ACTE III, SCENE III
Non, à ses ravisseurs elle fut arrachc'e. C'est au sein de la mort que ma fille est cachée; Et son ombre sans cesse est présente à mes yeux. Cette nuit même encore elle errait dans ces lieux , Et c'est pour me punir que le ciel me l'envoie.
AGÉNOR
Je vous l'ai dit : croyez....
NUMITOR,
Que veux-tu que je croie?
Je l'ai vue. Elle vient se plaindre et m'accuser.... La voilà donc sa tombe? Oui, je la vois creuser. Son supplice l'attend; et c'est moi qui l'y traîne.... Arrête ! Embrasse-moi. Ce n'est point de la haine : Ton père t'aime encore, il t'aimera toujours.... On me l'arrache !
( Il tombe dans V accablement. )
AGÉNOR
Hélas! les derniers de ses jours Seront empoisonnés par cette idée horrible.
NUMITOR.
Père dénaturé ! dieux cruels ! loi terrible ! Non , le ciel n'a jamais ordonné ces rigueurs. Mais si pour être humains il a formé nos cœurs, Aurait-il dû souffrir qu'une aveugle imposture Du cœur même d'un père eût ciiassé la nature?