‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 139 sur 563 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Cette antique vertu , cette mâle fierté , Ces mœurs d'un peuple libre , enfin, pour la patrie. Cet amour exalté jusqu'à l'idolâtrie , Qui dominait lui seul toutes les passions, Dissipait les complots , calmait les factions , Etouffait dans les cœurs la vengeance et la haine ; Et tenant Rome entière attachée à sa chaîne , Dévouait en victime au salut de l'État Le tribun , le consul , le peuple , et le sénat , Tous rivaux de puissance au sein de leurs murailles - Tous compagnons de gloire au signal des batailles ? Que serait-ce, grands dieux! pour un peuple avili, Que cette liberté qu'il a mise en oubli? Esclave , malgré nous , il irait aux comices La vendre au prix de l'or, aliment de ses vices. L'or a tout corrompu, l'or a tout divisé; De l'intérêt public le ressort est brisé; Le respect pour les lois, la discipline austère, De la pudeur enfin le sacré caractère , Tout a péri. Cherchez dans Rome un plébéien. Cherchez un sénateur encor vrai citoven ; Et depuis que le luxe a mis à l'opulence Un prix ri qui tout cède et que rien ne balance, Voyez s'il en est un qui ne laissât régner Le tyran libéral qui voudrait le gagner. Nous les aurions proscrits, s'il en restait encore; Et celui dont la mort tous deux nous déshonore , Indigné , mais soumis à la commune loi , Cicéron, comme un autre, eût fléchi devant moi. L'univers est dompté ; Rome à son tour doit l'être. Souveraine du monde , elle a besoin d'un maître ; Et l'on verrait bientôt, du sein de ses remparts, Naître des Marius au défaut des Césars. Cessez donc, vous, dont l'âge a mi'iri la prudence. De vouloir, comme un bien, rendre l'indépendance

i8', CLKOPATRr.

A (JIM ii'rii est plus dif^iio, à <|ui s'en est lassé,

A. qui dans l'avonir {-raiiil de voir le j)assé.

Le repos, l'abondance, un paisible esclavage,

Ln règne qui des temps répare le ravage,

Pour l'orgueil du sénat un ac('ucil caressant,

Dans les jeux, pour le ])euple, un faste éblouissant,

Une cour, où des arts la foule réunie

"Vienne embellir la paix des tributs du génie,

Au-dehors des combats, des triomphes nouveaux.

Pour éloigner, distraire, occuper nos rivaux,

Et des plus factieux trompant l'inquiétude,

Leur faire d'obéir une noble habitude ;

Voilà ce que les temps semblent me commander,

Ce que Rome à genoux semble me demander,

Et ce que ma fortune ose enfin me promettre.

Pour réformer l'fltat , je prr'tends le soumettre.

Lorsqu'il en sera temps, si, pour le rendre heureux,

Il manquait à ma gloire un effort généreux;

Après avoir aux lois rendu tout leur empire.

Digne de ma fortune et du rang où j'aspire.

J'en descendrais peut-être , et j'ose me flatter

D'entendre Rome alors en regrets éclater.

Jusque-là, renoncer à la grandeur suprême,

Ce serait trahir Rojne et me trahir moi-même.

Pour me laver du sang qu'il a fallu verser,

J'ai besoin du pouvoir que je vais exercer.

J'ai besoin d'un long règne, et d'un amas de gloire

Qui des proscriptions absorbe la mémoire ,

Et qui du triumvir rachetant les forfaits,

Fasse du vieux monarque adorer les bienfaits.

Quel est donc le projet qu'Octave me propose? Veut-il que sous mes lois l'Orient se repose , Tandis que loin du Nil son heureux ascendant Ira captiver Rome et dompter l'Occident ?

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