ANTOINE, VENTIDIUS, ÉROS
ANTOINE
Cruel ami ! pourquoi nous rends-tu l'espérance ? Nous regardions la vie avec indifférence : La mort avait pour nous dépouillé ses rigueurs • L'amour en eût trompé les dernières langueurs; Et lorsqu'en liberté notre ame se dévoue , Voilà que du malheur la chaîne se renoue !
Pourquoi la renouer, et qui t'en fait la loi?
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Cléopâtrc consent à vivrr loin (\c foi. Elle n'a point, crois-moi, cette crainte frivole. Qu'un cliar injurieux la traîne au Capitule. Celle qui de César vit les yeux menaçants S'attendrir a l'éclat de ses charmes naissants , Wa perdu ni le droit ni la fière espérance D'adoucir d'un vainqueur l'austère indifférence.
ANTOINE
Elle ! ô dieux ! qu'à lui plaire elle daigne aspirer ! Quelle indigne pensée oses-tu m'inspirer, Homme injuste et barbare? Elle est bien mallieureuse ! Mais encor plus fidèle , encor plus généreuse , Apprends à mieux connaître un cœur tel que le sien. Rome, Octave, le inonde, à ses yeux ne sont rien; Et lorsqu'à m'éloigner tu la vois obstinée , Sois bien sur (ju'à mourir elle est déterminée. Et moi, plus faible qu'elle, et n'osant l'imiter, Dans ses derniers moments j'aurais pu la quitter ! Et tandis qu'en ces lieux , solitaire et mourante, Au bord d'où je fuirais, tournant sa vue errante, Le venin de l'aspic (car tel est son dessein ), Du frisson de la mort ferait frémir son sein ; Qu'à sou dernier sou])ir, cette voix que j'adore Pour un indigne amant ferait des vœux encore; Tranquille sur les mers , ou plutôt tourmenté De cet objet sans cesse à mes a'cux présenté, J'irais!... Non, c'en est fait. Heureux ou misérables, Nos destins sont unis, ils sont inséparables. On dirait qu'au vainqueur je la cède en partant. Non, je la mène au port où le vaisseau m'attend. Et j'annonce aux Romains que la nuit y rassemble, Qu'il faut nous voir périr, ou nous sauver ensemble.
FIN nu 0 IJ A T B I t M F A C T K .