‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 260 sur 563 · ACTE V, SCENE III. 3ai · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III. 3ai

Ne m'ont crié tous deux que vengeance ! vengeance !

AM u L I us.

A toi-mcme, Pallante , elle a pu confier Le détestable soin de me sacrifier!

PALLANTE

Jugez à quel excès son désespoir l'égaré. L'horreur que m'inspirait un dessein si barbare M'eût trahi malgré moi. Pour mieux dissimuler, Je demandais un prix qui la fit reculer, Sa main , sa foi , le sceptre enfin pour récompense. De mon ambition d'abord elle s'offense.

Je la presse , elle hésite ; et quand vous arriviez , Suppliante et soumise elle était à mes pieds. Voilà, seigneur, pour qui voire pitié funeste Vous porte à dégager un roi qui vous déteste. Qui, courbé sous les fers, ose encor vous braver, Et qui de votre sang brûle de s'abreuver. •

Qu'il vienne donc ce tigre échappé de sa chaîne, Dans ce sang malheureux rassasier sa haine !

PA LLANTE.

Pourquoi cet abandon? Qui vous met en danger? Une femme ? Otez-lui l'espoir de se venger. Qu'elle retourne à Rome et son fils avec elle. Si Numitor n'est plus, Albe à vos lois fidèle, De son vain souvenir va bientôt l'effacer; Et les patres du Tibre auront beau menacer.

AMULIU s.

N'est-ce rien que de vivre odieux à soi-même? Que de vivre abhorré de tout ce que l'on aime ? Je suis époux et père ; et pour moi , malheureux ! Ces noms si doux , si chers , sont devenus affreux. Non , je ne savais pas combien j'étais sensible. J'éprouvais sur le trône une langueur pénible, Trop sûr, hélas! après ce que j'avais perdu,

Théâtre. I 21

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Que jamais le bonheur ne nie serait rendu ;

Et je le supportais ee vide épouvantable,

D'un cœur qui n'aiuu» rieu tourment inévitable.

Mais le déchirement que j'éprouve aujourd'hui,

West fait que pour mon cœur, n'est connu que de lui.

Le plus tendre intérêt vient ressaisir mon anie.

Je tiens presqu'en mes bras mes enfants et ma femme;

Et dans le même instant, de leur sein courroucé.

Par une égale horreur je me vois repoussé.

Ils ont beau me haïr, je suis époux et père.

Va, presse, implore, obtiens le pardon que j'espère ,

Et de mes ennemis adoucis la rigueur.

Ou reviens me plonger un poignard dans le cœur.

Dans l'état où je suis , il m'est affreux de vivre.

PALLANTE

Oui, seigneur, il est temps que je vous en délivre. C'est trop indignement vous laisser accabler. Je vois l'abyme ouvert, et je vais le combler.

AMULIUS, seul.

C'en est donc fait ! Il faut que mon sort se décide. Mon fils ne voit en moi qu'un tyran parricide ; Et sa mère , abjurant tous les vœux qu'elle a faits , Met le nœud qui nous lie au rang de mes forfaits. Quel destin! Je n'ai plus que le choix du supplice. Je vois de tous côtés un affreux précipice. Le trône m'épouvante autant que l'échafaud. Choisis. Que tardes-tu, malheureux? Il le faut. Dans ton fils à l'instant ton juge va paraître. Ou cache-lui son père , ou sois digne de l'être.

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