‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 230 sur 563 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

NUMITOR, AGÉNOR.

Quel bruit se fait entendre au fond de ma prison? Venez-vous m'apporter le fer ou le poison ?

AGÉNOR

Vivez. Le sort se lasse enfin de vous poursuivre.

N XJ M I T o R.

Qu'entends-je? et de mes maux quel vengeur me délivre?

A GÉNOR.

Les dieux , seigneur , les dieux , d'un œil indifférent , N'ont pu voir dans les fers un héros expirant. Ils ont voulu sans doute éprouver sa constance. Ils ont voulu le voir , seul et sans assistance , Lutter contre une longue et dure adversité : Digne objet des regards de la divinité ! A ce combat enfin le triomphe succède; La justice l'emporte , et le crime lui cède. Le cœur d'Amulius est tout-à-coup changé. Consentez seulement à n'être point vengé , Sur le trône avec vous ramenez la clémence; Et de Janus le règne en ces lieux recommence,

Amulius au trône ose me rappeler!

Il jouit de son crime, et veut le révéler! C'est peu de m'épargner et de me laisser vivre. Aux mains qu'il enchaîna de lui-même il se livre! Il vous trompe , Agénor.

AGÉNOR

Quel serait son dessein ?

Non , le remords sans doute est entré dans son sein. Et pourquoi ce retour serait-il incroyable,

nrdtre. I. I9

ago NU Ml Ton.

Seigneur? Quel est donc riifunnie injuste, impitoyable,

A qui ce trait vengeur, ce trait du rejxntir,

Dans quelque heureux moment ne s'est pas fait sentir?

Apns une couronne impunément ravie,

Il dépendait de lui de vous ôter la vie;

Aujourd'hui même encore il n'aurait qu'à vouloir :

Un mot, en vous perdant, affermit son pouvoir.

Cependant vous vivez. Il vous donne l'exemple;

Imitez-le , et demain , réunis dans ce temple ,

Consentez avec lui qu'un serment solennel

Impose à votre haine un silence éternel.

N UMITO R.

Que puis je? Et dans les fers qu'est-ce qu'on me demande?

Je ne suis qu'un esclave à qui le sort commande;

Et si j'avais le cœur assez faible , assez bas ,

Pour engager ma foi , l'on ne m'en croirait pas.

Si mon lâche oppresseur m'ose parler en maître ,

Je n'en connus jamais : si c'est moi qui dois l'être ,

Qu'il me rende le trône; et là, sans m'avilir.

Je saurai si je dois pardonner ou punir.

Vous pouvez, Agénor, lui porter ma réponse.

J'en frémis.

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