ACTE IV, SCENE I. uSj
Dn sort qui te poursuit je serai l'instrument ! Et de quelle ame encore, oubliant la faiblesse Du peu de défenseurs que le destin nous laisse. Il s'avance, à leur tète, au-devant des Piomains! Qui de vous , dans son sang , ose tremper ses mains , Ingrats ? N'est-ce pas lui qui vous sauva du Parthe ? Les voilà, ces amis, que le malheur écarte. Ils méprisent Octave ; Octave est oJiéi. Ils estiment Antoine; ils l'auront tous trahi. As-tu dit qu'au moment où j'apprendrais sa pert<" La voûte des tombeaux à ma voix fût ouverte ?
Je l'ai dit.
CLK O PAT KK.
S'il fallait avancer mon trépas, Tu sais quelle est la mort que j'ai choisie?
Hélas!
Ce vase-là renferme....
( Cléopâtre approche du vase où sont enfermés les aspics. ) f : L F. o P A T u E .
Enfin je suis tranquille.
Je ne sais d'où me vient ce courage immobile ; Mais cette urne , où la mort repose dans mes mains , ( elle porte la main sur le vase , sans le déplacer, ) Me fait voir en pitié tout l'orgueil des Romains. Voilà qui me répond que jamais, en esclave, Je n'irai mendier la clémence d'Octave ; Voilà qui me protège au milieu des revers , Et me sauve du joug qu'a subi l'univers. Seule, au moment peut-être où mon appui succombe, Sur un trône ébranlé, qui chancelle et qui tombe, Un reptile (*) est le dieu qui me vient secourir !
[*\ On doit se souvenir que l'Egypte adorait jusqu'à des reptiles.
lijo CLEOPATRI-:.
Oiul heureux don du ricl, que de savoir mourir!
A qu(l(|uc r\tr('uiitt' que vous soyez réduite, Pour recours, sur les mers, n'aurez-AOus pas la fuite?
r LKOP ATRE.
Qui? moi, fuir! moi, survivre à mon dernier mallieur! Mais le sort quelquefois Seconda la valeur: Espérons tout encore. Ah ! s'il était possible Qu'à la voix d'un héros si long-temps invincible, Son camp frémît de honte et revînt sous sa loi ! Quel retour! quel moment! quel triomphe pour moi! Oui, si le ciel est juste, il nous doit ce prodige. Mais, quel bruit!