ACTE IV, SCENE IV
Engagé trop avant par une ardeur funeste, Des mains de tes soldats je n'ai pu m'échapper. Je présentais ma tête; ils n'avaient qu'à frapper. Tu m'as fait épargner; épargne aussi ma gloire, Et voyons si tu sais mériter la victoire.
AMULIU s.
Romulus, je suis loin d'en vouloir abuser, Et si les justes lois que je vais l'imposer....
R OMULU s.
Des lois ! Ce mot superbe est pour Rome une injure. Me confondent les dieux ennemis du parjure , Si jamais un vainqueur nous impose des lois. C'est le serment que Rome a reçu de ses rois. Elle cessera d'être en cessant d'être libre. .4 M u L I u s.
( à part. ) Fier et vaillant jeune homme ! Et sur les bords du Tibre Quel destin t'a conduit ?
ROMULUS
J'y suis né. Mes amis M'ont choisi pour leur guide; et, librement soumis, Sont venus avec moi dans un marais stérile Répandre l'abondance et peupler leur asyle.
AMULI U S.
Albe étend jusque-là son antique jjouvoir.
ROMULUS
C'est ce que Rome ignore et ne veut point savoir.
Tu fondes , Romulus , sur des remparts d'argile ' Une audace bien vaine et comme eux bien fragile !
ROMULUS
Ces remparts , dont on parle avec tant de mépris , Ne vous sont pas encor fidèlement décrits, La discipline austère en protège l'enceinte : Elle est , comme nos lois , inviolable et sainte ;
3o8 NIMJTOJl.
Et ])ar ce mur <rairain nos foyers sont gardés,
El ne voyez-vous pas ce que vous hasardez?
Je vois que d'un instant de disgrâce légère, Tu nous fais un revers que ton œil exagère; Mais présume un peu moins du succès d'un combat. Rome en perdant un roi n'a perdu qu'un soldat; Et sur mille guerriers pleins de la même audace, Elle peut , à son gré , choisir qui me remplace. C'est un rang qu'à son tour chacun peut demander. Chez nous, l'art d'obéir est l'art de commander. A la tête d'un peuple intrépide et fidèle, Le chef n'a que le droit de servir de modèle ; Et Rome saura bien se passer de ses rois , Tant qu'elle aura ses mœurs , son génie et ses lois.
Cependant de ta perte elle a paru troublée.
ROM u LU s.
Oui, mais sous ses drapeaux je la vois rassemblée, Méditer ta ruine, et jurer à ses dieux De venir me venger ou périr à mes yeux. Tu ne le connais pas ce peuple redoutable. Plus il est malheureux , plus il est indomptable. Le sort à l'éprouver exerçant sa rigueur. Ne fera qu'ajouter à sa mâle vigueur.
C'est le chêne endurci sous les roups de l'orage. Je veux qu'à ses revers il doive son courage, Et de l'adversité qu'éprouvant tout l'effort , Sous le fer qui le frappe il renaisse plus fort. Laisse , laisse aux travaux affermir sa constance. Me préserve le ciel qu'heureux sans résistance. Il goûtât les langueurs d'un indigne repos ! Il faut que le danger me forme des héros.