ACTE II, SCÈNE IL
Comme une ombre irritée en tout lieu me poursuit ; Et je veux retrouver le repos qui me fuit.
A G KNO R.
Seigneur, de vos secrets triste dépositaire,
Et d'un crime caché complice involontaire ,
J'ai vu sur Numitor le glaive suspendu;
Je l'ai pris sous ma garde, et j'en ai répondu.
Lié par mes serments, j'y suis fidèle encore;
Et plein de ma douleur, qu'en secret je dévore ,
Au pied de ces autels que vous faites frémir,
Sur vous-même et sur lui je n'ai fait que gémir.
Mais si , pour consommer un affreux parricide ,
A vaincre ses remords votre cœur se décide ,
Délivrez-vous de moi : prudemment criminel.
Que ma mort vous asstire un secret éternel ;
Ou , cessant avec vous d'être d'intelligence ,
Je parle au nom des dieux , et demande vengeance.
A M u L I u s , (Vun ton tuenacaiit. Agénor !
A GÉN O R
Des serments que vous m'avez surpris, Les jours de Numitor sont le gage et le prix. J'ai du, pour le sauver, me faire violence; Mais s'il meurt, je suis libre, et je romps le silence.
A M u L I u s , cViin ton plus doux. Agénor, croyez-vous qu'il se laissât fléchir?
AGÉNOR
Lui , seigneur !
De ses fers si j'osais l'affranchir, Croyez-vous qu'il voulût en oul)lier l'injtire? Qu'il m'en donnât sa foi? qu'il ne fût point parjure?
AGÉNOR
lies dieux vous auraient-ils inspiré ce dessein?
•iSo NUMITOR.
A M U L I us.
Pariez. La vérité rt'sitle en votre sein. Pensez-vous que jamais IV'umitor me pardonne?
Av.iyoR.
In cœur f|n«- le eliat^riii nuit et jour empoisonne^ Sait il lui-même, hélas! s'il sera généreux? I,a t lémenec < st toujours la vertu des heureux; Et daus son désespoir un héros qu'on ac(al)le , Tant qu'il est opprirué, doit se eroire implacable. ;
Je vais porter la j)aix sur le Tibre alarmé : Le temple de Janus dans peu sera fermé, Je resj)ère ; et bientôt la paix sera suivie De ce qui doit enfin décider de ma vie. Jusque-là, vous savez quel silence m'est dû : Mon secret révélé, Numitor est perdu.
Craignez surtout les yeux d'une cour vigilante, Et ne confiez rien qu'à la foi de Pallante.
Vous me rendez la vie. Ah! je vais ranimer Ce vieillard, qu'à regret je laissais opprimer; Et si daus nos desseins Pallaute me seconde, Nous donnerons peut-être un grand spectacle au monde