‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 151 sur 563 · CLÉOPATRE, CHARMION · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, CHARMION

CLÉOPATRE

\Jvi, je veux qu'il s'éloigne; et je vais dans ton sein. Sous le sceau des serments , déposer mon dessein. Jure-moi le silence.

CHARMION

Hélas ! Je vous le jure.

CLÉOPATRE

Indigné du refus dont j'éprouve l'injure, Au secours des Romains je l'ai vu renoncer : Il veut mourir. En vain lui font-ils annoncer Qu'un vaisseau dans le port est encore à l'attendre; S'il faut m'abandonner, il ne veut rien entendre.

CHARMION

Et comment le réduire à ce cruel effort?

CLÉOPATRE

Il n'en est qu'un moyen ; c'est le bruit de ma mort. Tu connais , sous les murs de ces vastes portiques , Le chemin qui conduit à nos tombeaux antiques; C'est dans ces monuments que je vais m'enfoncer : Résolue à mourir, si l'on vient m'y forcer;

ir)S CLfcOPATRE.

Résolue à le suivre au foiul de la Syrie, Si je puis des Romaius éviter la furie. Mais s'il me sait vivaute , il craindra de me voir Tomber aux mains d'Octave; et, dans son désespoir, Il voudra m'arracher de ces demeures sombres; Pour lui, des ce moment , je suis au rang des ombres . Et c'est du sein des morts que mes derniers adieux Voat lui faire une loi de sortir de ces lieux. Alors, dans la douleur de perdre ce qu'il aime, Dans l'ardeur d'a<complir la volonté suprême De celle à qui jamais il n'a su résister, Il pourra se résoudre au tourment d'exister; Et , dans son désespoir retrouvant son courage , Il voudra faire au moins un illustre naufrage ; Il voudra me venger.

c ir A R M I ON.

Vous me faites frémir.

Ail ! ce coup va l'abattre au lieu de l'affermir.

CLÉOPATRE

Non , je fais à son aide appeler Octavie ,

Et lui remets le soin de veiller sur sa vie.

Avec toi , cependant , s'il venait , par des pleurs ,

Épandre et soulager ses profondes douleurs ,

Pour adoucir ses maux en redoublant ses larmes,

Dis-lui que pour lui seul j'ai senti des alarmes;

Que je n'ai craint pour moi ni la mort ni les fers.

Dis-lui que Rome , Octave , et des sceptres offerts ,

.Jamais sous d'autres lois ne m'auraient asservie ;

Que pour lui seul enfin j'aurais aimé la vie;

Et que si quelque espoir eût prolongé mes jours,

C'eût été de le suivre et de l'aimer toujours.

Il le croira sans peiue : il sait que je l'adore.

Mais c'est peu pour mon «œur. Ajoute, ajoute encore

Qu'il n'a jamais bien su , qu'il ne saura jamais

Avec quelle tendresse et combien je l'aimais.

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