‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 15 sur 563 · ACTE I, SCENE VII. aS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VII. aS

Dion : je ne sais point porter mon espe'rance Sur un temps que les dieux daigneront éloigner. Le Ciel peut-être ailleurs me destine à régner» Peut-être la fortune en Épire m'appelle; J'y vole.

UION.

Pardonnez à l'excès de mon zèle ; Mais, qui part avec vous?

DENYS LE JEUNE

Damoclès , m'a-t-on dit.

DION

Qu'entends-je ? Damoclès !

DENYS LE JEUNE

Je vous vois interdit.

DION, à part.

Damoclès ! l'artisan et l'organe du crime !

( h part. ) Tyran ! il te manquait encore une victime.

DENYS LE JEUNE

Rassurez-vous, Dion. De méchants entouré, Leur poison dans mon cœur n'a jamais pénétré. Je prétends, si les dieux m'accordent la victoire, .Que le vaincu lui-même applaudisse à ma gloire. Je diffère un hymen qui doit combler mes vœux ; Mais je n'ai point encor mérité d'être heureux. C'est d'un noble laurier la tête couronnée, Qu'on doit me voir paraître aux autels d'hyménée.

DION

Hélas!

DENY» LE JEUNE

Vous soupirez!

DION

Un rigoureux devoir .\ ma fille , à jamais défend de vous revoir.

26 I)KNYS-LE-TYRA]N

UI. N Y s LE .1 K V N F.

Dion, que dites-vous? et quelle est ma surprise! Arétie à mes vœux n'est-rlli point promise?

DION

Vous avez un rival.

DENÏS LE JEUNE.

Elle peut me trahir!

DION'

Comme elle à cette loi vous devez obéir; Et devant ce rival vos coeurs doivent se tairr.

D E N Y s LE JEUNE.

Quel est-il donc , ami , ce rival ?

DION

Votre père.

D E N Y s LE JEUNE.

Mon père ! Eh quoi ! lui-même , après m'avoir flatté ,

Après que dans sa cour mes feux ont éclaté !...

Cet amour dans mon cœur si pur, si légitime ,

N'est donc plus que l'excès de l'opprobre et du crime I

Sage Dion! voici le jour de l'amitié;

D'un homme au désespoir prenez quelque pitié.

Je ne demande point qu'à vos serments fidèle,

Aux volontés du roi \ ous deveniez rebelle ; •

Mais contre les transports dont je suis combattu,

Prêtez-moi , s'il se peut , toute votre vertu :

.T'en ai besoin. L'effort du tourment que j'endure

Va briser dans mon sein les nœuds de la nature.

Éperdu , je succombe à cet arrêt fatal.

Dans mon rival enlin je ne vois qu'un rival.

Je crains d'en concevoir une haine implacable;

Je crains de ressembler à celui qui m'accable.

Malheureux ! qu'ai-je dit ? Il est mon père. O dieux f

Et l'auteur de mes jours me devient odieux !

Mon cœur est effrayé des monsti'es qu'il enfante ;

Et la haine et l'amour, tout en moi m'épouvante.

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