ACTE I, SCENE IV. ai
Une pitié cruelle a secouru ma vie.
J'y renonce, et consens qu'elle me soit ravie. Mais qu'ont fait mes enfants , pour être enveloppés Dans la proscription dont mes jours sont frappés? Seigneur, livrez leur mère aux mains de l'homicide ; Mais respectez en eux la mémoire d'Alcide. Respectez la faiblesse et le malheur unis. Ils sont nés d^ mon sang, ils en sont trop punis! La fuite, l'abandon, la mort ou l'esclavage. Des fils de Jupiter sont l'affreux héritage. Les dieux, peut-être las de les persécuter, "Vous les livrent : daignez ne les pas rebuter. Je vous les abandonne.
Et moi je les réclame.
DÉJANIRE
Toi , barbare !
DÉMOPHON, à Coprce.
Parlez.
STÉNÉLUS, à Drjanire.
Rassurez-vous, madame.
c OPRÉE.
Seigneur, d'un souverain vous connaissez les droits.
Hercule d'Eurysthée avait subi les lois.
Ses enfants, nés sujets, n'ont pu cesser de l'être.
Sa mère les dérobe au pouvoir de leur maître ;
Et ce roi généreux redemande aujourd'hui
Des sujets dont lui-même il veut être l'appui.
DÉJANIRE
Dis plutôt l'assassin. Vous êtes mon refuge.
Seigneur : daignez m'entendre , et soyez notre juge.
Vous savez les périls par Hercule éprouvés :
Au bout de l'univers ses travaux sont gravés.
Je pardonne au tyran dont sa gloire est l'ouvrage :
Il n'a fait qu'exercer sa force et son courage ;
■Ml, LES HKHACLIDKS.
Kt par ces longs travaux, qui n'ont pu le dompter,
l,ui-nirine au rang des dieux l'a contraint de monter.
Mais avec ses enfants, (pi'il craint déjà sans doute ,
Sa haine prévoyante a j)ris une autre route.
De cette haine un jour ils pourraient triompher;
Et n'osant les combattre, il veut les étouffer.
Ce n'est point un soupçon, ce n'est point une injure :
C'est la vérité même. Oui , grand roi . je ]^ jure ,
Par ce sang glorieux qu'à vos pieds je défends ,
Par ces sacrés autels qu'embrassent mes enfants :
Eurysthée a signé leur sentence mortelle.
Sans les soins vigilants de cet ami fidèle,
La mère et les enfants, au fond d'une prison,
Étaient réduits au choix du fer ou du poison.
Seigneur, un jour plus lard, sans pitié, sans ressource.
Du plus beau sang des dieux on tarissait la source.
Argos le sait, Mycène en a frc'nii d'horreur;
Mais le nom d'Eurysthée y répand la terreur.
Au timide intérêt la justice succombe :
On ne nous connaît plus : Hercule est dans la tombe.
TVul mortel à son sang n'ose offrir son appui.
Un cruel les rend tous aussi cruels que lui.
Telle est l'extrémité du péril où nous sommes.
Oubliés par les dieux, rebutés par les hommes,
D'un œil compatissant si vous ne nous voyez.
Seigneur, c'est à la mort que vous nous envoyez.
D'Hercule à vos genoux voyez tomber la veuve.
Qu'en faveur de son sang la pitié vous émeuve.
Ce sont des suj^pliants qui vous tendent les mains.
Des enfants délaissés du reste des humains,
Des orphelins plaintifs, dont la voix vous implore;
Des parents malheureux, dignes de vous encore;
Ce sont les fils d'IIenulc; ils n'espèrent qu'en vous:
C'est pour eux que leur mère embrasse vos genoux.
Tenez-leur lieu d'ami, de défenseur, de père,