‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 168 sur 563 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

De maître , s'il le faut. L'excès de ma misère Met enfin mon orgueil et ma constance à bout. Qu'ils vivent, c'est assez : je me soumets à tout. Par mon abaissement jugez de ma tendresse ; Jugez sur-tout, jugez du péril qui les presse.

DÉMOPHON

Le croirai-je, Coprée ? Un monarque en son sein Aurait pu concevoir un si lâche dessein !

COPRÉE,

Toute excuse avilit la majesté suprême.

Un roi n'a point de juge : il répond de lui-même;

Et l'emploi que le mien daigne me confier,

Défend que je m'abaisse à le justifier.

Je ne pénètre point dans ses conseils augustes.

C'est à vous, comme à moi, de penser qu'ils sont justes.

Ce sont vos droits en lui que vous avilissez.

Roi , respectez un roi ; sujets , obéissez.

O L YM P I E.

Nous, sujets! nous le sang d'un dieu dont le tonnerre

Brise, quand il lui plaît, les trônes de la terre !

Si sans vouloir régner Hercule a fait des rois,

De la fière Junon s'il a subi les lois ,

Si sa valeur, utile à tout ce qui respire,

N'a pu se renfermer dans les soins d'un empire ;

A-t-il donc cessé d'être, en faisant des ingrats,

Au moins l'égal des rois protégés par son bras?

Et si de ses enfants l'infortune profonde

Les condamne à servir , qui sera libre au monde ?

Comme à nous d'un héros le sang vous fut transmis,

Seigneur : dignes rivaux et généreux amis.

Ainsi que leurs dangers leur gloire fut commune.

Nous n'avons pas comme eux une égale fortune :

Vous régnez ; nous fuyons. Mais le sort peut changer.

Aux rois, par votre exemple, apprenez à venger

Les descendants des dieux qu'ose 0])primer un traître-

v.i8 LES H KU An, IDES.

Si nous sommes proscrits, vos iirvcnx peuvent l'rtre ,

Ilélas ! peut-être uu jour, comme nous malheureux,

Us chercheront l'appui d'un prince généreux ;

Peut-être que leur sort dépend de votre exemple;

Que, pour vous imiter, l'avenir vous contemple;

Et que les justes dieux leur feront éprouver

1,'accueil qu'à vos {genoux nos malheurs vont trouver.

Vous seul, entre vinyt rois, au fer de l'homicide

Vous aurez dérobé la famille d'Alcide!

Quelle gloire pour vous , grand roi ! Du haut des cieiix .

Thésée en est jaloux : il a sur vous les yeux ;

Et fier en ce moment de vous avoir fait naître ,

A ses propres vertus il va vous reconnaître.

Il domptait les tyrans, et vous les braverez.

Il nous eût défendus, et vous nous vengerez.

DÉMOPnoN, à Olympie.

Je suis fds de Thésée; et ce nom seul décide Du devoir qui m'attache à la race d'Alcide.

( h Coprce. ) Seigneur, mon peuple est libre, et ses murs sont ouverts A tout homme accablé sous d'injustes revers Argos eut de sa foi des preuves signalées. Lorsque de vos guerriers les veuves désolées, Pour forcer les Thébains d'inhumer leurs époux, Vinrent du roi mon père embrasser les genoux. Vous savez s'il trompa leur timide espérance? Ici les malheureux sont tous en assurance.

D É J AN I R F

Digne sang d'un héros, grand roi, vous l'imitez.

DÉMOPHON

Mais, madame, en ces lieux mes droits sont limités; Et des grands intérêts qu'en mes mains on dépose , Sans l'aveu de l'ï^tat jamais je ne dispose. J'assemblerai mon peuple.

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