ACTE IV, SCÈNE IV. 3o
J'ai besoin des combats plus que de la victoire.
11 n'est pas temps eiicor de songer à la gloire :
Il nous faut des vertus ; et la prospérité
Ne produit qu'indolence et que témérité.
C'est le seul ennemi que nous ayons à craindre.
A savoir tout souffrir le sort veut nous contraindre ;
.T'e)i reçois le présage, et, grâce à ta valeur,
Rome dès sa naissance a connu le malheur.
A M u 1. 1 u s , à part.
Merveilleux ascendant d'un courage inflexible ! C'est lui , dans ce moment , qui paraît invincible : Désarmé, dans les fers, il m'accable; et c'est moi Qui semble d'un vainqueur subir ici la loi ! O qu'un père est heureux d'avoir un fds semblable! J'éprouve à l'admirer un charme inconcevable ; Et plus, en m'abaissant, je le vois s'agrandir, - Plus à sa jeune audace il m'est doux d'applaudir. Romulus , ta fierté sied mal à ta faiblesse ; Mais d'une ame élevée elle peint la noblesse. Ecoute. En ta faveur je veux tout oublier. Je fais plus : avec toi je prétends m'allier. Que dans un même camp la trêve nous rassemble. Nos peuples désarmés s'y trouveront ensemble ; Vos femmes v verront leurs parents , leurs époux ; Elles auront le choix entre mon peuple et vous ; Et quels que soient les nœuds que leur amour préfère, Elles suivront les pas d'un époux ou d'un père.
ROMULUS
J'y consens; et tous deux nous n'avons qu'à jurer De souscrire à leur choix, et de nous séparer.
A M u L I u s , sur l autel de Mars. Je le jure à ce dieu dont je tiens ma puissance.
K o M u L u s , sur le même autel.
Je le jure à ce dieu dont je tiens la naissance.
iio NUMITOR.
Que dis-tu?
One mon père est garant de ma foi, Qu'il a reçu la tienne, et me répond de toi.
AMU Li u s.
Grand dieu !
Tu peux douter que son sang m'ait fait naître Ce n'est pas dans les fers qu'on le doit reconnaître.
A M u Li u s.
Qu'on nous laisse.