CLÉOPATRE, CHARMION
Hélas! qii'avez-vous fait, généreuse Octavie?
Ce n'est qu'en le perdant que vous m'avez servie.
J'aurais subi mon sort, j'aurais dissimulé
Ce décret du sc'nat qui m'était révélé.
Des bienfaits de César on m'aurait dépouillée;
J'aurais vu ma couronne indignement souillf'e;
Mes enfants méconnus, déshérités, flétris;
Eh bien ! la paix encor m'était chère à ce prix.
Je détournais mes yeux d'un avenir funeste :
Antoine était sauvé; j'oubliais tout le reste.
Mais lui , de mes frayeurs pénétrant le secret ,
Il a voulu qu'Octave abjurât ce décret ;
Et le fourbe, en respect colorant sa réponse,
«Je me tais, a-t-il dit, quand le sénat prononce. »
A ces mots , de la paix tous les nœuds sont rompus
Je les réclame en vain ; l'on ne m'<'coute plus.
O le plus généreux , ù le plus magnanime
Des mortels que la gloire et que l'amour anime,
\insi donc, malgré moi, jusqu'au dernier moment.