‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 143 sur 563 · CLÉOPATRE, CHARMION · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, CHARMION

Hélas! qii'avez-vous fait, généreuse Octavie?

Ce n'est qu'en le perdant que vous m'avez servie.

J'aurais subi mon sort, j'aurais dissimulé

Ce décret du sc'nat qui m'était révélé.

Des bienfaits de César on m'aurait dépouillée;

J'aurais vu ma couronne indignement souillf'e;

Mes enfants méconnus, déshérités, flétris;

Eh bien ! la paix encor m'était chère à ce prix.

Je détournais mes yeux d'un avenir funeste :

Antoine était sauvé; j'oubliais tout le reste.

Mais lui , de mes frayeurs pénétrant le secret ,

Il a voulu qu'Octave abjurât ce décret ;

Et le fourbe, en respect colorant sa réponse,

«Je me tais, a-t-il dit, quand le sénat prononce. »

A ces mots , de la paix tous les nœuds sont rompus

Je les réclame en vain ; l'on ne m'<'coute plus.

O le plus généreux , ù le plus magnanime

Des mortels que la gloire et que l'amour anime,

\insi donc, malgré moi, jusqu'au dernier moment.

Page 1