dépouilles du monde assigné le partage,

i'6-i. CLLOPATRE.

Dr Rome à srs rnfants dispensa l'liéiitap;e,

Et du riche oppresseur ennemi gcnércnx ,

Rendu le pauvre lll)re en le rendant heureux.

L'al)on(lanee , \;\ paix, la majesté de Rome,

Sa splendeur lui le ternie oii tendit ce grand homme :

L'autorité suprême en était le moyen.

César roi n'eut été que César citoyen.

Je connus bien son cœur; je connais bien le vôtre.

J'adorais l'un; je sais rendre justice à l'autre.

Muni du sacerdoce, armé du tribunal,

Libéral au Forum et modeste au sénat ,

An-dehors revelu du pouvoir consulaire,

Au-dedans souverain paisible et populaire ,

Avec l'art de séduire et vos talents chéris,

Vous pallierez les maux que César eut guéris ,

Vous les rendrez plus doux, mais aussi plus durables.

Bientôt , grâce à vos soins , ils seront incurables ;

Et d'un peuple abusé dangereux corrupteur,

Vous passerez encor pour son libérateur.

Mais ne prétendez pas qu'Antoine vous seconde.

Je veux périr, ou rendre un grand service au monde.

La vie est un instant dans l'immense avenir.

Je ne veux point laisser d'odieux souvenir.

De nos proscriptions je me peins la mémoire

Marquée en traits de sang aux fastes de l'histoire:

J'y vois , dans leur accord , trois farouches tyrans ,

Cédant meurtre pour meurtre, et parents pour parents,

vS'irrilcr à l'envi par d'horribles enchères.

Et se livrer entre eux les têtes les plus chères.

Ah ! si tant de forfaits ne peuvent s'effacer.

Au moins par des vertus osons les balancer;

Et qu'on dise de nous, en comptant nos victimes :

Ils ont d'un seul remords expié tous leurs crimes.

OCTAVE

Et rendrez-vous à Rome , avec la liberté ,

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