‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 222 sur 563 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Qu'envers vous Numitor cesse d'être inflexible !

AMULIUS.

Ami , depuis vingt ans qu'il gémit dans mes fers ,

Tu ne peux concevoir les maux que j'ai soufferts.

Un sommeil agité, le sommeil des coupables,

Ne m'occupait la nuit que d'objets lamentables.

Je voyais devant moi Numitor menaçant;

De ce songe fatal je sortais frémissant.

Alors sous mille aspects la mort m'était offerte.

J'observais tous les yeux, j'y croyais voir ma perte.

Le nom de Numitor, prononcé sans dessein,

Faisait pâlir mon front et frissonner mon sein.

Pour étouffer ma crainte et consommer mon crime,

Deux fois dans les prisons j'ai cherché ma victime.

Je l'ai vu , ce vieillard , sous ses chaînes courbé ;

De ma tremblante main le poignard est tombé.

Quel ennemi, Pallante! et quel sang à répandre !

A peine vers le ciel ses bras pouvaient s'étendre.

Sa voix faible, ses yeux éteints, ses pas tremblants.

Son front pâle, flétri, couvert de cheveux blancs,

Les traits de la douleur, les empreintes de l'âge, ^

Ont ébranlé mon ame et glacé mon courage.

Lassé de mes remords, j'ai voulu les braver;

J'ai senti la nature en moi se soulever.

Je suis ambitieux, je ne suis point barbare.

La pitié, malgré moi, de mon ame s'empare.

Et d'un roi dans les fers prêt à percer le sein,

Je ne vois plus en moi qu'un infâme assassin.

PALLANTK.

Eh! seigneur, au milieu d'une illustre carrière, Quel est l'ambitieux qui regarde en arrière? Le coupable se perd s'il ne l'est qu'à-demi; Et sur le crime seul le crime est affermi.

AMULIUS.

Oui , je sens comme toi les maux où je m'expose.

■282 NUMlTOi;. '

Mais de mon iinpnuleiicf apprends enfin la cause. Tu sais, dans mes fureurs, tout ce que \i- bravai. Et comment je perdis, et comment je sauvai Cet objet innocent d'une ardeur insensée?

l'ALL ANTE.

D'un objet qui n'est plus gardez-vous la pensée?

A M ULIU s.

Pallanfe , elle respire, elle est en mon pouvoir.

PALL ANTE

Uie !

Est ma captive, et tu viens de la voir.

PALL ANTE

Eh bien?

AMULIUS. ,

Est-ce des dieux la clémence ou la haine, Son malheur ou le mien, qui vers moi la ramène? Je ne sais. Mais, Pallante , à peine je concoi Les mouvements confus qui s'élèvent en moi. Ce n'est plus cette ardeur, cette brûlante ivresse, Qui me fit à Vesta dérober sa prêtresse , L'enlever de son temple, et porter aux autels Une audace inconnue au reste des mortels; C'est un saisissement religiexix et tendre , C'est.... je ne sais quel charme, à la voir, à l'entendre. Un attrait dont moi-même en vain je me défends, Dirai-je ? un souvenir qui me peint mes enfants Comme s'ils respiraient dans le sein de leur mère, Et hii demandaient grâce en faveur de leur père. Ah ! s'ils vivaient , Pallante , ils seraient dans nos bras. La nature à leur voix ne résisterait pas. D'un criminel amour innocentes victimes.

Ces gages de mes feux les rendraient h'gitimes; Entre leur mère et moi , leurs suppliantes mains Seraient pour nous les nœuds les plus forts, les j)lus saints;

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