SCÈNE V
DEMOPHON, lOLAS.
A. quelle extrémité le ciel veut nous réduire!
lOLAS.
Seigneur, vous gémissez!
Tu me vois confondu.
De Cérès en ces mots l'oracle a répondu. « Demain le nom d'Atliène obtient un nouveau lustre, « Si, pour le salut de l'État, '( Une fille d'un sang illustre « S'immole au moment du combat. »
J'ai les traces d'un père et son exemple à suivre ; Et fallùt-il cesser de régner et de vivre, Jamais rien de honteux ne me sera permis. Mais mon peuple m'est cher autant que mes amis. Et si la voix des dieux vient à se faire entendre , A quel soulèvement ne dois-je pas m'attendre? Quel frère , quel amant , ou quel fils inhumain Ne laisserait tomber les armes de sa main , S'il fallait , au signal de l'affreuse mêlée , Voir sa sœur, son amante, ou sa fille immolée? « Non , non , plus de victoire à ce funeste prix , » Diront-ils ; et l'horreur va glacer les esprits.
lOLAS.
Et l'a-t-on divulgué, cet oracle?
Il va l'être.
lOLAS.
Ah ! différez. Le ciel s'adoucira peut-être. Laissez, encore un jour, ces enfants opprimés
23o LES HKRACLTDES.
Sr livrer à IVspoir (|tii les a raninif's. D'une mère sur-tout rparguc/ la t( lulresse.
DÉMOPHON, STÉNÉLIJS, lOLAS.
Seif^nciir, notre ennemi nous menare et nous presse. Il a cru nous surprendre. Il s'est fait devancer Par ces bruits d'une paix qu'il a feint d'annonrer; Cpp»'ndanl vers nos murs il marchait en silence. Il n'a pu, j^ràce au ciel , tromper ma vigilance. Tout est prêt, tout m'invite et m'appelle au combat; J'y vole.
Il n'est ]ias temps, l.e saint de l'Etat Nous prescrit d'opposer la prudence à l'audace, s T i- >■ L 1. 1; s , à part.
• Qu'est-il donc arriv<' (jui lafOige et le glace?
I o L A s , bas , à Drmojyhon.
Ah! seigneur! quel momeni vous laissez échapper!
DÉMOPHON, bas , à /o/as.
Et les dieux, lolas , puis-je aussi les tromper?
En tumulte à nos coups notre ennemi s'expose : Laissez-moi l'atiaquer avant qu'il se repose. Si je cède , ébranlé par iin premier effort , Je laisse entre eux et moi les pic£;es de la mort. Si ma première attaque entraîne leur déroute, Egarés dans leur fuite, incertains de leur route, Je vois leurs bataillons rompus, épouvantés, Par leur propre fravcur à nos coujjs présentés. Je ne m'enivre jjo ni d'un vain désir de gloire: J'ai prévu ma défaite ainsi que ma victoire.