‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 212 sur 563 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ILIE, TULLIE.

tullie.

De quelle sombre horreur vos sens sont pénétrés?

ILIE.

Tu vas frémir toi-même. On t'a dit par quel crime

268 NUMITOR.

Fut couronné dans Albe un tyran qui l'opprime; Tu sais par quelles mains a pcri Numitor; Tu vois sa fille.

TU LLIE.

O ciel !

J'ai dû le taire encor; J'ai dû me dérober, sous le nom de Sylvie, Au malheureux éclat répandu sur ma vie. Et pouvais-je exposer aux regards des mortels Une jeune prêtresse échappée aux autels? Le monde entier me croit parjure et sacrilège; Et les cœurs innocents ont-ils le privilège De se montrer sans voile , et tels , à tous les ypux . Que les voit l'œil sévère et vigilant des dieux ? J'atteste ici Vesta, qu'à son culte attachée A l'ombre de son temple , où je vivais cachée , Ptien jamais, sous le ciel , ne m'eût fait oublier Des vœux, dont un dieu seul a pu me délier. Mais quel autre que lui peut me rendre ma gloire? Quel autre?.,. Ah! si je vis encor dans sa mémoire, Mes enfants lui sont chers ; il sera leur appui. Hélas ! jusqu'à ce jour, j'attendais tout de lui : Je voyais s'élever cette Rome naissante, Faible encore, il est vrai , mais déjà florissante, A préparer sa gloire employant son repos, Et croissant sous les lois de mes jeunes héros. Prospérité trompeuse! En ces lieux amenée, J'y reconnais la place où je fus condamnée. Oui, Tullie, oui, c'est là que mes fils innocents, Ce digne .sang des dieux, ces deux héros naissants, Ces héros dont la race en prodiges féconde , Si leur sort s'accomplit, doit commander au monde; C'est là que, poursuivis par un zèle assassin, Ils furent, pour mourir, arrachés de mon sein.

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