‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 26 sur 563 · A RÉ T IF · texte numérisé non relu

A RÉ T IF

Ce n'est pas un secret :

Il vous l'a dit cent fois.

DEN YS

D'un ami si fidèle Je veux placer la fille en un rang digne d'elle; .Te le veux , je le dois.

ARÉT lE.

Et quel rang , justes dieux !

Où , pour être obéi , l'on se rend odieux ! Moi, fille de Dion, j'oserais y paraître!

DEN Y s. Si mon fils l'occupait , vous l'oseriez peut-être.

ARÉT lE.

Je le pourrais sans honte.

DEN YS

Avcz-vous donc pensé Qu'impunément ainsi je serais offensé ?

ARÉT lE.

Je vois que ma franchise étonne votre oreille.

Au fond de votre cœur le remords se réveille ;

Mais la voix des flatteurs l'avait trop endormi ;

Et je veux une fois vous tenir lieu d'ami.

Vous régnez ; on vous craint : muet dans ses alarmes

Votre peuple est forcé de dévorer ses larmes;

Et dans ces murs sanglants, pleins de votre pouvoir,

Le doigt de la vengeance a tracé son devoir.

Mais vous qui renchaînez dans ce dur esclavage,

Au faîte des grandeurs quel est votre partage?

Puissant , mais malheureux , de remords combattu ,

((^ar on n'étouffe point la voix de la vertu).

Entouré d'ennemis payés pour vous séduire ,

Attentifs à vous plaire , et prêts à vous détruire,

/,a DETVYS-LR -TYR AN.

Vous tenez, en tieniMant , un sceptre clétest«', D'autant plus dangereux, qu'il vous a plus coûté. C'est au père du peuple à porter la couroune. Un trône est glorieux quand l'amour l'environne; Mais c'est un prccipice , un théâtre d'horreur, Quand il a pour appui la force et la terreur.

Je me suis tu , madame, et j'ai voulu connaître

Les traits dont un vil peuple ose noircir son maître.

Ainsi donc , sur la foi de ce peuple effréné ,

Par vou.s-mème , à mes yeux , mon règne est condamné.

(1 suffit qu'à l'État ce règne soit funeste.

Les maux qu'on a soufferts , les fureurs qu'on déteste ,

Et tout ce qu'on impute à votre cruauté ,

Peut n'être que l'effet de la nécessité : \

Des rois usurpateurs ou connaît les maximes;

Et souvent leurs vertus ressemblent à nos crimes ;

Mais sans être coupable on pe4.1t être odieux.

Tout ce qui nuit au peuple est un crime à ses yeux.

Ce silence cruel qu'à ses cris on impose ,

Est un nouveau témoin qui contre vous dépose.

Au sang de vos sujets vous vous êtes baigné :

L'univers s'en souvient , il s'en est indigné ;

Et ma patrie enfin , de sa gloire jalouse ,

Aurait trop à rougir si j'étais votre épouse.

Je sais à qui je dois imputer vos mépris. Vous ne voulez devoir qu'à l'amour de mon fils Un sceptre qu'en ses mains mon trépas doit remettre. Et qu'en secret sans doute il ose vous promettre.

Pour guérir vos soupçons et le justifier, Un mot suffit. Je vais vous le sacrifier. Vous m'aimez, dites-vous?

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