SCÈNE II
STÉNÉLUS, DÉJANIRE, lOLAS.
DÉJANIRE
Appui des malheureux, qu'allez-vous nous apprendre? Votre père?...
STÉNÉLUS.
En ces lieux , madame , il va se rendre.
DÉJANIRE
Nous est-il favorable?
STÉNÉLUS.
En avez- vous douté?
Les nœuds du sang , les droits de l'hospitalité , Les droits eucor plus saints de la reconnaissance. Et ceux de la fa-blesse, et ceux de l'innocence, Sont pour lui des liens qu'il ne rompra jamais , Madame ; et vos enfants sont les siens désormais.
DÉJANIRE
Vous voulez dans mon cœur affermir l'espérance , Prince ; et dans vos regards je vois moins d'assurance.
2 12 LES IIKKACLIDLS.
Daignez parler sans feinte et ne me rien cacher : Ce peuple à votre voix s'est-il laisse toucher?
STÉ N KL U s.
Vous savez que d'Argos Athène est la rivale.
La g^uerre aux deux partis également fatale,
N'a pu les voir encor ni vaincus ni -s^ainqueurs;
Et tantôt la fortune enfle ici tous les cœurs,
Tantôt l'adversité les consterne et les glace.
Nous passons tour-à-tour de la crainte à l'audace;
Et toujours incertains, et toujours curieux,
De nos perplexités nous fatiguons les dieux.
Il semble que le ciel nous doive des miracles.
Aujourd'hui même encore on attend des oracles;
Et selon leur j)résage , heureux ou malheureux,
L'Athénien sera timide ou généreux.
Enfin parmi le trouble où nous met leur attente,
Un envové d'Aigos arrive, se j)résente ,
Nous annonce la paix ; et le peuple à grand bruit
Au palais de mon père à J'instant le conduit.
I) t J AN I R E.
Ah! nous sommes perdus, s'il consent à l'entendre. Faibles et malheureux, qu'avons-nous à prétendre? Et ce peuple en ces murs voudra-t-il nous garder, Si pour notre défense il faut tout hasarder? Non, c'en est fait, je vois le sort qu'on nous prépare.