SCÈNE IL DÉJANIRE, lOLAS
DÉJANIRE
Perfide ! qu'as-tu fait de ma fille ?
lOL AS.
Ah ! madame , N'accusez que les dieux.
DÉJANIRE
Tu viens m'arracher l'ame.
Ote-toi de mes yeux et me laisse mourir.
lOLAS.
Elle-même à l'autel elle a voulu courir.
DÉJANIRE
Je veux la suivre. Allons
», LES \\\.n ACLIDES.
Hors de toute assistance , Une heure entre elle et vous a mis trop de distance. \u temple d'Kleusis elle va s'immoler; Et déjà loin des murs j'ai vu son char voler.
Et tu n'as pu , eruel , t'opposer à sa fuite !
Le roi, hors du palais en pleurant l'a conduite . Et soudain, sur un char qu'il a fait avancer, Digne hlle d'Hercule, on la voit s'éhincer.
DÉJANIRE
Elle a donc oublié qu'elle avait une mère !
lOLAS.
Tout un peuple attendri l'entoure et la révère,
Et parmi tant de cris dans les airs confondus,
Les cris de ma douleur ne sont point entendus.
Cependant son regard me cherche et me rencontre.
« Voici l'instant , dil-elle , où la vertu se montre :
« Ami, lorsque mon père éleva son bûcher,
« II m'apprit à la mort comme il fallait marcher,
« De cet exemple un jour fais souvenir mes frères.
« Les dieux à nos pareils ne sont jamais contraires;
« Et j)our nous le malheur n'a rien d'injurieux,
« Puisqu'il nous laisse au moins un trépas glorieux.
« Si le mien doit coûter des larmes à ma mère,
'< Que sa douleur soit terulre , et ne soit point amère ;
<i Et [)Our se consoler d'un dévoùment si beau ,
« Qu'elle songe à ma gloire en voyant mon tombeau. >
On eût dit, à l'éclat dont brillait son visage,
Qu'Alcide eut à sa fille inspiré son courage;
Et Ton se demandait, en voyant sa fierté.
Si c'était la victime ou la divinité.
Elle part , et sa course est à son gré trop lente.
Elle u'obcil ]>oint en victime tremblante;