SCÈNE IL
ANTOINE, OCTAYIE, ÉROS.
ANTOINE
Non , pour nous il n'est plus d'espérance; J'ai cette nuit en vain tenté sa délivrance : Rien n'a pu les fléchir. Sans pudeur et sans foi, De la laisser captive ils m'imposaient la loi. A cet infâme prix ils mettaient leurs services. Ils voulaient me souiller du plus lâche des vices , Me rendre ingrat, perfide, et comme eux inhumain; Et c'est ce que leur rage appelle être Romain I Non, je ne le suis point; non, je ne veux point l'être. De mes derniers instants qu'ils me laissent le maître. Puisqu'ils veulent ma honte , ils demandent ma mort. Il faut les satisfaire et céder à mon sort. Vous, d'un indigne frère, ô sœur trop généreuse, Adieu , chère Octavie , adieu. Vivez heureuse ; Et puissent mes enfants n'avoir point hérité Du malheur que j'éprouve et que j'ai mérité!
OCT AVIE
Vis pour eux. Prends pitié de leur faible innocenta Ne me condamne pas à pleurer leur naissance;
joo CLEOPATRF. •
Et ne me l.iisflc pas \c remords ('tmirl
D avoir rendu mon frère injuste et «riminel.
Je te pardonne tout , si lu consens à vivre.
Et que ne puis-je aux dieux dematuler à te suivre!
Ce serait trop de gloire et de Ijouh'Mir pour moi.
Mais pour toi seul au moins je vivrai loin de toi.
Je fléchirai mon frère : il v va de sa gloire.
ANTOINE
Non , il veut en tvran jouir de la victoire ;
Par un affreux spectacle il veut plaire aux Romains.
Il l'a promis, madame, à ces cœurs inhumains.
O CTAV lE.
Quoi donc?
ANTOINE
A ce sénat, dont il se croit l'idole.
Le perfide a promis qu'au pied du Capitole , Cléopâtre , enchaînée à son char insultant , Ornerait son triomphe : il l'annonce , on l'attend.
o CTAV I F..
Ce serait un opprobre , et j'en serais couverte.
Non , cesse , au nom des dieux , de courir à ta perte.
Je réponds de mon frère. Il vient dans ce palais
En vainqueur généreux , en ami de la paix.
Il me verra pour toi , plus que jamais sensible .
Faire ce qu'à l'amour le devoir rend possible,
M'oublier, dédaigner ces jaloux mouvements,
Ces faiblesses d'orgueil, ces vains ressentiments,
Dont la source est un cœur de soi-même idolâtre .
Et de tout mon pouvoir protéger Cléopâtre.
On apprendra de moi ce qu'on doit au malheur.
Mes bras sont un asyle ouvert à sa douleur;
Et tant que je vivrai, ne crains rien qui l'abaisse.
Tout c(' qui le fut cher m'occupera sans cesse.
Av«'C tant de l.ionté , de force et de vertu .