ACTE IV, SCENE III. igZ
Il n'est plus temps de feindre et de dissimuler. Voici l'instant fatal qui va tout révéler.
C LÉO PAT RE
Que me demandez-vous?
VENTIDIUS
De sauver ce grand homme.
CLÉOPATRE, vivement.
Le puis-je encor !
VENTIDIUS
Pour lui, pour le salut de Rome, Trois de nos légions veulent se détacher. Qu'il se rende en Syrie ; elles vont l'y chercher. Un vaisseau nous attend; la nuit nous favorise. Laissez-moi le conduire.
ANTOINE
Ami , quelle surprise ! Oui , sauvons Cléopâtre.
VENTIDIUS
Arrêtez, malheureux.
Madame , en le suivant , vous vous perdez tous deux : La haine des Romains en fureur est changée. De vos malheurs communs vous seule êtes chargée. On dit qu'en ce combat, vos perfides sujets, De leur reine , en fuyant , remplissaient les projets; On dit qu'avec Octave elle est d'intelligence.
CLÉOPATRE
Grands dieux !
VENTIDIUS
Et ces rumeurs sont des cris de vengeance. On veut que de ces bords il s'éloigne à l'instant ; On veut qu'aux mains d'Octave il vous livre en partant. Il y va de sa vie, il y va de l'empire. Plus que jamais enfin contre vous tout conspire ; Et l'unique moyen de vous justifier.
C'est de forcer Antoine à vous sacrifier.
Théâtre. /. » ■'
iO\ CLEOPATRE.